Comme une promesse de beaux jours à venir après un froid intense et persistant, nous voilà enchantées de nous retrouver au MAC (Musée d’Art Contemporain de Marseille) pour découvrir une exposition plutôt séduisante et proposée par ART for The World : «The Mediterranéan Approach ».
D’abord présentée lors de la dernière Biennale de Venise, et avant de se poursuivre au Brésil, cette exposition inaugure magnifiquement une année que nous espérons prolifique dans la perspective de Marseille 2013.
Sollicitation à un voyage culturel d’une rive à l’autre de Notre Mer, ouverture vers un proche et familier ailleurs aux racines voisines, aux repères identifiables, et pourtant parfois encore étranger malgré cette frappante proximité portée par une mer commune.
« La table autour de la Méditerranée » de Michelangelo Pistoletto – 2003-2007
Et cette mer, si elle relie, sépare aussi peuples, cultures, frontière entre l’occident et l’orient, mais aussi carrefour des civilisations qui se sont épanouies sur ses rivages. Naturellement, c’est vers elle que je me dirige, cette mer si magnifiquement symbolisée par Pistoletto dans son œuvre « La table autour de la Méditerranée ». J’avais déjà admiré cette installation mais jamais elle ne m’a semblé mieux à sa place qu’en perspective avec cette exposition, prenant toute sa valeur et sa force démonstrative, allégorie miroitante et merveilleuse. Table mer, miroir de nos identités, bordée de sièges disparates comme autant de pays côtiers. Comme à chaque fois que je retrouve cette œuvre, je ne peux m’empêcher de m’y mirer, elle me renvoie mon regard et j’y croise celui de mes amies avant de poser presque par hasard mes yeux sur une série de photographies d’oliviers. Avec la même superbe, dans tous ces pays baignés par la Méditerranée, un arbre au feuillage argenté dresse son tronc tortueux et noueux, arbre mythique et célébré, l’olivier d’Athéna aux vertus fabuleuses d’où jaillit l’huile lumineuse comme une offrande à la réconciliation de tous ceux qui la goûtent. Olivier pour la paix, l’espérance, à la fois fidèle témoin de notre passé et symbole fédérateur d’un avenir espéré florissant. Je les examine attentivement, ces oliviers séculaires si bien photographiés par Jacques Berthet, leurs branches torses, leurs bois sinueux, solides, rassurants, tellement riches d’un patrimoine légendaire.
« Oliviers » de Jacques Berthet
Oliviers toujours là, présents parmi nous, repères emblématiques d’un monde pérenne malgré le temps qui passe.
Et puis, poser les yeux sur les vagues en perpétuel mouvement de la mer filmée par Ange Leccia pour encore éprouver la constance de notre monde. A nouveau, avec mes amies, je me perds dans des circonvolutions abstraites, je laisse mon regard vagabonder au gré des méandres fantasmagoriques qui obligent mon imagination à s’évader vers d’autres contrées, celles imaginaires et consolantes où l’on peut enfin s’abandonner en toute sérénité. Elle nous est si proche, la mer Méditerranée, si accessible, nous la fréquentons assidument, jamais elle ne nous lasse, imprévisible et capricieuse, mais aussi belle et accueillante. Fantasque et indomptable amie, elle est celle que mes yeux préfèrent.
Et s’il fallait traverser la mer, pour aller regarder de l’autre côté, faudrait-il embarquer dans la frêle embarcation de Maria Papadimitriou ? Barque échouée sur des fragments de verre brisé, cette installation symbolise les rêves fracassés de ceux qui courageux croient en l’utopie d’une vie peut-être meilleure de l’autre côté de la Méditerranée. Je suis frappée par la beauté de cette œuvre, la mise en lumière et la limpidité du message magnifié.
D’autres images me surprennent. Et avec elles de vieux souvenirs émergent. Je revois les mêmes cordes au linge virevoltant les jours de mistral, lorsqu’enfant je levais les yeux vers le ciel libérateur, ces mêmes cours que je reconnais dans les remarquables photographies de Marie Bovo. Nostalgie soudaine et évocatrice des jeunes années où l’imagination m’emportait au-delà des hauts murs gris. Mes amies et moi, nous nous y rejoignons, admiratives du travail de l’artiste qui d’une représentation concrète permet l’évasion onirique du regard. Nous nous attardons devant les impeccables clichés, devenus mises en abyme de nos propres regards.
Marie Bovo, « Cours intérieures », Photographies, 2009
Je poursuis ma balade dans les salles du Musée, d’une oeuvre à l’autre, d’une image à l’autre, d’une rive à l’autre. Je m’arrête devant les globes en verre de David Casini, l’installation de Gal Weinstein, les vidéos de Hüseyin Karabey, Khalil Rabah, Zineb Sedira, les photos de Peter Wüthrich, Ziad Antar, un peu vite souvent devant certaines, en raison d’une certaine lassitude devant des productions répétitives, peu attrayantes, peu captivantes, où je ne ressens pas grand-chose. Où surtout je ne trouve ni recherche esthétique, ni poésie, ni créativité novatrice. Le message seul justifie-t-il la création voulue artistique ?
Néanmoins, deux œuvres retiennent à nouveau mon attention. D’abord, l’installation vidéo d’Adrian Paci, « Last Gestures », aux images partagées sur plusieurs écrans, me déconcerte et me captive par son originalité dans la présentation. Des images presque fixes, au ralenti en fait, mettent en scène un mariage avec des personnages qui me semblent de taille réelle. Leurs visages étrangement tristes et graves se découpent nettement sur le fond noir et je surprends aussi le regard de mon amie, elle aussi saisie par la solennité de la scène.
Enfin, et avant que les impitoyables horaires du MAC ne nous mettent précipitamment dehors, je rejoins mes deux amies pour partager un moment presque hilarant après le recueillement précédent. Un mur comme unique décor et voilà que Faouzi Bensaïdi nous fait spectatrices de dérisoires événements, comiques ou désolants, provoqués par une série de personnages ordinaires mais au comportement incohérent et farfelu. Terminer notre balade autour de la Méditerranée devant un mur qui illustre l’absurdité des relations humaines, c’est aussi se rappeler à quel point nous nous ressemblons, d’un côté et de l’autre de Notre Mer, malgré nos dissemblances. Altérité salutaire et constructive, cultures multiples pour mieux partager un bien commun, celui de la Méditerranée.
Sylvie, mars 2012











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Excellent, inspiré, passionnant. Quel style, un véritable plaisir pour les yeux, formidable bouffée d’oxygène pour nos esprits si souvent cadenassés par les stéréotypes.
Merci pour cette balade intellectuelle