L’art nous regarde

Présentation de l’énigme : le tableau de Magritte de 1927 « La trahison des images ». Tableau aux dimensions modestes composé d’une pipe peinte et d’une inscription à l’écriture cursive et presque scolaire : « ceci n’est pas une pipe ». Il nous plonge dans un abyme de perplexité. Que doit-on croire ? Ce qu’on voit ou ce qu’on lit ? Paradoxe pour certains indépassable qui plonge l’esprit dans le vide jusqu’à la nausée car sans issue. (Se donner la peine de chercher). L’élément manquant à trouver  est notre conscience du réel. En effet ce que le tableau nous montre n’est pas une pipe mais sa représentation. Un langage visuel qui nous illusionne. Ainsi l’art est porteur de sens, il n’est pas seulement transcendance et contemplation. Mais comment avoir oublié ce paradigme ? Car Magritte répète avec ses moyens contemporains ce qu’un grand nombre d’artistes ont déjà questionné : l’illusion des images et notre rapport au réel. (Velasquez avec « Les Ménines » en a fait une admirable démonstration).

Sans doute faut-il revenir à notre héritage chrétien et comprendre la stratégie développée par l’église : rendre délirants ses fidèles, les faire croire à ce qu’ils voient représentés : les saints, le christ sur la croix, marie pleurant son fils mort pour l’humanité, jusqu’au miracle de l’eucharistie : l’ostie : le corps du christ. Au regard de cette compréhension je me mets à aimer passionnément les artistes qui luttent pour démonter les rouages des manipulations et, ou, qui montrent une part de réalité. Car là est l’humanité, là se trouve notre condition. C’est là que tout se joue.

C’était le début de l’automne. Nous reprenions nos sorties mensuelles avec bonheur. Ce samedi là nous nous rendons aux ateliers Boisson. Un lieu blanc, avec plusieurs salles aux dimensions variables. Dans l’une d’entre elles, à côté d’autres œuvres, une étoile. Elle mesure bien deux mètres sur deux, elle est en béton et les armatures en fer dépassent des branches. Elle est comme arrachée d’un ciel non pas de carton pâte mais d’une construction plus solide. (De quel ciel pourrait-il s’agir ?). Cette étoile me touche. Elle est nous, la communauté humaine : les anges déchus, les stars avortées. Ou alors c’est celle qui s’est abattue sur l’enfant quand le réel montre ses dents de carnassier alors qu’il croit encore au père noël. C’est l’étoile d’un ciel désacralisé (car humain), un ciel bâti de nos rêves inventés ou que d’autres créent pour nous, celui des croyances et des illusions. Mais pas celui des illusions perdues et de la nostalgie car cette étoile décille le regard, ouvre la conscience. (Le ciel est-il pour autant vide ?).

Ce jour là nos avis divergeaient, mais entre nous il n’est pas question de se convaincre, on échange. Avec légèreté et profondeur.

Je suis rentrée en portant en moi cette étoile comme une petite lumière.

Agnès

« L’art nous regarde », en référence au livre de Georges Didi-Huberman, Ce que nous voyons, ce qui nous regarde (2004)

1° photo : La trahison des images (1929), René Magritte. Collection Los Angeles County Museum of Art. 2° photo :  Ma ruine avant la votre  (2009), Boris Chouvellon par © Boris Chouvellon. Château de Servières, Ateliers d’artistes de la ville de Marseille.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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