Se rappeler, se remémorer ce qui fut un marathon de deux jours. Un marathon rendu joyeux par notre curiosité partagée pour l’art contemporain et notre soif commune d’apprendre et de connaître. Il aura fallu traverser la ville de Lyon de part en part pour se rendre dans une ancienne usine réhabilitée, « La sucrière », un musée d’Art Contemporain situé dans un quartier neuf mais désert, un Musée des Beaux-Arts dont l’écrin est un édifice du XVII ème siècle, dans une friche désaffectée : l’ancienne usine T.A.S.E. Dedans, dehors, sur les quais et les berges, des œuvres, des installations, du son, du mouvement, des odeurs, des mots, du gigantesque et du délicat…

De haut en bas et de gauche à droite: "La sucrière": dehors, dedans, les quais, Usine T.A.S.E.: Jorge Macchi, Le Musée d'Art Contemporain: les marches à l'entrée, une sculpture aux alentours, Usine T.A.S.E.: Lucia Koch et Jorge Macchi.
Des lieux multiples et des regards d’artistes internationaux. D’Europe, d’Afrique du Sud et d’Amérique Latine. La possibilité nous est ainsi donnée d’appréhender ce qui nous éloigne et nous rapproche et d’ouvrir notre regard par-delà l’Occident. Mais il n’y a pas de frontières en Art, peut-être un questionnement plus prégnant sur la démocratie pour certains et des questions de support différent. Quoiqu’il en soit le thème de la Biennale : « Une terrible beauté est née » parcourt les expositions, les œuvres sont politiques, engagées, parlent de paradis perdu, d’innocence à retrouver, Michel Huisman, de l’enfance et de la femme maltraitée, Virginia Chihota, de machines à restreindre l’espace de liberté, Eva Kotàtkova, mais également des œuvres en apparence plus légères avec un espèce de singe sautillant (nous ?), Christian Lhopital, un balai de sorcière dont les fils envahissent tout un étage d’exposition, Cildo Meireles, et que dire de ces pauvres poules enfermées pour l’occasion avec des plumes colorées accrochées au croupion, Laura Lima ?

De haut en bas et de gauhe à droite: Ulla Von Brandenburg, Angie, Tracey Rose, Nancy Burson, Virginia Chiota, Marlene Dumas, Elly Strick, Henning Lohner, Herman Nitsch, Marlene Dumas, Augusto de Campos.
De la jubilation donc, de la délectation, de l’intensité et des critiques parfois et bien sûr, car il ne s’agit pas pour nous d’adopter une posture consumériste…D’ailleurs nous enregistrons nos regards sensibles et nos appareils photos deviendront nos témoins privilégiés. Et en effet d’ « Une terrible beauté est née » certaines œuvres nous touchent et pas d’autres, quelquefois à qualité égale. Quand l’émotion nait-elle ? Quand une œuvre va-t-elle vivre en nous et son souvenir nous envahir parfois jusqu’à l’obsession ? Sans doute une question de résonnance avec sa propre histoire intérieure. Et ici ce n’est pas seulement d’une œuvre que viendra le trouble mais d’une exposition. Celle organisée au musée des Beaux-Arts et qui fait dialoguer un choix d’œuvres du musée avec celles du collectionneur Antoine de Galbert, elle est justement nommée « Ainsi soit-il ».

De haut en bas et de gauche à droite: Jean Fabre, Claude Lévêque (reflet), Jean-Michel Alberola, croix et reliquaires.
Je rentre dans un couloir étroit où se font face des vitrines contenant des croix, des reliquaires, des ostensoirs et au-dessus de l’une d’elles un néon blanc de Claude Lévêque « Vous allez tous mourir »…Je pénètre dans la deuxième salle et je suis prise de vertige car tout ici parle de gouffres, de quête d’absolu, de béances. La connaissance par les gouffres comme l’écrivait Henri Michaux mais je l’entends comme celle expérimentée par les parias et les marginaux…

De haut en bas et de gauche à droite: Berlinda de Bryckere, David Lynch, Andre Petersen, Jonathan Meese, Chiharu Shiota, Nancy Burson.
Ouvrir les yeux jusqu’à l’hébétude sur la condition humaine, Nancy Burson, douter de la religion qui a failli en enchainant l’homme à des croyances et des superstitions, tenter d’aller au-delà, meurtrir son corps pour soulager son esprit, saigner pour se sentir vivant, le sang du Christ ? Hermann Nitsch et Andres Serrano, avoir le regard hagard du fou, celui qui a sombré, jusqu’à la perte de soi, André Petersen, comment revenir alors ? Comment rattraper le fil ténu de l’espérance, Jean-Michel Albérola, et de nouveau entendre les battements de son cœur ? Christian Boltanski, de nouveau ré enchanter le réel, de nouveau l’amour, Annette Messager, de nouveau la robe de princesse comme à cinq ans, Chiaru Shiota, Non ! ce n’est pas encore ça, retomber, plus bas, plus profond, être enseveli, dévasté, mais de nouveau s’extraire, sous une autre forme, informe, difforme, devenir un être hybride, du jamais vu, un être unique finalement, David Lynch, Berlinde de Bruyckere, se retrancher du monde comme Antonin Artaud, Man Ray, ou plutôt se donner une chance, celle d’accepter la part sombre de l’homme, que je suis aussi, son esprit de destruction, de haine et de vengeance, faire partie de l’humanité finalement, de nouveau faire partie des vivants… Alors épuisé, à bout de souffle, rompu aux contradictions du bien et du mal FAIRE SILENCE, Lucien Pelen, et entendre monter en soi la petite voix du cœur qui murmure : « sois heureux », « sois heureux », « sois heureux ». Ainsi soit-il.
Agnès, décembre 2011
PS : Un merci à Angie pour son aide précieuse et son beau sourire.
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Séduisant et intéressant condensé de la biennale ! Bises.
Merci angie et à bientôt!