Ce qu’il reste de l’enfance

Si pour Laure sa Madeleine l’entraine vers le golfe du Morbihan, pour moi c’est vers un village corse que me hisse ma mémoire.

« Mon » village.

L’été toute la famille s’y retrouvait, autour du grand-père qui avait été zouave pendant la première guerre mondiale et en portait encore les stigmates. Mon grand-père, un vieux sage.

Photo personnelle, je n’allais pas tarder à naitre…

Que de joie et de lumière autour de ces grandes tablées où l’ivresse des adultes me permettait d’échapper à leur surveillance et me rendait à ma liberté, me rendait à moi-même…

Est-ce pour cette raison que mon premier choc esthétique fut pour « Le déjeuner des canotiers » d’Auguste Renoir ? J’avais huit ans.

Ce tableau me marquait si fort qu’alors étudiante aux Beaux-arts je tirais les fils de mon inspiration des impressionnistes et de leurs successeurs. Indifférente aux révolutions artistiques je m’inscrivais, avec une sublime inconscience, dans le goût franco-français, passéiste et suranné… (Car, si le mouvement impressionniste fut en son temps révolutionnaire, il est inscrit maintenant dans la tradition française. On peut également se poser la question de l’attirance toujours renouvelée pour ce mouvement artistique).

Ainsi de manière névrotique arrêter le temps et rester dans un désir profond et naïf d’éternel retour au passé, celui du bonheur. On sait combien les lobbies publicitaires savent tirer partie de cette nostalgie.

Cependant ce constat soulève la question de la modernité, en arts plastiques nous parlons de contemporanéité. En effet comment de nouvelles mises en forme permettent actuellement de re-présenter de nouveau ? En évitant le piège du passéisme et du neuf à tout prix.

Frontière subtile, fil ténu où se jouent le regard et la pensée de notre époque.

 

 


 

 

 

Dans quelques jours je serai dans mon village.

Une fois là-bas je me coupe, volontairement, du monde. Tout ce qui me lie et me relie à ma vie marseillaise est rejeté dans le fond de ma conscience. Là-bas, dans ce qui reste de mon royaume d’enfance je m’abandonne corps et âme à l’instant et à la fusion de mes sens avec la nature. Mes amies le savent, elles ont appris à respecter ce silence un peu spécial, mais cet apparent éloignement n’est en fait qu’une respiration.

Agnès.

Agnès et Laure à la plage du David. 2010

La Mer © Agnès Laurençon-Picca 2010

1° peinture : Le déjeuner des canotiers (1880-81), Auguste Renoir. Collection Duncan, Washington.  2° peinture : Jardin de l’artiste à Vetheuil (1878-79), Claude Monet.  Collection Alisa Mellon Bruce. 1°photo : Fleurs, Toshio Shimamura. Exposition au château du domaine de Chaumont sur Loire du 03 avril au 31 août 2010, Chambre de la Princesse. 2° photo : Cups (1996-2008, Installation de 700 verres, bouteilles, tasses, papier, polystyrène avec table), Dustin Ericksen et Mike Rogers. Exposition Art-O-Rama  2008, Friche de la Belle de Mai. Galerie Parker’s Box, New York.

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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