Ouverture du « MuCEM » et « Transhumance » en point d’orgue

              Sans  doute que ce week-end de début juin restera l’un des moments forts de Marseille-Provence 2013. En effet, deux événements ont célébré chacun de manière singulière un printemps où notre ville, poursuivant sa métamorphose, semble enfin renaître pour offrir à tous de spectaculaires  occasions de se réjouir.

Sous le ciel du MuCEM

Sous le ciel du MuCEM

     Et même si les circonstances nous ont privées, mes complices et moi, de vivre ensemble l’ouverture du  MuCEM, le fameux et très attendu Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, et avant que nous nous y retrouvions au plus vite pour en visiter les expositions, permanentes et temporaires, j’ai malgré tout pu profiter de ces journées offertes aux visiteurs. Je dois admettre que j’étais ce samedi-là impatiente de pénétrer cet imposant bâtiment, à l’architecture admirable, que Rudy Ricciotti a imaginé et réalisé avec une maîtrise talentueuse et impressionnante. Depuis de nombreux mois déjà, j’avais suivi avec mes amies l’évolution favorable des travaux et immédiatement séduite par sa structure originale j’avais bien hâte d’enfin le découvrir, à l’extérieur comme à l’intérieur. Je n’ai pas été déçue. Une situation exceptionnelle sur la rade de Marseille, à proximité du Vieux-Port et du centre ville, un agencement inventif permettant de déambuler tout en profitant de la vue sublime sur la mer et le plaisir de rejoindre le Fort Saint-Jean par une passerelle sur laquelle même les plus sujets au vertige ne peuvent que se sentir en sécurité. Un extérieur donc totalement réussi. Quant aux expositions proposées, temporaires ou permanentes, trop de monde pour en profiter et vraiment les apprécier. Il faudra y retourner. Avec Agnès et Laure évidemment. Juste une légère impression de déjà-vu et de rien à la hauteur du lieu. Mais je me trompe peut-être, et j’attends d’arpenter les différentes salles pour me prononcer. En tout cas, le succès de ce Musée me semble autant lié à la beauté de son architecture remarquable qu’à son site extraordinaire, entre ciel, terre et mer.

      Et le lendemain, ce dimanche 9 juin où la pluie a heureusement épargné l’arrivée de la fameuse Transhumance en notre cité, Marseille à la fois Capitale de la Provence et de la Culture, je n’ai pas voulu rater le passage sur la Corniche des chevaux et de leurs cavaliers, qui ont déboulé dans nos rues comme un cortège joyeux et ludique, et comme un point d’orgue au projet inédit imaginé par le très charismatique Théâtre du Centaure.

Arrivée de la Transhumance sur la Corniche à Marseille

Arrivée de la "Transhumance" sur la Corniche à Marseille

A la fois vecteur d’une partie de notre culture régionale, voire folklorique, et performance unique, cette aventure offre aux milliers de badauds, familles et amis, jeunes et vieux amassés le long de la côte, dans une ambiance festive et jubilatoire, un spectacle magnifique en même temps qu’anachronique. Voir ces fiers cavaliers, ces chevaux et ce bétail partis depuis le 17 mai de Chateaurenard et passés par tant de cités provençales, les voir caracoler sous les bravos de la foule enthousiaste était en soi un moment jouissif et émouvant. Car soudain, à travers ces deux événements mémorables, l’ouverture au public du MuCEM et l’arrivée de la Transhumance, j’ai senti en tous ceux que j’ai croisés le réel plaisir de partager, de vibrer, de vivre tout simplement ensemble des moments où la Culture devient le lien de tout ce qui nous unit.

Sylvie, juin 2013 

Publié dans Actualité, Architecture, Contemporain, Culture, Musée, Non classé, Patrimoine, Sculpture | Tagué , , , , , , | Poster un commentaire

Un Printemps de l’Art Contemporain 2013 à « Contre-Temps »

Le Ferry Boat qui traverse le Vieux Port pour rejoindre le quai de la Mairie. Photomontage ©A.L.Picca

Le Ferry Boat qui traverse le Vieux Port pour rejoindre le quai de la Mairie. Photomontage ©A.L.Picca

Pour sa cinquième édition le Printemps de l’Art Contemporain, organisé par le réseau Marseille Expos, s’est visionnairement nommé « Contre-Temps ». Oui en effet  contre le temps impitoyable d’abord, de ce printemps 2013 qui  fait s’abattre sur Marseille des trombes d’eau accompagnées de bourrasques de vent froid… et le contre temps pour nous, AssociatEyes, afin de profiter des balades et des cheminements dans la ville que cette fête attendue maintenant , occasionne. Mais les dieux ne nous ont pas tout à fait abandonnées car pour la troisième et dernière journée le soleil  illumine le ciel bleu azur.  C’est ainsi que nos pas, qu’accompagne une foule étonnamment nombreuse, nous mènent tranquillement vers la galerieofmarseille tout en longeant le Vieux-Port depuis le Théâtre de la Criée. Nous passons devant le Ferry Boat que nous ne prenons pas préférant poursuivre notre déambulation au milieu des passants réjouis. Notre intention avouée étant de redécouvrir l’ombrière de Norman Foster que nous ne nous lassons pas d’admirer (cf. article de Laure Lumières de Marseille Provence 2013), toujours surprises par les effets de perspectives et les reflets changeant qui y miroitent. Cet espace crée un paysage en perpétuelle transformation au gré des heures et de la foule qui s’y presse, amusée de s’y photographier, les jeunes comme les moins jeunes d’ailleurs.

