La couleur sensible *

L’invention de la photographie (1839, N. Niepce, L. J. M. Daguerre). La photographie couleur et l’invention des Autochromes (1903, A. et L. Lumière).

L’invention du chemin de fer (1550-1830) et la fièvre du chemin de fer (1830-1914).

L’invention des congés payés (1900-1930, Allemagne, Norvège, Pologne, Chili, Brésil). En France, les accords de Matignon sont signés le 7 juin 1936, sous la Présidence du Front populaire.

Presqu’île de Pen Bron (Loire-Atlantique) Juillet 2010

A l’horizon la mer, à l’horizon la plage.

Même si j’ai les deux à côté de chez moi, à chaque fois que je passe au Vieux-Port, l’odeur me transporte sur le Golfe du Morbihan. Une côte plus sauvage, moins urbaine. Un petit air d’enfance, comme la Madeleine de Proust.

Besoin de dépaysement et de calme.

Les vacances, enfin souffler un peu.

Une évidence, en fait toute une histoire assez récente. Qui  a commencé avec l’invention du rivage, du chemin de fer, du tube de peinture (1841, John Goffe Rand, 1850, Lefranc), du tourisme (XVIII-XIX  siècles, 1841, Thomas Cook), de la photographie… des congés payés… Toutes ces innovations, si précieuses, que nous considérons acquises aujourd’hui.

Nos ancêtres, pas si lointains, n’envisageaient même pas de voyager pour le plaisir de la découverte. En dehors des moyens techniques, financiers et législatifs, la culture populaire ne prédisposait pas à s’éloigner de son environnement quotidien. La peur des bois, des sommets, des océans est ancrée dans l’inconscient collectif. Traditionnellement, ces espaces sont ceux des fées, des monstres et des menaces inexpliquées. Dans la peinture de la Renaissance jusqu’aux romantiques, les lointains sont aperçus au travers des fenêtres,  par dessus les remparts il n’y a que des champs. La campagne classique est une réponse à la commande d’une nature imaginaire, magnifiée par une représentation sociale du pouvoir royal…
Ces innovations ont profondément modifié notre appréhension de l’inconnu, du « territoire du vide »*, notre vision du monde, des autres et de nous-mêmes. Impressionnistes, pointillistes, fauvistes, expressionnistes, photographes, musiciens, scientifiques… purent enfin explorer le paysage et offrir à nos regards une nouvelle nature pacifiée, paisible, pleine de couleurs et de joie.

Nos images du paysage sont celles de promenades amicales, de sorties familiales, de nos loisirs, de nos performances sportives. Le paysage est le cadre raisonnable et convivial de nos divertissements. Nos photographies restituent nos souvenirs de ces moments. Au travers de nos images conservées, nos regards passés, effacés par le temps. La couleur sensible imprime le vent, les odeurs, la chaleur, la pluie, la lumière, les gens… Nous. La couleur sensible retient les souvenirs.

D’un rivage à l’autre, au travers les terres, je voyage vers mes amies. Marseille.

Agnès et Laure à la plage du David (Marseille) Mai 2010

Je me souviens de cette balade sur la plage du Prado après la visite d’une exposition intitulée « Années 1980, un parcours photographique » au Musée d’art contemporain. Avril, mai ? Toujours pas de soleil, mais comme d’habitude, Sylvie à travers l’objectif, nous voit. Sensibles à la couleur de l’instant. 

La Fabriques des Images, Musée du Quai Branly, Paris

Laure, Le Mans, les 1er et 2 août 2010.

En  complément à cet article,  je vous invite à visiter l’exposition « La fabrique des images » au Musée du Quai Branly (du mardi 16 février 2010 au dimanche 17 juillet 2011), notamment le thème « la peinture de paysage ».  L’exposition présente  à travers 160 œuvres ou objets quatre grandes visions du monde.

A  lire :

– La couleur sensible, Photographies autochromes (1907 – 1935), catalogue de l’exposition au Centre de la Vieille Charité du 19 décembre 1996 au 16 février 1997, Musées de Marseille et Société Française de Photographie.

– L’Invention du rivage par Michel Frisot, Beaux-Arts Magazine n°70 juil-août 1989, p. 80.

* Le territoire du vide. L’occident et le désir du rivage, 1750-1840 (1998), Alain Corbin, Aubier.

1° peinture : Régate à Sainte-Adresse, Le Havre (1867)), Claude Monet. Collection The Metropolitan Museum of Art, New-York. 1°photo : Plage avec Baigneurs, Biarritz (vers 1910, autochrome, 9 x 12 cm), Antonin Personnaz. © Collection Société Française de Photographie (SFP), Paris. 2° peinture : Notre Dame de la Garde (La Bonne Mère), Marseille (1905-1906), Paul Signac. Collection The Metropolitan Museum of Art, New-York. 2° photo : Un coin du Vieux-Port, Marseille (1907, autochrome, 8,5 x 7,4 cm), Léon Gimpel. © Collection Société Française de Photographie (SFP), Paris.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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