Les Chantiers Culturels. Euroméditerranée, Marseille.

Pour la première fois nous décidons d’une visite en plein air afin de découvrir  les chantiers culturels d’Euroméditerranée, à ciel ouvert.

Cette visite est planifiée par Laure qui sera notre guide. Elle a déjà arpenté les lieux, son appareil photo à la main. Elle a dans l’esprit le plan exact de notre déambulation; c’est rassurant, Sylvie et moi  n’avons plus qu’à nous laisser porter.

Ce samedi 21 mai la journée est d’été, une étonnante chaleur a soudain envahi la ville.

 Après nous être retrouvées Place Sadi Carnot,  nous prenons le tramway jusqu’au terminus afin de  revenir sur le Vieux Port en longeant le littoral. En fait ce qui sera la nouvelle façade maritime et qui fera se rejoindre les ports et la ville.

Devant la Tour CMA CGM

Nous commençons la visite par la tour CMA-CGM. Un gratte ciel en forme d’énorme vague bleue :147 m de hauteur, 6000 tonnes d’acier, 29 étages, 53000 m2 de surface vitrée.  Ce qui pourrait être le deuxième symbole de Marseille, après Notre Dame de la Garde annonce la prochaine  tendance : Marseille sera résolument urbaine, moderne, entrepreneuriale. Les 53000 m2 de surface vitrée sont un enchantement pour nous, photographes amateurs. Forcément nous nous y attardons.

Devant la Tour CMA CGM

Nous redescendons ensuite sur les ports,  jusqu’ au Silo d’Arenc mais sans pouvoir y accéder. Ce bâtiment, industriel et original qui a révolutionné la manutention portuaire a été labellisé patrimoine du XXème siècle en 2004. Depuis que la ville l’a acquis en 2001,  il est en cours de réhabilitation afin d’y aménager des bureaux et une salle de spectacle polyvalente. Je me rappelle qu’au cours des dernières élections municipales, Jean Noël Guerini souhaitait en faire le nouveau Musée d’Art contemporain. Nous en avons rêvé et j’en rêve  de  nouveau ce samedi 21 mai sous le ciel bleu sans nuages, devant les bateaux en partance, lunettes au nez et  cheveux au vent… J’imagine comment des artistes contemporains se seraient approprié le lieu en explorant et en révélant son architecture, en ouvrant sur l’espace extérieur : les ports et la mer, le voyage et l’exil. Tant de thèmes contemporains, qu’ils soient esthétiques, poétiques, politiques, économiques, tant de possibles et tant de talents au service de notre ville. Cependant le lieu seul ne suffit pas, même particulièrement inspirant il ne suffit pas, il faut une politique culturelle qui donne les moyens financiers à une programmation d’exposition d’envergure et à un service de médiation qui ouvre le musée aux publics. Or cette volonté politique manque à Marseille, certains musées ont une programmation quasi inexistante et (ou) d’une ampleur insuffisante pour la deuxième ville de France,  future capitale européenne de la culture.

Moins d’une semaine plus tard nous en aurons, une nouvelle fois confirmation en nous rendant à la Vieille Charité pour le vernissage de l’exposition  « L’Orientalisme en Europe. De Delacroix à Matisse ». Pourtant toutes les conditions devaient être requises pour en faire l’Exposition annoncée comme l’exposition aux 120 chefs d’œuvre, dixit l’annonce publicitaire entendue sur France Inter. Bigre. Néanmoins une petite alarme intérieure s’est allumée car  l’Orientalisme à Marseille nous en mangeons depuis pas mal d’années.

Devant les grilles de la Vieille Charité

Ce vendredi 27 mai à 18h 30 nous sommes donc devant la Vieille Charité. C’est encore une journée estivale pour le plus grand bonheur de ces dames qui sont coquettement vêtues montrant ainsi toute l’importance du moment. J’avoue avoir également mis du soin dans ma tenue. Beaucoup de monde en effet, la police est là également, pour préserver la fluidité de la circulation et l’arrivée des politiques. Cependant  ce n’est ni les robes des femmes ni les chemises bleues des représentants de l’ordre qui attirent toute notre attention mais plutôt des masques blancs. Et en effet, devant les grilles de l’entrée, des membres du personnel des services culturels protestent. Ils ont effacé leur visage derrière des masques lisses et immaculés, et sont une présence malicieuse et silencieuse. Pourtant les tracts distribués dénoncent ce qui est pour eux la déliquescence des établissements culturels gérés par la ville : la baisse du nombre de cadres, la précarité du statut de conférencier, éternel vacataire,  pas de véritable politique de médiation culturelle, le circuit complexe des réservations de visites pour les groupes, des salles fermées par manque de personnel… une avalanche… Et nous nous rappelons dans un rire jaune, mes amies et moi, une installation d’artiste, incomplète par manque de moyens, vue il y a quelques temps au  musée d’art contemporain, le MAC.

 A l’intérieur, l’exposition tant annoncée est scindée en trois parties correspondant  aux trois ailes du bâtiment. La Chapelle centrale, habituel point d’orgue d’un évènement culturel, est quant à elle fermée. (Manque de personnel ?).