Sous l'ombrière de Norman Foster. Photomontage ©A.L.Picca

Sous l’ombrière de Norman Foster. Photomontage ©A.L.Picca

Nous longeons ensuite le Quai des Belges pour nous diriger vers la Mairie découvrant UN ( !)  figuier au milieu des larges trottoirs pavés de gris qui offrira un peu d’ombre les jours de canicule… Nous remontons ensuite vers l’ancien hôpital, l’Hôtel-Dieu transformé depuis peu en somptueux hôtel de luxe. C’est lui qui domine la trouée jusqu’au port et c’est là que se situe le Pavillon M, architecture éphémère, outil de diffusion des événements liés à Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013 et qui propose également des expositions. A l’extérieur du Pavillon et  à l’intérieur de containers, nous rappelant une nouvelle fois la situation géographique de Marseille, les photographies en noir et blanc de Serge Assier offrent un agréable et beau  voyage dans les grandes villes portuaires européennes.

Vue et reflets du Pavillon M dans les séries photographiques de Serge Assier. A l'entrée des containers une charmante hôtesse nous accueille. photomontage ©A.L.Picca

Vue et reflets du Pavillon M dans les séries photographiques de Serge Assier. A l’entrée des containers une charmante hôtesse nous accueille. photomontage ©A.L.Picca

Nous poursuivons notre route en remontant l’esplanade en escaliers pour nous diriger vers la galerieofmarseille rue du chevalier Roze. Nous connaissons bien cette galerie dédiée à l’art contemporain et notre dernière visite n’est pas si lointaine ; sans doute va-t-elle bénéficier de sa situation proche du Vieux Port rénové, élargi, animé et qui devient un véritable pôle attractif pour les marseillais comme pour les touristes.

Vue partielle de l'exposition "36-20-13 Fournitures, complain & fail" de Hervé Paraponaris à la galerieofmarseille. Photomontage ©A.L.Picca

Vue partielle de l’exposition "36-20-13 Fournitures, complain & fail" de Hervé Paraponaris à la galerieofmarseille. Photomontage ©A.L.Picca

Mais pour l’heure nous allons à la découverte d’un artiste, Hervé Paraponaris dont le projet artistique et radical de vol d’objets aux différentes instances de la société : individu, association, institution, entreprise de 1993 à1995 n’en finit pas de se développer en différents concepts. La galerie favorise en général une scénographie qui privilégie le sens à la quantité et c’est une nouvelle fois le cas. Nous avons ainsi tout le temps pour laisser nos regards pénétrer les œuvres et en retour d’être envahies par les émotions qu’elles dégagent. Ce peut-être un moment magique comme celui au cours duquel Sylvie lit à haute voix le document relatant l’histoire de la plante verte dérobée avec en perspective la même histoire racontée en langage des signes ; un instant où le regard capte les associations de sens, où les lignes, les courbes et les couleurs se répondent. Cependant ces instants précieux sont également rendus possibles par les éclairages des galeristes dont le rôle, qu’ils acceptent de plus en plus volontiers, est parfois et aussi celui de médiateur et de passeur. Nous avons d’ailleurs constaté que le milieu culturel qu’il soit institutionnel, associatif ou privé a pris conscience de cette importance à développer la médiation, particulièrement autour de l’art contemporain souvent cantonné à un public d’initiés. Des œuvres parfois difficiles à appréhender tant elles sont protéiformes, déconcertantes, innovantes, et qui demandent au spectateur plus qu’une simple délectation, un véritable investissement personnel. Etre curieux de la démarche de l’artiste, de ses intentions et surtout, pour celui qui regarde de savoir nommer ses ressentis. Saisissons donc cette chance, cette porte ouverte pour apprendre à voir et devenir à notre tour, acteur de l’art en train de se faire.

Agnès, mai 2013.

Publié dans Actualité, Agnès, Arts, Contemporain, Culture, Photographie, Vidéo | Tagué , , , , , , , , , | Poster un commentaire

Les enfants adoptent Marseille-Provence 2013

« Sous le soleil, exactement », le paysage en Provence, du classicisme à la modernité (1750-1920), du 19 mai au 21 août 2005, à la Vieille Charité, Musées de Marseille et Musée des Beaux-Arts de Montréal

En  juillet 2005, j’avais accompagné à sa demande ma fille et son amie, voir une exposition événement à la Vieille Charité, ça faisait longtemps… Nos enfants grandissent en refusant de nous accompagner à des trucs d’adulte, ils préfèrent leurs univers concoctés par la culture commerciale grand public actuelle. Une adaptation à leurs psychologies concrétise un progrès social, tout en développant un marché distinct, créant une séparation. A chaque période de la vie, la modernité apporte un mode de consommation alimentaire, vestimentaire, littéraire, cinématographique… culturelle donc ! Nos bonbons ne sont pas les leurs, enfin je schématise volontairement, car la modernité ça vieillit aussi ! J’ai grandi avec un pot de Nutella, ma fille aussi… Et des promenades au Préau des Accoules, à la Galerie Paillas, au Frac, aux parcs… des dessins animés de Disney aux romans de J. K. Rowling, et des films de Robert Guédiguian à ceux de Peter Jackson nous partageons ces moments. Dans les longues salles de la Vieille Charité, au départ du sens de la visite, nous découvrons les premiers grands paysages de Provence de Hubert Robert et Joseph Vernet, à la facture très classique (pour moi et historiquement) des années 1750. Ma fille s’enflamme, elle y voit les magnifiques travellings vus d’hélicoptère des sites naturels de Nouvelle-Zélande, qui sont les  décors du Seigneurs des Anneaux… Et entre mes explications sur la naissance du paysage dans la peinture (évoquée en partie dans La couleur sensible), et leurs commentaires enjoués, échangés entre elles et moi, leurs plaisirs manifestes et multipliés par tant de tableaux, de vision du paysage, de couleurs déployées, de peintres célèbres (Monet, Renoir, Van Gogh, Cézanne, Signac, Braque, Derain et Dufy…), l’instant partagé m’évoque encore maintenant de la joie.

