Art Design

 

Musée d'Art Moderne

Depuis mon retour en novembre dernier de la Biennale du Design à Saint-Etienne,  à certaines des expositions que je parcours avec mes amies, une même question se pose à moi. Où se situe la frontière entre l’Art contemporain et le Design ?

Certes, je sais que beaucoup réfléchissent sur cette ligne invisible qui semble séparer aujourd’hui deux actes créatifs intrinsèquement différents. Néanmoins, malgré quelques lectures diverses et instructives, souvent s’immisce en moi un sérieux doute sur les supposées raisons qui donnent aux uns le statut de Créateurs alors que les autres resteraient de simples Concepteurs. Les uns pour sublimer, les autres pour inciter. Les uns pour émouvoir, interroger, bousculer,  les autres pour communiquer, persuader, motiver.

Sans doute l’Imaginaire pour les uns et la Raison pour les autres…Or, finalement, qu’est-ce qui m’importe le plus ? Est-il moins honorable de s’émerveiller devant un objet destiné au plus grand nombre que de s’ennuyer devant une oeuvre qui ne provoque aucune émotion ?

Biennale Internationale de Design 2010 de Saint Etiennne, Demain C'est Aujourd'hui

En ce week-end glacial de novembre, après avoir apprécié le riche fond du Musée d’Art Moderne de Saint- Etienne, mes amies et moi avons rejoint avec une certaine impatience le site de l’ancienne Manufacture d’Armes. Pour la première fois, nous nous retrouvons ensemble dans un ailleurs qui renouvelle nos pérégrinations habituelles. Un vrai petit changement de lieu, d’ambiance, plus de temps pour nous, à partager, à communiquer, à admirer, une sorte de parenthèse et un réel espace de liberté pour nos rendez-vous culturels. Si le Musée d’Art Moderne nous a impressionnées par son architecture sobre et élégante, par la qualité et la richesse de ses collections, c’est la Biennale internationale du Design 2010 qui restait le principal objectif de notre escapade stéphanoise.

Déjà séduites par la majesté de ces anciens bâtiments industriels, friches chargées évidemment d’un patrimoine presque oublié, nous les admirons. Ils sont étonnamment ancrés dans une contemporanéité mise en scène par le thème de la biennale : « la Téléportation », les nombreuses installations, tous les objets, que nous découvrons au fur et à mesure de nos déambulations à travers les différentes salles. Je vagabonde au hasard, abandonnant mes amies pour me laisser guider par les lumières, les affiches, les couleurs, les formes,  hypnotisée le temps d’une video en 3D, intriguée par les textes, les photos, les objets détournés. Plus loin, un grand panneau attire mon attention : « Demain, c’est aujourd’hui ». Je m’interroge devant ces illustrations du monde complexe dans lequel j’évolue, bousculant ma passivité à l’égard de l’encouragement général à une consommation subie et non raisonnée. Mais je me laisse surtout juste emporter par l’esthétique de  ces concepts, ne m’attachant pas à leur visée pour mieux permettre à mon imagination et à mes sensations de s’échapper.

Biennale Internationale de Design 2010, Saint Etiennne, Between reality and the impossible, Cité du Design

Et c’est parfois comme devant l’unicité d’une œuvre : une émotion, un frisson, une sensation inattendue. Je ne veux pas me rappeler l’objet de design, je ne vois qu’objet artistique.

Le Design est né au XXème siècle, pourtant les objets semblent toujours s’être développés dans la créativité  et dans la volonté d’une esthétique alliant praticité et beauté. Ce décloisonnement des Arts profite peut-être à une expression artistique plus universelle, innovante et productive.

Après tout, je veux bien adhérer à une hiérarchie généralement admise et volontiers admettre que mon coeur s’emballe davantage devant un tableau, une sculpture, une installation qui libère mon imaginaire tout en m’éblouissant par sa force ou sa beauté. Cependant, par la mise en scène, les matériaux, l’originalité, l’esthétique, l’Art et le Design me plaisent ou me déplaisent tout autant, me séduisent ou m’horripilent également. Je n’ai pas envie de me convaincre d’apprécier, de ressentir telle œuvre qualifiée « d’Art », parce que c’est comme une sorte de prétention à appartenir à un groupe d’élus, d’initiés, d’amateurs éclairés capables de percevoir le Grand, le Beau, l’Important, de comprendre un message à la fois universel et singulier, de se sentir au-dessus de la vision vulgaire  et laxiste du plus grand nombre alors qu’en aucun moment je ne me suis sentie émue. Je n’ai guère envie non plus de me laisser tenter par toutes les innovations, même les plus remarquables, les plus représentatives, même les plus reconnues, les plus consensuelles, mais dont la principale et implicite visée porte à une consommation excessive et une valeur marchande anticipée.

Biennale Internationale de Design 2010, Saint Etiennne, La Ville Mobile, Cité du Design

Que j’oublie l’utilité d’un objet de Design pour n’en voir que l’esthétisme vivifiant, que j’estime une toile non à la renommée de l’Artiste mais à l’impression qu’elle suscite, c’est sans doute les seules certitudes qui encouragent ma curiosité, qui ouvrent mes yeux, quand je me balade dans les expos. Et surtout, lorsque mon regard accroche, s’amuse, se questionne, et que naît alors l’envie de m’approprier l’objet, l’installation, la toile, pour à mon tour oser un geste créatif, réaction spontanée, tout à fait bénéfique à mon désir de développer ma propre perception. S’enrichir des autres, de leurs visions, de leurs inventions, regarder autour de soi et réinvestir, c’est une manière de participer, d’agir, de ne pas se laisser totalement manipuler. Se permettre d’exprimer, c’est tellement satisfaisant et désinhibant, stimulant et réconfortant, et le partager évidemment.

Affiches d'expositions ˆ Saint Etienne en 2010, Paris et Aix-En-Provence en 2011

La semaine dernière, à Paris, je passe devant l’Hôtel de Ville, et comme sur la façade du Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne, comme sur celle du Centre Pompidou, du Musée Granet d’Aix, une grande affiche pour annoncer une exposition exceptionnelle. Celle-ci est un immense portrait d’Andrée Putman, célèbre designer et ambassadrice d’un style « à la française ». Il suffit de lever les yeux, de laisser son regard plonger dans l’image, déjà offerte à tous, fenêtre vers un ailleurs, un monde fantaisiste, contrasté, loin des convenances. Et là, malgré la légère déception de ce qu’on pouvait voir, soudain un instant onirique : le piano «  Voie lactée » dessiné pour Pleyel, ouvert comme une boîte à musique, offrant son ciel bleu nuit constellé d’étoiles à mon regard émerveillé. A ce moment-là, je n’étais pas devant l’exemplaire d’un magnifique objet à usage bien défini, mais devant une unique réjouissance déterminée par mon regard. Alors, Art ou Design, quelle importance, définitivement pour moi, seule l’émotion, si multiple et infinie soit-elle, l’emporte.

Sylvie, mars 2011

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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Un commentaire pour Art Design

  1. mementobabel dit :

    Comme le précédent dont il fait parti : cette série d’articles me plait ! )))

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