Une après-midi au FRAC

Le FRAC encore une fois, visite incontournable en ce début d’année  à la suite d’Art-o-Rama.

Le titre de l’exposition est séduisant : « Prendre la porte et faire le mur »…Une invitation est ainsi faite aux artistes à transgresser l’ordre ordinaire de la galerie ; une légèreté, une pointe d’enfance voire de gaminerie souffleraient donc sur ce lieu somme toute convenu (le fameux cube blanc, architecture classique des galeries actuelles). Cependant, en art contemporain, il faut rester  vigilant  tant les artistes aiment à nous déstabiliser, s’amusent avec nos sens et le sens, convoquent nos connaissances et notre esprit critique, bref nous mobilisent…

C’est ainsi que nous nous rendons, par un samedi pluvieux, dans les locaux du FRAC,  la curiosité et les soupçons aiguisés…

Aussitôt rentrées nous dégainons nos appareils photos. Personnellement je photographie encore à l’aide de mon téléphone, je fais appel à l’indulgence générale pour mon indigence.

Laure a déjà vu l’exposition, elle sait exactement ce qu’elle recherche. Elle nous a d’ailleurs informées d’un subterfuge amusant qui nous attendrait à l’intérieur, mais Sylvie et moi décidons de l’ignorer. Nous déambulons, survolons l’exposition afin de prendre nos marques et d’avoir une vue d’ensemble. Finalement nous stationnons dans la dernière salle. Est-ce le fait qu’ils s’y trouvent une table avec du verre posé, des sièges pour voir une vidéo, une artiste pianotant sur son ordinateur mais je m’y sens comme chez moi, dans une ambiance de travail tranquille, bien loin d’un lieu de seule contemplation. Nous prenons ainsi le temps d’interroger les œuvres, de rechercher des angles de prise de vue intéressants afin de poser un regard personnel, peut-être décalé sur ce qui nous est proposé.

Agnès et Sylvie & Moi au Frac Provence-Alpes-Côte d'Azur. Octobre 2010,

Puis je revois l’exposition à rebours. Une installation à laquelle je n’avais pas prêté attention soudain m’interpelle…justement par son invisibilité. Que cache cette transparence, ce sentiment de vide qu’y s’en dégage, ce minimalisme ?

Je contourne les parois transparentes d’un labyrinthe réalisé avec un genre nouveau de cimaises faites de verre qui laissent apparaître le dos des travaux : une photo en noir et blanc de carreaux blancs que j’avais prise pour une toile blanche dans le style du peintre Ryman. Une photo couleur d’un jeune garçon mais prise de dos si bien que l’on y voit aucune expression. Une photo N&B et en gros plan de plusieurs plaques de verres superposées. Une feuille de papier jaunie aux inscriptions pour moi incompréhensibles. Une « vraie » chemise bleue, celle de l’artiste ? Ici tout est question de clarté, de neutralité, de reflet mais aussi comme une peau retournée j’ai accès à ce qui est d’habitude caché. Cependant en montrant tout, cette œuvre me cache tout, une évidence qui ne me dit rien, les images m’échappent, le sens également. Ou bien tout est à imaginer, à concevoir ?

Agnès au Frac Provence-Alpes-C™te d'Azur. Octobre 2010

C’est d’ailleurs en découvrant mon image à l’arrière d’un cadre que cette œuvre vibre de sens. Au-delà des questions de scénographie que cette œuvre pose, elle s’anime lorsque je m’en empare et que finalement j’en joue. Je joue des reflets, de cette apparente limpidité, des opacités. Je joue avec mes amies et les visiteurs alentours dans un  amusant cache-cache, de ce qui fait l’œuvre ou la défait, jusqu’à nous y inscrire et faire partie de l’installation.

Laure au Frac Paca Octobre 2010

Agnès au Frac Provence-Alpes-Cô™te d'Azur. Octobre 2010,

Cette œuvre a ouvert notre imaginaire et nous profitons de son illusoire virginité pour la chambarder comme des sales gosses… « C’est le spectateur qui fait l’œuvre » a dit Marcel Duchamp…

Agnès, décembre 2010.

Liste des œuvres photographiées :

– Catrin Bolt, MoMA-series, 2010, production FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur © Catrin Bolt / ADAGP, Paris, 2010

– Simon Dybbroe Møller, Brain I, 2009-2010, production FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Courtesy galerie Andersen’s Contemporary, Copenhague

– Chloé Quenum, Vice Versa (ou pour chaque chose son temps), 2010, Production FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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