Exposition Matta, du surréalisme à l’histoire,1 du 5 février au 20 mai 2013 au Musée Cantini, Le Grand Burundún I, II, III, IV, V (Huile sur toile, 1974), Roberto Matta (Musée d'art moderne et contemporain de Genève et Centre national des arts plastiques, Paris) , Babbo Napalm (Huile sur toile, 1973), Roberto Matta (collection particulière)

Exposition Matta, du surréalisme à l’histoire au Musée Cantini, Le Grand Burundún I, II, III, IV, V (Huile sur toile, 1974), Roberto Matta (Musée d’art moderne et contemporain de Genève et Centre national des arts plastiques, Paris) , Babbo Napalm (Huile sur toile, 1973), Roberto Matta (collection particulière) (Courtesy Musée Cantini)

16 avril 2013, Visite de l’exposition Matta, du surréalisme à l’histoire, 15 février au 20 mai 2013 au Musée Cantini.

Nous redécouvrons notre cher Musée Cantini à l’occasion de sa réouverture, comme le raconte Sylvie dans son article « Matta à Cantini… »… Une sortie qui n’est pas sans me rappeler notre première visite pour l’exposition RIOPELLE, un artiste canadien. J’évoquais ainsi dans le premier article (Les complices s’enrichissent) de notre chronique de Marseille-Provence 2013, ce bonheur commun, presque enfantin, dans nos échanges autour des œuvres. Une joie simple que je retrouve en ce samedi après-midi. Non seulement il y a beaucoup de visiteurs, des adultes évidemment comme on peut s’y attendre dans un musée dédié à l’Art Moderne, mais aussi beaucoup d’enfants. Et c’est un plaisir de discuter avec un groupe de garçons et leur grande sœur devant La Guerrilla Interior. Ils apprécient l’immense toile sans écouter les commentaires de l’audio-guide, comme moi, mais je leur explique que ça peut-être intéressant. Qu’ils se souviendront plus tard, que ce que nous apprenons nous reste comme pour moi mes études aux Beaux-Arts. Je leur parle de notre blog tout en écrivant son adresse numérique. Nous accompagnons au même rythme un petit groupe de garçons, captant leurs conversations de temps à autre. Au premier étage, devant de nouvelles toiles de Matta, l’un s’éclaffe « Ouah ! C’est Star Wars (… et à propos de la toile suivante)… Dark Vador ». Encore une référence à un film international, qui à cet instant me rappelle la réaction de ma fille. Devant ce qu’ils ne connaissent pas les enfants arrivent à atteindre le sens global d’une œuvre avec les références qui leur sont propres, comme les adultes. Une appropriation de l’inconnu qui passe par la connaissance et un langage commun. La guerre, la souffrance physique et psychologique exprimées par Roberto Matta, malgré la difficulté du propos, sont abordées par les enfants avec ce qu’ils en connaissent. C’est aussi le sujet des films, des séries qu’ils regardent, des jeux auxquels ils jouent. Même si la part d’esthétisme semble atténuer ce sens, elle ne le rend que plus subliminale. Comme dans les contes de Grimm ou de Perrault, ces histoires à suspense contiennent leur part d’avertissements vis-à-vis  du danger… Sans que pour cela les enfants ne perdent leur insouciance et leur joie de vivre…

J1, Galerie des Chercheurs de midi, La fabrique de fotokino (Dessins sur Bass Bumppar Patrick Lindsay)

J1, Galerie des Chercheurs de midi, La fabrique de fotokino (Dessins sur Bass Bumppar Patrick Lindsay)

27 avril 2013, visite du J1, Galerie des Chercheurs de midi, La fabrique de fotokino (dessins sur bass bump par Patrick Lindsay), Galerie La Jetée (déserteurs), Galerie Des Quais, La coursive (éclats du miroir), Méditerranées. Des grandes cités d’hier aux hommes d’aujourd’hui.

Une assurance de vivacité à laquelle nous invite le J1. J’avais pensé à ce lieu pour les activités et les expositions adaptées aux enfants, aux adolescents et aux adultes en ce samedi pluvieux. Le lieu est parfait pour mes neveux et ma sœur, nous nous y restaurons, puis dans cet immense hangar nous passons d’un atelier à une exposition, l’envie nous est donnée de regarder, de participer, d’apprécier le paysage du Grand Port à la Major, un point de vue jusque sur Notre-Dame de la Garde. L’organisation de l’espace permet à mes neveux de courir, sans gêner les autres visiteurs. Même dans l’exposition phare sur la Méditerranée, la scénographie autorise leur attention comme leur distraction entre les grands passages de déambulation et les espaces plus intimes des containers. Leur agitation s’estompe, lorsqu’ils découvrent les grandes maquettes des navires. Je leur parle, sérieuse, des guerres maritimes entre puissance méditerranéenne à l’esprit Barbe Rouge (BD de Charlier et Hubinon) et ils me parlent des pirates… Là aussi… L’identification suscite l’intérêt.

