Marseille, de retour

Cap Corse 2005

Immeubles à Marseille 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai quitté mon île enchantée, le sanglot coincé au fond de la gorge pour retrouver en bon petit soldat, la réalité marseillaise. De nouveau courber les épaules sous le poids du quotidien et reprendre le cycle épuisant des semaines et des week-ends faussement reposants… pour une durée indéterminée… enfin jusqu’aux prochaines vacances. En fait s’enfoncer dans une dépression post- été… Comment retrouver le fil excitant de la vie ?

Dans son tableau de 1929 « La trahison des images », lorsque Magritte écrit « ceci n’est pas une pipe » sous la pipe peinte, on peut l’entendre également comme : ceci n’est pas qu’une pipe. En effet, outre le fait que c’est la représentation d’une pipe, un autre pourra y reconnaitre celle de son grand-père : «  la pipe que mon grand-père fumait  sous la treille les soirs d’été et qu’il nous racontait « sa » guerre, la grande, celle de 14-18 , les tranchées, les gaz, les morts, le courage, et que nous l’écoutions à moitié émus et à moitié ennuyés, déjà prêts à foncer retrouver les copains pour de folles aventures, en Corse encore…et mon grand-père qui m’aura légué un profond sentiment d’écœurement face aux violences de la guerre, à son inutilité et la force de croire à la puissance du pacifisme. Mon cher grand-père… » Ou, ou, ou.

Face au tableau nous existons et par notre regard le tableau existe. C’est ce qu’exprimait Marcel Duchamp lorsqu’il écrivait : « c’est le spectateur qui fait l’œuvre ». Cependant le retour à l’intime n’est pas l’unique position possible. En effet  du paradoxe créé par la phrase contredisant l’image nait un décalage, un écart, un espace vacant, un lieu de questionnements, une ouverture des possibles. En proposant un « au-delà »  à l’image lisse et immédiatement identifiable, Magritte nous invite à la réflexion et nous questionne sur la véracité de ce que nous voyons, il ouvre le débat. Une agora nait ainsi de l’œuvre.

Agnès et Laure Art-O-Rama 2010

Nous sommes le 10 septembre et j’attends Laure et Sylvie pour visiter le premier événement culturel marseillais, Art-O-Rama, salon international d’art contemporain. Sans le savoir mes amies me font le cadeau d’arriver en retard  et ce rendez-vous différé me permet une première visite, seule. Je déambule à travers les œuvres, disponible, comme neuve après ce retour de vacances, ouverte à toutes les propositions, réceptive à mes ressentis. Dans un petit théâtre, une boite noire en fait, comme il en existe beaucoup dans les expositions d’art contemporain actuelles, est projetée une vidéo. On y voit défiler des images extraites d’une encyclopédie sur lesquelles sont inscrites des maximes écrites par l’artiste.

Asylum 2010, Jeff Gibson, Courtesy Stephan Stoyanov Gallery, Art-O-Rama 2010

Je suis concernée par ces aphorismes qui mettent à distance les images codifiées des dictionnaires, car s’il existe une connaissance universelle, une norme je dirais, mon regard subjectif n’en existe pas moins, ma perception n’en existe pas moins. Face aux tourbillons d’images sous lesquelles je ploie, je ne romps pas si je trouve en moi la force d’analyser les écarts entre ce qu’on m’impose et ce que je ressens. Un travail harassant, pénible, long mais auquel il est de mon devoir de répondre car il y va de ma vie d’individu et de citoyenne.  Encore une fois un artiste ouvre en moi un espace de compréhension dans lequel il m’appartient d’emprunter les chemins de ma vérité. Comme le serpent qui se mord la queue je retrouve mes mêmes interrogations, se pourrait-il que tout cela soit vain ?

Agnès, septembre 2010.

"Carrying the Skeleton" (2008), © Marina Abramovic. Courtesy Sean Kelly Gallery

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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