CY TWOMBLY, LA PART D’HERITAGE.

Le mercredi 5 juillet Cy Twombly est mort. Je ne l’ai appris que quelques jours plus tard. Je ne devais pas écouter les bonnes infos…

Sur le site de la Collection Lambert je lis le communiqué du directeur, Eric Mézil qui se termine par ces mots : « nous l’aimions tant ». Je pleure. Il s’agit bien d’amour en effet comme l’on dit de quelqu’un «  il m’a tant apporté, tant donné »… Mais ne me viennent à l’esprit que des expressions toutes faites, des formules d’une impitoyable banalité. Comment rendre hommage en évitant les poncifs et les platitudes ?

Devant un dessin de Cy Twombly

Alors que dans les années quatre- vingt dix  je subissais le diktat français de la mort de la peinture, un élan intérieur me poussait à continuer d’aimer les peintres vivants. Sans doute n’avais-je pas encore assez de lucidité et de maturité pour l’expliquer alors et j’écoutais seulement mon instinct. Pourtant je le taisais ou l’avouais sous le manteau à certaines personnes sûres…On ne sait jamais, je ne voulais pas passer pour une ringarde. Le souci de l’image. Ce qui me troublait était de comprendre comment associer le terme contemporain avec l’acte de peindre, comment réconcilier les « Tournesols » de Van Gogh et « L’Urinoir » de Duchamp ? Les deux termes semblaient antinomiques, une rupture s’était produite, irrémédiable, définitive…Et pourtant des peintres continuaient leurs recherches et certains  s’imposaient dans leur somptueuse évidence et la radicalité de leur choix. Cy Twombly en faisait partie. Alors se taisait en moi le verbiage  des querelles de Chapelle.

Montage photo: photographies de Ed Ruscha et peinture de Cy Twombly.

Et il m’aura fallu du temps pour trouver une cohérence et opérer une soudure, un long cheminement jalonné de lectures, de discussions, d’expositions, et c’est vrai d’efforts, mais je ne me risquerai pas à une quelconque définition ou explication car, en art, rien n’est plus fragile qu’une certitude. Cependant  peu importe le médium utilisé par l’artiste pourvu qu’il y ait l’ivresse,  et je laisse à chacun le soin de la reconnaître. Ainsi il m’aura fallu du temps pour rompre les barrières d’une autocensure qui me coupait de moi-même ou bien essayé-je de justifier ma fastidieuse compréhension ? Quoiqu’il en soit, Cy Twombly était de ces peintres que j’aimais silencieusement et que je m’autorise depuis à aimer au grand jour.

Devant les séries photographiques de Cy Twombly

Alors bien sur, à l’annonce de notre voyage en Avignon, à la Collection Lambert pour l’exposition « Le Temps Retrouvé », mon cœur a bondi. D’ailleurs une grâce nous accompagnait ce jour-là. Les événements banals s’enchainaient harmonieusement, avec, je dirais même bienveillance, les hoquets du quotidien s’avéraient bénéfiques, mieux l’inattendu était inespéré : un parking en plein centre d’Avignon finalement peu onéreux, l’ombre fraîche d’un platane à l’intérieur d’une cour tranquille avec sièges à l’envi pour notre pique-nique… jusqu’à l’autorisation de photographier dans le sanctuaire de l’Hôtel de Caumont. Un accord finalement donné aux visiteurs à partir de ce jour et peut-être grâce à nous et qui a provoqué une jubilation presque compulsive à nous photographier, Laure, Sylvie et moi au milieu des œuvres. Nous avons en effet joué, avec respect cependant, dans cette cour de (re)création dont Cy Twombly est, était ? le commissaire associé.

La mer et la plage de Gaeta où vivait Cy Twombly, à partir des photos de l'artiste.

Il est troublant que le peintre photographe, pour sa dernière exposition ait souhaité s’entourer des œuvres de ses pairs, d’y inscrire également celles de sa généalogie artistique ; qu’il ait souhaité s’unir à ses « pères », ses amis et aux photographes qu’il aimait et admirait. Comme il est troublant que le titre éponyme de l’exposition « Le temps retrouvé » fasse référence au septième et dernier tome d’ « A la recherche du temps perdu » de Marcel Proust qui a justement été  publié à titre posthume en 1927… Un enchevêtrement de liens, de filiations, de miroirs et de correspondances dont le sens m’apparaît cependant… A l’instar du narrateur dans « Le temps retrouvé » qui partage avec nous, lecteurs, ses émotions qui lui livrent les clefs de la création littéraire, Cy Twombly nous donne en partage les hommes, les lieux, les œuvres de sa secrète inspiration.

« Et comme l’art recompose exactement la vie, autour de ces vérités qu’on a atteintes en soi-même flotte une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que la pénombre que nous avons traversée. » Marcel Proust « Le temps retrouvé ».

Reflets dans une photographie de Louise Lawler rendant hommage à Cy Twombly.

Agnès, août 2011.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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