Mur d’Expression au Pavillon M

Mur d’Expression au Pavillon M

22 avril 2013, Social Media Club Marseille cycle Culture & medias sociaux hors les murs en 2013, au Pavillon M* (*Le numérique se donne en spectacle,  organisé par le Conseil général des Bouches-du-Rhône)

Le Pavillon M est un autre lieu attractif  de Marseille-Provence 2013, il a pour but justement de susciter l’intérêt. En ce qui me concerne, je m’y rends régulièrement pour des rencontres, des expositions… Justement ce lundi 22 avril vers 15h, je vais rencontrer mes amis du Social Media Club, Sandra (@sandraofmars) m’a invitée à ce cycle Culture & medias sociaux. « Patrimoine et nouveaux publics [musées in, musées out] », le sujet nous concerne… Les responsables des musées et des professionnels du numérique  présentent chacun leur activité, leur projet… Les enfants et les adolescents constituent un public interpellant particulièrement visé. Céline Salvetat (@celinesalvetat
) du Museon Arlaten nous parle de Vol sans effraction : un poste de pilotage, installé devant la façade du musée (fermé depuis 2009), invite le visiteur à manipuler à distance un drone et viser des cibles installées dans la cour. Une autre manière d’aborder le musée. Lucile Oberson, de l’Association générale des conservateurs des collections publiques de France en région Paca explique la création de l’application mobile Musambule, permettant aux usagers des Smartphones de « découvrir et explorer plus de 166 musées des régions Provence Alpes
Côte-d’Azur et Languedoc Roussillon ». Toujours provoquer l’intérêt de nouveaux publics. Les enfants et les adolescents, usagers des nouvelles technologies et des réseaux sociaux pourraient devenir des habitués des musées, où de multiples médias, même les plus inattendus, les plus ludiques, les plus industriels… leur offriraient plus de passerelles vers l’inconnu.

Au passage de cette rencontre, j’ai découvert un mur d’expression accessible à chacun, les enfants semblent plus se prêter à l’exercice… De nombreux post-it y sont affichés, ceux des enfants, des adolescents facilement identifiables.  Leurs mots, leurs signes sont positivement vivants… La couleur acidulée des bulles reflète ce bonheur qui se communique au dehors du Pavillon M. Une joie manifestement partagée rayonne sur la place de la Mairie et sur le Vieux-Port de Marseille.

Vues du Pavillon M et du Vieux-Port

Vues du Pavillon M et du Vieux-Port

Laure, Marseille, 27 mai 2013.

Publié dans Art, Culture, Laure, Photographie, Photos | Tagué , , , , , , , , , , , | 3 Commentaires

De l’Art d’ « arrondir les angles »

                En marge de nos dernières pérégrinations à travers les grandes expositions de Marseille-Provence 2013, nous voilà de nouveau réunies en ce joli mois de mai pour un petit tour dans les galeries du centre ville. Porte close pour l’instant à la Galerie des Grands Bains Douches de la Plaine : il faudra attendre le 17 mai pour y découvrir l’exposition « Derashine//Archist Paysage #4 * CECILE BEAU / MAYURA TORII ». Légère déception au MAD, la Galerie de l’Ecole supérieure d’art et de design Marseille-Méditerranée, où l’on se voit confirmer dans l’exposition « Evident Resident 2 » la difficulté des jeunes artistes à trouver leur propre expression. En revanche, la Galerie Vol de Nuits  présente jusqu’au 14 juin des photos saisissantes de la photographe Mirza Randa : l’exposition « On Sex and Gender » est une réflexion percutante sur le corps. On peut être dérangé par ces êtres hybrides, hermaphrodites recomposés à la physionomie déroutante. Et si la volonté de l’artiste libanaise est de revisiter le corps à travers les poses, les lignes et les courbes, celle d’Anabelle Soriano à la Galerie Karima Celestin semble plutôt s’attacher à la poétique de l’espace.

« Arrondir les angles », galerie karima celestin, Alluvion, Anabelle Soriano,  sculptures, 2011. (Photomontage ©spuech 2013)

« Arrondir les angles », galerie karima celestin, Alluvion, Anabelle Soriano, sculptures, 2011. (Photomontage ©spuech 2013)

     « Arrondir les angles », une exposition monographique qui s’est terminée le 11 mai et que nous avons vue à temps dans un lieu décidément propice à un art épuré, sobre, minimaliste.

 Fantasme minéral #1, #3, 2013, Alluvion #3, #4, #5, 2011, sculptures, Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)


Fantasme minéral #1, #3, 2013, Alluvion #3, #4, #5, 2011, sculptures, Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)

Mont analogue, installation, 2 sculptures, 2011 à 2013, Sommet gris, photographie, 2009, Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)

Mont analogue, installation, 2 sculptures, 2011 à 2013, Sommet gris, photographie, 2009, Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)

     Seules dans ce lumineux espace,  nous avons la chance d’être très aimablement reçues par Karima Celestin qui prend le temps d’échanger avec nous. Elle nous éclaire sur le choix des artistes qu’elle expose depuis l’ouverture de sa galerie à Marseille, nous fait regretter de pas avoir vu les expositions précédentes : « Le noir vous va si bien » et « Summertime », et nous permet surtout de mieux comprendre, de mieux appréhender le travail d’Anabelle Soriano, l’artiste dont nous découvrons les œuvres. Sans doute est-il essentiel de savoir que la jeune femme, outre ses pratiques artistiques s’adonne aussi à l’escalade. Et dans la longue salle, dans une scénographie simple et efficace, se détachent des formes géométriques.

