Houellebecq, l’Art contemporain et moi

J’ai donc lu La Carte et le Territoire ; et j’étais bien contente que Houellebecq remporte le Goncourt. Finalement quand je lis du « contemporain » c’est encore lui que je préfère. Et depuis « les Particules Elémentaires » dont la lecture me laissera toujours un souvenir jouissif, je ne me lasse pas de la peinture cruelle, réaliste, souvent amère du monde dans lequel je vis. Tout de même, se sentir directement concerné et happé par des récits capables de susciter quelque interrogation, voire remise en question de comportements inhérents à notre mode de vie à l’occidental –on y aspire tous et on en subit de sacrées conséquences, chacun avec nos difficultés, nos égoïsmes, nos peurs et nos espoirs- c’est aussi ça que j’attends, moi, de la littérature. En plus, j’aime le style de Houellebecq, je le lis avec délectation, et puis je trouve l’homme attachant avec sa misanthropie, ses silences, ses mots hésitants et un cynisme que je voudrais plus fréquent sur les plateaux.

Agnès et Laure au Frac Provence-Alpes-Cô™te d'Azur. Octobre 2010

Ce qui a été particulièrement excitant, dans son dernier roman, c’est son approche de l’Art contemporain et le portrait de l’Artiste reconnu, sorte d’autiste égaré mais lucide, renonçant à l’aventure amoureuse, condamné, malgré le succès et l’argent, à une solitude vouée à son art. Personnage attachant, cependant, et dont, comme le dit le philosophe Finkielkraut à son invité lors de son émission Répliques sur France Culture, on aimerait voir les fameuses peintures. En effet, Jed Martin acquiert sa réputation et sa fortune grâce à une série de tableaux figuratifs, témoins de ceux qui participent ou qui comptent dans notre monde civilisé, peintures presque iconoclastes, en tout cas inattendues dans le monde de l’art contemporain. Que nous raconte Houellebecq ? Le désir d’un retour à une peinture plus traditionnelle ? L’impasse du monde de l’Art piégé par ses propres contraintes ? Monde de l’Art dont les deux figures les plus reconnues en raison de la seule valeur d’aujourd’hui, la reconnaissance par l’argent, sont les symboles frappants. A regarder les oeuvres de Jeff Koons ou de Damien Hirst, que l’artiste rêvé de Houellebecq échoue à représenter – sont-ils finalement si importants que ça ? – il est légitime de se demander en quoi ces oeuvres sont des oeuvres d’art ? Je me pose alors les questions. Est-ce beau ? Suis-je émue ? Dois-je réfléchir et chercher des réponses ? Allégorie ? Satire ? Dénonciation ? Témoignage ? Premier ou dernier degré ? Des questions que je me pose aussi en compagnie de mes amies, pendant nos déambulations dans les musées ou les galeries. Comme pour beaucoup de néophytes, il m’est souvent difficile d’arriver à émettre un quelconque avis sur une oeuvre dont souvent j’aurais juste envie de dire que c’est laid. J’ai cherché à comprendre. A trouver toutes les bonnes raisons, à justifier tous les partis pris. Je me suis instruite (merci, Agnès, pour l’excellent petit ouvrage d’Isabelle de Maison Rouge, l’Art contemporain, que je garde à portée de main), j’ai parcouru les expos locales, je suis allée à la dernière biennale de Venise, j’ai trainé ma fille au centre Beaubourg. Je me suis assez rapidement rendue compte que je n’étais guère embarrassée d’a priori, que je prenais plaisir à regarder, à admirer parfois, nombre d’oeuvres. Parfois, le moment de grâce, Cy Towmbly à la fondation Lambert, Barceló à la Biennale, une toile de Soulages, noire et bleue, à Paris.

Affiches de l'exposition Soulages au Centre Pompidou. Photomontage 2010

Et comme j’aime dans l’écriture de Houellebecq cet ancrage dans la contemporanéité, d’autant plus percutant que l’auteur ne cède pas à la recherche vaine d’un style pseudo-moderne plus vite démodé qu’innovant, j’admire chez certains artistes plasticiens une qualité formelle originale mais surtout capable de m’émouvoir par la représentation d’un monde qui est mien.

Ce que je découvre aussi, dans ma volonté de fréquenter la création d’aujourd’hui, c’est peut-être un encouragement à m’y impliquer modestement. Lire, regarder les maîtres, évidemment. Mais aussi être curieuse de tous les artistes, les créateurs, célèbres ou anonymes. Ils me permettent, ils ouvrent la voie, ils stimulent en moi le goût et le plaisir d’écrire, de faire des photos, de représenter le monde que je perçois. Ils m’autorisent à oser.

Sylvie, novembre 2010.

Tentatives 1995 à 1998, d'Alain Bublex, Coll. Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur

Vidéos à voir :

Pierre Soulages et Alain Seban visitent l’exposition.

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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