Art à Avignon

Chaque année Avignon. Comme un rituel : le In, le Off, la chaleur étouffante, la  foule des touristes déambulant sans fin à travers les ruelles décorées de mille affiches colorées, les bateleurs mêlés aux comédiens vendant avec une gaieté trop forcée leur spectacle. Avignon en juillet. Une de mes journées préférées de l’été. Avignon, c’est aussi la rencontre avec des artistes contemporains de grande réputation. Cette année : Barceló. Depuis quelques années, le hasard de mes pérégrinations m’ont fait croiser ce catalan prolifique. L’été 2006, à Avignon déjà, pour la première fois, je découvre quelques-unes des œuvres d’un artiste dont  je connaissais la renommée. En marge de sa collaboration avec le chorégraphe Josef Nadj pour leur spectacle-performance Paso Doble, on pouvait voir quelques céramiques dans l’église des Célestins. Intriguée mais pas vraiment émue, j’avais éprouvé alors la légère déception de ne pas ressentir l’espèce de béatitude admirative que l’œuvre artistique doit susciter en moi.

Mosaiques à Avignon 2010

Pourtant, ce 9 juillet, quand sur le parvis du Palais des Papes, s’est soudain dressé devant moi un énorme éléphant de bronze, les pattes en l’air, en équilibre sur sa trompe, j’ai été stupéfaite de la majesté incroyable de cette statue insolite, défiant absurdement  les lois de la gravité pour s’ancrer là, au milieu des badauds venus se faire photographier devant.  Il pourrait être grotesque, cet éléphant à l’envers, mais non, bizarrement. Il me force à lever haut les yeux ; je le regarde et loin de m’écraser, cet incroyable éléphant me hisse avec lui vers un monde où l’on se fiche du raisonnable, du rationnel, de l’admissible. Cet éléphant, si incongru devant la vieille bâtisse me communique un élan joyeux. Et puis, à nouveau, dans l’une des vastes  salles du palais, encore un éléphant. Presque le même, mais de plâtre et d’une masse bien moins imposante,  d’autant plus inattendu que je n’imaginais pas possible un double, illuminant de sa blancheur la Grande Chapelle dans laquelle il semble trôner. L’un imposant et sombre dans la luminosité aveuglante d’une illustre place, totem érigé vers lequel excité on est irrésistiblement attiré, et l’autre irradiant, malgré son volume et sa forme, un rayonnement éthéré qui ramène à l’apaisement. Terra Nostra , c’est le nom de cette exposition et l’artiste  nous rappelle  d’y puiser l’imagination et la force .

Les éléphants de Barceló à Avignon 2010

Je me suis souvenu à ce moment-là, dans cette salle austère, de l’émotion éprouvée devant les grandes toiles de Miquel Barceló exposées dans le pavillon de l’Espagne lors de la Biennale de Venise. Séduite par la beauté de paysages déroutants et magnifiés, par les silhouettes élancées d’Africains, par des marines mystérieuses et mouvementées. Impressionnée par la puissance figurative d’images qui encouragent à l’admiration de la beauté de la nature et de l’humain. C’est dans ses œuvres picturales que Barceló me touche le plus, réveille en  moi le bonheur intense de ressentir une émotion véritable et exaltante juste en regardant, juste en laissant mes yeux s’évader en des mondes fabuleux.

Toiles de Barceló. Biennale de Venise 2009

Et ce sont une  émotion peut-être encore plus intense et prégnante, l’ enchantement réconfortant de trouver tant de beauté chez un contemporain, cette grâce inexplicable qui me saisirent devant les immenses toiles de Cy Twombly . Art à  Avignon, encore. Te souviens-tu, Agnès, cette journée du festival 2007 ? Tu m’avais accompagnée, cette année-là, et avait tenu à  m’emmener voir l’exposition de ce vieux maître qui m’était inconnu alors. Je me rappelle à quel point nous avions été éblouies et transcendées par la splendeur des immenses fleurs, pivoines éclatantes, extraordinairement épanouies et colorées mais dont les pétales se répandent en ruissellements écarlates. Hommage à la beauté fragile et grandiose de la nature.

Cy Twombly à Avignon 2007

Comme Cy Twombly avec qui il entretint des liens répétés, Miquel Barceló est pour moi peintre de la nature, révélant notre existence au sein d’un réel magnifié. Et quelle évidence de les exposer en une ville si lumineuse et vénérable à la fois, si forte de contrastes en ce mois de juillet, ville de rencontres et de performances, de spectacles vivants, de créations stimulantes. Théâtre, sculptures, peintures, la vitalité et la beauté du monde. Art à Avignon.

Sylvie, juillet 2010

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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