Mont analogue, installation, 2 sculptures, 2011 à 2013, Anabelle Soriano. (Photomontage © Agnès L.Picca, spuech 2013)

Mont analogue, installation, 2 sculptures, 2011 à 2013, Anabelle Soriano. (Photomontage © Agnès L.Picca, spuech 2013)

      Loin de brider l’imagination, ces arêtes adoucies par quelque volute, ces marches infinies délicatement posées sur une structure tout de bois, entraînent mes yeux vers des paysages abstraits où je perds l’équilibre. Or je perçois bien l’exigence et la rigueur de productions où lignes et saillies côtoient d’autres plus arrondies, plus organiques. Les dessins mettent en évidence la qualité et la finesse du trait de l’artiste, pur et net, sans doute affuté durant ses études d’architecture à Lyon, les sculptures ou installations s’ancrent dans sa perception singulière de l’espace où peuvent s’harmoniser droites et courbes en objets insolites. L’ensemble des œuvres laisse une impression de sérénité, de simplicité et je peux, bien loin soudain de l’effervescence désordonnée de notre ville, laisser mon esprit retrouver une concentration méthodique et ordonnée tout en vagabondant en des sphères inconnues.

Sommet gris, photographie, 2009, Pan, sculpture, panneaux de contreplaqué, céramique, 2013, Architecstones #2, dessin, 2013, Tower #2, sculpture, bois, peinture, 2011,  Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)

Sommet gris, photographie, 2009, Pan, sculpture, panneaux de contreplaqué, céramique, 2013, Architecstones #2, dessin, 2013, Tower #2, sculpture, bois, peinture, 2011, Anabelle Soriano. (Photomontage ©spuech 2013)

            Sylvie, mai 2013

Publié dans Art, Contemporain, Culture, Non classé, Photo, Sculpture, Sylvie | Tagué , , , , , , , , , | Poster un commentaire

« L’Expérience du Tube ». Exposition « La Dernière Vague » à la Tour-Panorama Friche Belle de Mai dans le cadre de MP2013

Qu’on se comprenne bien, la surface de la Tour-Panorama c’est 2500 m2 sur trois étages plus le « cube » rajouté sur la Tour soit 1500 m2 en sus ; pour l’exposition que nous allons voir ce sont cinquante-huit artistes qui exposent plus de deux cents pièces… Des photographies, des installations, des objets, des vidéos, des sculptures, du graphisme… Le thème générique est l’influence du sport de glisse sur la création contemporaine. Toute une histoire dans un lieu immense donc, et un monde que nous connaissons peu  mais que nous sommes curieuses de découvrir à cette occasion. L’important pour nous ce sont ses liens avec l’art contemporain, et l’exposition commissariée par Richard Leydier, rédacteur en chef du magazine Art Press, reste un gage d’exigence, nous semble-t-il.

Notre première impression à la sortie, est celle d’avoir vu une exposition rafraîchissante. Sans doute et d’abord parce que nous sommes allées à la rencontre d’un monde inconnu, celui de la glisse, mais aussi parce que nous avons voyagé à travers les œuvres dans des lieux paradisiaques.

Photomontage à partir des oeuvres de Robert Longo (fusain sur papier), Antoine Bouillot "Welcome to reality", installation de Gérard Decoster, deux peinture de Benjamin Chasselon, le rail de skate de hervé Paraponaris, photographie et sculpture de Raphaël Zarkan et peinture de Jim Phillips. © Agnès L.Picca.

Photomontage à partir des oeuvres de Robert Longo (fusain sur papier), Antoine Bouillot "Welcome to reality", installation de Gérard Decoster, deux peinture de Benjamin Chasselon, le rail de skate de Hervé Paraponaris, photographie et sculpture de Raphaël Zarkan et peinture de Jim Phillips. © Agnès L.Picca.

Cependant une fois seule, face à ma page blanche, mes sentiments s’emmêlent, mes idées s’entrechoquent : il y avait de l’épure mais aussi du foisonnement parfois jusqu’au kitch, de la poésie, de la philosophie et des mathématiques, des images idylliques, d’autres trash, de l’engagement et du plaisir pur, le culte du corps mais aussi le corps meurtri… Je me sens happée, aspirée par le fameux tube que recherche le surfer et je sens sa main sauvage se refermer sur mes épaules. Me voilà en apnée, ballottée dans l’océan déchaîné. Il faudrait que je lâche prise, que je me laisse emporter où le voudra la mer, que je sois le roseau qui plie mais ne rompt pas, mais je lutte, je résiste, je veux trouver le fil conducteur, je veux trouver la cohérence, trouver la pierre d’achoppement qui m’arrêtera dans ce courant irréversible et qui toujours m’entraîne sans que je n’y puisse rien. Il faut que je  lâche prise  mais je lutte encore, je veux raisonner alors que je ne suis que pierre qui roule et bouchon secoué par les flots. Je suffoque au lieu d’accepter et de suivre le flux de la mer comme le font les amoureux du sport de glisse : la nature et ses lois immuables avec lesquelles il faut jouer et ne pas contraindre… Lentement je me laisse glisser vers le fond en espérant que l’océan finisse par m’abandonner sur la rive. Lentement mes yeux se ferment et les images de l’exposition défilent en instantané.

