Autoportrait

Un jour, il y a quatre ou cinq ans,  une photo de  Jean DIEUZAIDE, un autoportrait, m’intrigue. Je me souviens l’avoir regardé de nombreuses fois et longuement. Sans doute s’est-il photographié devant un miroir, il tient l’appareil près de son visage et tout autour de lui, des cercles que je suppose être celui que forme son objectif et dans lesquels se reflètent des silhouettes. Le photographe dans son objectif comme une spirale l’entourant de circonvolutions qui le révèlent d’autant plus comme l’objet précis de son regard. Le photographe devenu modèle et qui se regarde en train de se photographier.

Marseille Artistes AssociéŽs 1977-2007, Musée d'Art Contemporain de Marseille 2007

Je me suis souvenue aussi de la curiosité que j’ai toujours eue pour les autoportraits d’artiste. Enfant, ceux de Rembrandt me fascinaient. Qu’il se soit choisi comme modèle m’interrogeait constamment sur la lucidité, l’objectivité qu’on tente d’avoir face à soi-même. Arriver à se voir, et non seulement dans les yeux des autres. Accepter son visage, son corps et les reconnaître dans un environnement qui devient le décor de ce que nous sommes. Ne pas tomber amoureux de son image, tel  un Narcisse asservi à lui-même, mais se voir comme on voit  les autres,  comme les autres nous voient, comme si on découvrait une personne inconnue. Spectateur de notre propre personne en action, en mouvement dans un monde que notre présence rend à la fois familier et plein de surprises.

Art-O-Rama 2009, Friche Belle de Mai

Bien plus tard, les autoportraits de Warhol me captivèrent à nouveau. Ses photographies sérigraphiées me semblaient une évidente image de la modernité. Le Pop Art ravit mon goût pour les couleurs, habilement posées sur ces visages maintes fois reproduits et toujours différents.

Le Pouce de César (Bronze d'€™1,85 m, 1965) Musée d'Art Contemporain de Marseille 2007

Alors, sans volonté manifeste d’originalité, sans chercher à m’inscrire dans la lignée illustre de tous les artistes qui se sont représentés, avec modestie et dans l’incertitude de cette approche mille fois tentée par les anonymes comme par les célèbres, moi aussi j’ai commencé à me surprendre pour peut-être mieux me connaître.

D’abord, sans le vouloir. Des erreurs de cadrage, des étourderies face aux surfaces qui réfléchissent une silhouette que je découvre avec étonnement, amusement, perplexité parfois, sur l’écran de mon ordinateur. D’abord, je supprime ces clichés, évidemment. Des photos  sans  intérêt et soulignant au contraire mon manque de technique, mon ignorance des règles de la photographie. Comme la plupart des amateurs et autodidactes, je cherche une belle image, bien nette, facilement lisible, jolie si possible, bien organisée et cadrée. Je voudrais une certaine originalité, mais la photographie demande un apprentissage laborieux qui m’ennuie. Par conséquent, je trie et fais disparaître tout ce qui ne correspond pas à ce que j’ai espéré montrer.

Eclats de frontières - nouvelles acquisitions, 19 septembre - 13 décembre 2008, Frac Provence-Alpes-Côte d'€™Azur

Et puis, je regarde plus attentivement. Soudain, ça m’intéresse. Mon image inattendue me capte. Et petit à petit, j’appréhende au fur et à mesure de mes déambulations parmi les œuvres d’art, une mise en situation pour  un éclairage nouveau de ma propre personne.

Tout en photographiant mes amies, les rejoindre pour mieux confronter nos regards.

La photo pour nous reconnaître dans ce qui nous lie, dans ce qui me lie à elles. Et dans ce qui me relie à moi-même.

Austral, le Son, la Mémoire et la Chair (Vidéo projection, 2010), eRikm, MU Exposition personnelle, Sextant et Plus

C’est peut-être aussi à cela que la photographie me sert.  Me surprendre et me connaître.

Sylvie, octobre 2010.

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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4 commentaires pour Autoportrait

  1. Didier Petre dit :

    Belles photos conceptuelles et intriguantes. Bravo !

    Didier

  2. martine besseteaux dit :

    Bravo Sylvie, les photos donnent un regard plus créatif sur Art-O-Rama, 2010.
    Bonne inspiration !

  3. rechab dit :

    Et bien l’auto-portrait, effectivement, d’abord c’est le modèle le « mieux disposé », le plus disponible, et bien sûr le rapport avec sa propre image ( que l’on donne à voir)… en peinture van Gogh, Cézanne, Rembrandt, Kokoschka, dont l’approche est complètement différente avec le même médium, alors en photo, c’est un autre monde… et d’ailleurs puisque tu es voisine, les rencontres de la photo d’Arles, sont riches de la multitudes d’approches différentes, ( donc de choix, ) de l’esprit qui s’en dégage, de ce qu’on considère techniquement réussi ou non…

  4. Sylvie Puech dit :

    Merci pour ce commentaire, j’avais presque oublié cet article et il est vrai qu’aujourd’hui encore je poursuis mon petit cheminement vers cet « autre monde », celui de la photo. Et justement dès lundi 8 par un séminaire des Rencontres d’Arles …

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