Nous visitons donc, au pas de course car le monde se presse. C’est une exposition des Beaux-arts, traditionnelle voire académique avec une scénographie thématique et illustrative. Rien de neuf sous le soleil oriental donc… Dans l’enfilade des trois salles c’est ainsi une succession d’œuvres, souvent très belles, à contempler, peut-être à comparer. Il faut se délecter.  La partie réservée aux modernes est succincte voire tronquée, il est difficile d’en dégager les nouveaux enjeux picturaux  et…  de Delacroix seulement des petites toiles… « C’est tout ?! » dit haut, fort et ironiquement un visiteur. Comment ne pas adhérer à ce  sentiment d’avoir été manipulé par les effets d’annonce et une communication un peu pompeuse ?  Cependant le moment est particulier et mal choisi pour un jugement définitif, il faudra y revenir.

IN and OUT, la Vieille Charité

 Mais nous sommes encore le samedi 21 mai, et devant le Silo d’Arenc, devant son architecture remarquable, face aux ports et à la mer, je rêve à ce qui aurait pu devenir un centre d’art contemporain.

Mon rêve du Silo d' Arenc

 A des fins consolatrices nous nous dirigeons maintenant vers le chantier du nouveau Fonds Régional d’Art Contemporain Provence Alpes Côte d’Azur. Nous pénétrons dans le cœur du quartier Euroméditerranée, derrière les docks, à l’angle du boulevard de Dunkerque. Le chantier qui est tout en longueur nous semble étroit, étriqué ; un léger malaise nous étreint  car nous ressentons un décalage entre cette réalité et les images virtuelles qui nous annoncent  plus de cinq mille mètres carrés sur trois étages avec terrasse et jardin. Mais il est inutile d’ergoter sur les probabilités d’échec ou de réussite, car si le lieu est important de par le geste architectural qu’il révèle et représente, par les volumes intérieurs prêts à satisfaire aux expositions, à l’accueil des publics, à la bibliothèque… c’est une coquille. Une enveloppe qui reste à habiter, à rendre habitable pour en faire un lieu « habité ». Nous savons l’importance des financeurs mais le FRAC PACA reste en dehors de l’imbroglio des financements municipaux car ici se sont la DRAC et  la Région, par ailleurs très investie dans ce projet, qui sont les payeurs. De plus nous connaissons bien cette structure ; alors qu’elle était encore située Place Francis Chirat nous nous y sommes rendues régulièrement et souvent, dans ce blog, nous avons relaté nos visites : des moments forts, de  confrontation, de découverte. A chaque fois la médiatrice culturelle était présente, à notre écoute, nous expliquant  les objectifs de l’exposition, les intentions des artistes, et plus tard amusée de nous y voir si régulièrement. Et c’est vrai nous y avons tissé des liens, et en effet nous attendons maintenant avec quelque impatience sa réouverture prochaine en 2012.

Le chantier du MUCEM, mai 2011

Pleines de ces réflexions nous poursuivons notre cheminement en direction du Vieux-Port. Nous retrouvons le front de mer et bientôt les immenses grues colorées annoncent le chantier du MUCEM (Musée des Civilisations d’Europe et de Méditerranée). Elles dessinent dans le ciel bleu caeruleum d’étranges figures géométriques. Je suis maintenant habituée à cette présence majestueuse dans le paysage marseillais. Je ne ressens aucune menace mais plutôt comme, lorsqu’enfant, l’effervescence soudaine de mes parents annonçait les festivités de Noël. Et ici, à Marseille le nombre de grues qui se multiplient donne l’image concrète des préparatifs de MP13. (Marseille Provence 2013), l’année de la fête de la culture. Un bonheur annoncé pour nous trois… Ainsi la construction du futur musée avance, effectivement, indéniablement et le beau temps inespéré va en faciliter la progression. Quelques jours plus tard, au cours des mardis du MUCEM nous apprendrons qu’une deuxième passerelle va être construite. La première réunit le Fort St. Jean à la terrasse du musée, la deuxième rejoindra le quartier du Panier. Cette passerelle est donc une ouverture du musée vers l’extérieur, un désenclavement  mais c’est également une main tendue aux marseillais qui pourront faire des balades magnifiques, gratuites comme si un peu de ce site leur était rendu. Et la transparence de l’enceinte muséale, calculée et voulue par l’architecte Rudy Ricciotti permettra aux baladeurs un regard vers l’intérieur, vers les expositions. Une éducation du regard, inconsciente, sur les choses de la culture… Une bonne nouvelle donc.

Le chantier du MUCEM, mai 2011

Mais nous sommes toujours le 21 mai 2011, épuisées et assoiffées par la longue marche sous un soleil brûlant. Nous sommes surprises par ce soleil de printemps dont l’ardeur n’est pas encore atténuée par les brumes de chaleur du plein été. Seule Laure a encore le courage de faire quelques photos. Sylvie et moi capitulons, un seul but maintenant nous anime, retrouver l’ombre salvatrice des cafés du Vieux-Port.

Agnès, juillet 2011

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
Cet article, publié dans Agnès, Architecture, Art, Contemporain, Culture, Moderne, Musée, Peinture, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s