Photomontage à partir du dessin de Julien Beneyton, Photographies de Larry Clark, de Ryan McGinley et de Harmony Korine. ©Agnès L.Picca

Photomontage à partir du dessin de Julien Beneyton, Photographies de Larry Clark, de Ryan McGinley et de Harmony Korine. ©Agnès L.Picca

Je suis à Hawaï où est né le surf, puis sur les plages californiennes face au SPOT, entourée  de beautés blondes, bronzées et éternellement jeunes. Moi aussi je veux que le monde m’appartienne ! Moi aussi je veux tatouer mon corps et qu’il devienne lisible, que je devienne lisible au lieu de m’opacifier pour correspondre aux codes sociaux, moi aussi je veux de la drogue et de l’alcool et m’allumer, m’enflammer, m’incendier. Être incandescente, libre, ivre de nature… à la recherche de l’extrême…

Photomontage à partir des photographies de Ari Marcopoulos et de Hubert Marot, dessin de Kevin Ancell "Paradirama". ©Agnès L.Picca

Photomontage à partir des photographies de Ari Marcopoulos et de Hubert Marot, dessin de Kevin Ancell "Paradirama". ©Agnès L.Picca

Mais la chute guette, l’envers du décor apparaît bien sûr ! Il n’y a que la jeunesse pour croire que l’on peut construire une bulle étanche au reste du monde. C’est sa grandeur et sa perte, sa force et sa faiblesse.  Car les drogues détruisent, les dérives spirituelles rendent délirants, le communautarisme exclut plus qu’il ne relie… et les sports de l’extrême blessent et tuent. Derrière les ballades  musicales des Beach Boys c’est la guitare stridente de Jimmy Hendrix à Woodstock qui rugit et qui sonne le glas de l’insouciance ; c’est la gueule grande ouverte du requin dans le bleu de l’Océan Pacifique prête à happer le surfer. Cependant c’est dans ce terreau que naissent les héros, ceux qui ont conquis leur liberté en contournant tous les obstacles ou en revenant de tout ; ceux qui résistent et poursuivent leur passion malgré tout. Ce pourrait être ce surfer face à la vague massive dans l’image mythique de John Severson. Je me réveille un peu hagarde, il fait jour et la chanson « Here comes the sun » de George Harrison adoucit mon âme… « Le soleil est là et je me dis que tout va bien ».

Photomontage à partir des photographies de Thomas Campbell, John Severson et  Ari Marcopoulos. © Agnès L.Picca

Photomontage à partir des photographies de Thomas Campbell, John Severson et Ari Marcopoulos. © Agnès L.Picca

Agnès, mai 2013.

Jimi Hendrix Star Spangled Banner (LIVE Woodstock 1969) sur YouTube

Publié dans Actualité, Agnès, Art, Contemporain, Culture, Peinture, Photographie, Photos | Tagué , , , , , , , , | Poster un commentaire

Lumières de Marseille-Provence 2013

 21 avril 2013, Visite du Musée Regards de Provence.

A l’ombre de l’immense miroir suspendu de Norman Foster, en attendant ma famille que je retrouve au Vieux-Port, je songe au Musée Regards de Provence. J’y vais vers 15 heures avec Agnès et Sylvie. Malgré son ouverture le 1er mars, nous n’y sommes pas allées plus tôt, freinant des quatre fers, les collections des peintures provençales ne nous enchantent guère, nous connaissons… Mais le bouche à oreille fonctionne, Agnès a eu de bons échos et je lis l’article Réflexions sur le musée Regards de Provence de Lagachon (j’y poste un commentaire car j’apprécie cet investissement du privé dans le culturel). Cette analyse globale m’interpelle ; c’est une invitation à nous construire notre propre avis.

L’ « Ombrière » de Norman Foster au Vieux-Port de Marseille

L’ « Ombrière » de Norman Foster au Vieux-Port de Marseille

Au milieu des familles, des touristes, des flâneurs, j’attends.  Et je regarde, sous le soleil printanier et chaud, mon reflet très haut au-dessus de moi, celui des autres passants, des bateaux, du bleu des vaguelettes. Et tout autour les façades inondées de lumière, les couleurs ocre, exacerbées, des toits, les ombres enrichies de couleurs complémentaires, bleues, vertes, violettes. Et je me rappelle, lorsque étudiante aux Beaux-Arts de Nantes, j’envisageais de venir à Marseille. En seconde année en Art, les étudiants héritaient à tour de rôle d’un sujet très classique, imposé, le Portrait, le Paysage ou (pour nous) la Nature Morte… La beauté grise, nuageuse et pluvieuse des Quais de la Fosse et mes photographies de crânes en noir et blanc me firent rêver de couleurs chatoyantes, de collines verdoyantes et sèches, d’horizons bleus, de contrastes. Ayant à l’esprit les peintures de Monet, Dufy, Cézanne, évidemment… De Nantes à Marseille, entre les deux villes, entre les deux régions une diagonale qui traverse la France de l’Atlantique à la Méditerranée. Le contraste attendu est au rendez-vous.

Pontons animés sur le Vieux-Port (Huile sur toile 81 x 100,5 cm) Edouard Crémieux (1856-1944), Le Port de la Joliette vu du Pharo (1898, huile sur toile 95 x 165 cm) Joseph Garibaldi (1863-1941), Entrée du port (huile sur toile 73 x 93 cm) Henri Aurrens (1873 - 1934),  A première vue Paulette (2013, sculpture sur bois, savon, techniques mixtes, 168 x 44 x 36 cm) Luc Dubost (1968),  Musée Regards de Provence

Pontons animés sur le Vieux-Port (Huile sur toile 81 x 100,5 cm) Edouard Crémieux (1856-1944), Le Port de la Joliette vu du Pharo (1898, huile sur toile 95 x 165 cm) Joseph Garibaldi (1863-1941), Entrée du port (huile sur toile 73 x 93 cm) Henri Aurrens (1873 – 1934), A première vue Paulette (2013, sculpture sur bois, savon, techniques mixtes, 168 x 44 x 36 cm) Luc Dubost (1968), Musée Regards de Provence

Du paysage provençal à l’image d’Epinal du Vieux-Port, renouvelé, la lumière est là ce samedi après-midi. Une lumière joyeuse pénètre les promeneurs. Ils profitent avec leurs enfants, leurs amis, ou seuls du Vieux-Port « re-designé », ils y sont favorisés au détriment des véhicules. Ils apprécient pleinement cette place qui leur est dévolue lors cette journée tranquille. Ma famille arrive, je les accompagne au Pavillon M. En chemin, je leur explique que cette vitrine de Marseille-Provence 2013, à coté de La Mairie, propose des expositions et des animations pour les enfants et les adultes, pour mes neveux et leurs cousins c’est important !  Je trace en longeant le Panier pour retrouver mes amies pendant qu’elles suivent les quais du Vieux-Port au J4. Je les attends quelques instants devant le musée, appréciant les alentours. En contrebas de la Major, vue sur la Villa Méditerranée, le Mucem, le Fort Saint-Jean, le Palais du Pharo puis plus loin sur la droite le J1 et le Grand Port Maritime. Ici, Marseille étincelle.

Les catalans (1994/1995, huile sur toile 114 x 146 cm) Vincent Bioulès (1938) Musée Regards de Provence

Les catalans (1994/1995, huile sur toile 114 x 146 cm) Vincent Bioulès (1938) Musée Regards de Provence

Notre petit groupe de blogueuses de « L’œil et l’Esprit » se présente à l’accueil du Musée Regards de Provence, nous avons demandé comme aux Musées Granet et Cantini, l’autorisation de prise de vue, nous remercions  chaleureusement la direction de son accord. Comme je l’écrivais plus haut, la peinture provençale n’est pas une découverte, ni les sculptures faussement innocentes de François Mezzapelle, elles se jouent de nous dans le hall d’entrée, du sol au plafond… Quelques photographies de George Rousse nous présentent l’histoire du lieu avant la rénovation, nous passons devant des machines de la Station Sanitaire conçue par les architectes Champollion, René Egger et Fernand Pouillon. Un rappel de la mémoire du lieu avant notre immersion dans les collections, nous y retrouvons André Verdilhan, Joseph Garibaldi,  Émile Loubon, Adolphe Monticelli, Félix Ziem, puis plus loin Charles Camoin, Albert Marquet, leurs toiles sont magnifiquement restaurées. Cette collection nous évoque celles familières des Musées des Beaux-Arts et de Cantini. Finalement la modernité de l’architecture convient à ces peintures. Une résonance particulière, intelligemment mise en scène, s’est installée entre les paysages des tableaux et la vue en parallèle au travers des fenêtres horizontales. La lumière et les flots bleus de la Méditerranée miroitent d’une surface à l’autre. Devant la toile de Vincent Bioulès, nous regardons la plage des Catalans et échangeons quelques souvenirs. Entre le passé et le présent, les liens se tissent jusque dans la salle d’art contemporain où je retrouve les œuvres de Piotr Klemensiewicz, Gérard Traquandi, mes enseignants des Beaux-Arts de Marseille. D’où je viens… Et je vois à l’horizon le futur paysage portuaire de ma métropole, ensoleillé…

Panorama du Fort Saint au J1, vue sur la Baie, le Palais du Pharo, le Mucem, la Villa Méditerranée, le Musée Regards de Provence  et le Grand Port Maritime de Marseille

Panorama du Fort Saint au J1, vue sur la Baie, le Palais du Pharo, le Mucem, la Villa Méditerranée, le Musée Regards de Provence et le Grand Port Maritime de Marseille

Laure, Marseille, du 1er et 2 mai 2013.

Publié dans Architecture, Art, Culture, Laure, Musée, Peinture, Photographie, Photos | Tagué , , , , , , , , , | 6 Commentaires

Matta à Cantini, « du Surréalisme à l’Histoire »

Un Musée Cantini depuis peu rénové, (© sylvie puech 2013)

Un Musée Cantini depuis peu rénové, (© sylvie puech 2013)

Exposition MATTA pour la réouverture du Musée Cantini

Exposition MATTA pour la réouverture du Musée Cantini

           Certes, il nous a fallu deux mois pour nous décider à aller (re)découvrir le Musée Cantini et l’exposition qui marque sa réouverture en cette année prolifique de Marseille-Provence 2013 : « MATTA, du Surréalisme à l’Histoire ». Il faut dire que j’étais un peu rétive, pas vraiment attirée par l’œuvre de Roberto Matta pour laquelle Agnès et Laure montraient toutefois un certain intérêt. En effet, dans le cadre des manifestations culturelles de l’année, s’inscrit l’appartenance du peintre chilien au mouvement surréaliste, auquel est liée l’histoire de notre ville, et c’est justement ce qui me rend dubitative, car ce mouvement artistique ne m’enthousiasme plus guère… Mais nous voilà donc décidées, en cette ensoleillée journée d’un printemps tant attendu, et nous pénétrons d’autant plus volontiers le Musée fraîchement rénové que nous avons la gracieuse permission de la direction, comme au Musée Granet, de prendre des photos.

Exposition Matta au Musée Cantini, (© sylvie puech 2013)

Exposition Matta au Musée Cantini, (© sylvie puech 2013)

    Et nous en profitons ! Seules parmi les visiteurs à jouir de cette précieuse autorisation… Si la transformation du lieu n’est pas aussi saisissante que je le croyais, je me laisse cependant surprendre par une œuvre qui encourage et à l’imagination et à la réflexion. J’abandonne mes a priori à l’égard du Surréalisme, de Breton à Dali pour me rappeler l’enthousiasme que je leur ai porté, il y a bien des années, quand adolescente je dévorais Nadja, ou rêvais devant les tableaux de Magritte.

Le Poëte, R. Matta, huile sur toile, 1945, Collection Ramuntcho Matta   (photomontage© sylvie puech 2013)

Le Poëte, R. Matta, huile sur toile, 1945, Collection Ramuntcho Matt<!–[if gte mso 9]>

Je me laisse embarquer dans les représentations d’un monde à la fois onirique et terriblement concret. D’abord par les couleurs qui s’entremêlent en des formes abstraites d’où surgissent des figures plus ou moins identifiables.

Exposition Matta au Musée Cantini :  Le Grand Burundún, 1974, Huile sur toile,  R. Matta -  Etre hommonde, 1960, Huile sur toile , collection particulière - Les Juges de Nuremberg, 1970, Huile sur toile, Collection Ramuntcho Matta - Morire per amore (La Muerte del Che Guevara), 1967, Huile sur toile, Collection  Federica Matta - Sans titre, 1960, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris  - Alabama, 1965, Huile sur toile, collection Federica Matta – Babbo Napalm, 1973, Huile sur toile, collection particulière - Sans titre, 1944, Fusain et pastel sur papier, collection Masathis (photomontage © sylvie puech 2013)

Exposition Matta au Musée Cantini : Le Grand Burundún, 1974, Huile sur toile, R. Matta – Etre hommonde, 1960, Huile sur toile , collection particulière – Les Juges de Nuremberg, 1970, Huile sur toile, Collection Ramuntcho Matta – Morire per amore (La Muerte del Che Guevara), 1967, Huile sur toile, Collection Federica Matta – Sans titre, 1960, huile sur toile, Centre Pompidou, Paris – Alabama, 1965, Huile sur toile, collection Federica Matta – Babbo Napalm, 1973, Huile sur toile, collection particulière – Sans titre, 1944, Fusain et pastel sur papier, collection Masathis (photomontage © sylvie puech 2013)

     Puis je suis happée par le gigantisme de certaines œuvres. Illustrations complexes et emberlificotées pour certaines des méandres de nos inconscients ou métaphores illustratives des événements historiques du XXème siècle. Je ne veux pas développer ici la carrière, la place de Matta dans l’art du XXème siècle, d’autres le font bien mieux et de manière plus rigoureuse, ni commenter la scénographie de l’exposition qui a l’avantage de la clarté chronologique et de la mise en valeur de toiles au format monumental. Ce qu’il y a d’évident, c’est le caractère prolifique de cet artiste dont plus d’une cinquantaine d’œuvres sont ainsi présentées.

La Guerrilla Interior, 1967, R. Matta, (photomontage © sylvie puech 2013)

La Guerrilla Interior, 1967, R. Matta, (photomontage © sylvie puech 2013)

   Et l’on perçoit bien l’évolution du travail du peintre. Des œuvres de l’automatisme surréaliste aux espaces éclatés de l’imaginaire et de l’inconscient jusqu’à celles qui dénoncent de manière plus réaliste les horreurs de notre Histoire, elles me semblent s’inscrire dans la volonté véritable et de plus en plus affirmée de l’artiste d’être témoin et acteur du monde dans lequel il vit. Matta, artiste engagé mais aussi visionnaire, non seulement traduit dans son travail son parcours intérieur et son évolution mais nous renvoie à nos propres obsessions. Il m’entraîne avec lui dans ce voyage fantasmagorique et parfois presqu’avec violence, frappe  mon esprit de réminiscences aléatoires.

Le Grand Burundún I, II, III, IV, V, 1974, Huile sur toile,  R. Matta, (© sylvie puech 2013)

Le Grand Burundún I, II, III, IV, V, 1974, Huile sur toile, R. Matta, (© sylvie puech 2013)

  Alors, bien que mon regard se confronte parfois à des formes trop proches de la BD ou trop grotesques, ou franchement laides à mon goût, voire kitsch, je parcours sans ennui les belles salles jusqu’au dernier étage où nous attendent d’intéressantes œuvres graphiques et apprécie la qualité visuelle ou la force évocatrice de quelques tableaux. Pas de grand choc émotif, je l’avoue, mais une véritable curiosité pour un peintre que je connaissais mal, finalement. Et dont les productions gagnent, même si c’est la règle, à être contemplées in situ.

Intégrale du silence, 1990, Huile sur toile,  R. Matta, (© sylvie puech 2013)

Intégrale du silence, 1990, Huile sur toile, R. Matta, (© sylvie puech 2013)

      En tout cas, certaines de ces œuvres me touchent, sans doute parce qu’elles me renvoient à un passé pas si lointain, à la fois politique et géographique  mais surtout parce qu’elles me rappellent à mes propres divagations et imaginations, à mes propres rébellions et indignations, à mes propres interrogations et incompréhensions.

Devant un tableau de R.  Matta, (© Agnès L.Picca et sylvie puech 2013)

Devant un tableau de R. Matta, (© Agnès L.Picca et sylvie puech 2013)

Sylvie, avril 2013


Publié dans Art, Contemporain, Culture, Moderne, Musée, Non classé, Peinture, Sylvie | Tagué , , , , , | 5 Commentaires