Patrimoine et Art Contemporain. Eglise Saint Martin du Méjan, Douglas Gordon et Miquel Barceló.

Après notre visite de l’exposition « Le temps retrouvé » à Avignon avec Cy Twombly comme commissaire associé, et dont nous étions reparties enchantées, il n’était pas question pour notre trio de rater la suite, à Arles, dans le cadre des rencontres photographiques 2011. Une espèce de « deux en un » puisque notre pérégrination ne s’arrêtera pas à cette seule exposition. Ce prolongement n’est pas incongru puisque là-bas comme ici il s’agit de photographies. Quoique ce que présente l’artiste Miquel Barceló ne soit pas des photos mais des tableaux. Cependant la technique créée par le peintre, javel sur toile noire, s’apparente aux procédés chimiques de la photographie, la javel agissant  comme un bain révélateur.

Façade principale de l'église du Méjan

 C’est l’Eglise Saint Martin du Méjan qui accueille l’exposition des deux artistes, amis de Cy Twombly, Douglas Gordon et Miquel Barceló donc. Une petite église qui a été vendue après la révolution comme bien national et qui fait partie désormais du complexe culturel des éditions Actes Sud. Tout le périmètre est sauvegardé car le quartier compte un monument d’exception, l’Eglise des Dominicains, un édifice gothique. Une petite église donc, en bordure du Rhône et qui ne paye pas de mine. A l’intérieur  on ne glorifie plus Dieu mais on peut y entendre des concerts et parfois, y voir des expositions comme aujourd’hui. Un petit écrin en effet, dont l’abside romane a été conservée malgré de multiples transformations au cours des époques. Dedans la lumière y est de circonstance, c’est-à-dire douce, tamisée, une pénombre propice à la contemplation. Des cimaises ont été installées de manière à préserver les murs de pierre. Elles sont grises, neutres. Pas de parti pris donc, et d’ailleurs les œuvres sont sagement alignées avec, à gauche les photographies de Douglas Gordon et à droite, les peintures de Miquel Barceló. Une succession de portraits.

Portraits de stars aux yeux brûlés de D. Gordon, intérieur de l'église du Méjan

Pour ce qui est du travail de Douglas Gordon, il s’agit de photographies de célébrités dont les yeux ont été brûlés et qui laissent  apparaître un miroir dans lequel le spectateur se reflète. Et je ne résiste pas au jeu de m’y photographier…Cependant cette dramaturgie reste vaine. Bien sur ces portraits filent la métaphore « se brûler les ailes, se consumer », les stars tout autant que nous, tout autant que l’artiste ; Oui nous pouvons laisser notre regard suivre les contours sinueux du passage du feu et s’amuser des effets à chaque fois renouvelés ; Oui nous pouvons être touchés voir horrifiés par ces yeux vides de stars aux allures de poupée de cire, sans humanité,  des monstres froids… Mais l’ensemble confine trop à un système répété à l’envi pour nous émouvoir et réellement nous impliquer. Seul le portrait de Romy Schneider prend du sens à mes yeux. Parce que cette actrice, immense et d’une sensibilité exacerbée s’est suicidée, parce que voir l’éclat de son sourire et la brûlure de son regard, ici comme une métaphore pour le moins adéquat du feu intérieur qui l’a consumée jusqu’à en mourir…Alors, oui,  l’émotion me trouble.

Photomontage à partir du portrait de Romy Schneider de D. Gordon.

Mais le plaisir reste bien mince au vue du nombre de portraits qu’il me faut contempler, et je ne peux évacuer de mon esprit que l’utilisation de l’image de « people » est quelque peu calculée à des fins commerciales.

Portraits à l'eau de javel de M. Barcelo, intérieur de l'église du Méjan.

 Et ce n’est pas en me tournant vers les peintures de Miquel Barceló que je vais trouver un quelconque apaisement. En effet, là encore, je ressens système, répétition, monotonie, usure. Comme si l’artiste m’avait laissée sur le bas côté.  Parti dans son délire, il m’a oubliée. Oui bien sur, on peut se pâmer devant la virtuosité et ce qui nous est vendu comme une performance. Car comble de l’ambiguïté un film nous montre Miquel Barceló en train de peindre face à son modèle, nous dévoilant ainsi une attitude pour le moins classique sous le couvert de la modernité. Et où sont passées la splendeur des clair-obscur de Rembrandt, l’ingéniosité de Velasquez, la puissance des déformations de Francis Bacon ? Autant de qualités vantées dans certains textes de présentation à l’attention de ces portraits. Ici trop de place est laissé au hasard, trop de place est laissé à la « performance » illusoire, trop de place est laissé à la maîtrise afin que l’artiste et ses modèles, ses amis, se  contemplent. Comme si le peintre content et fier d’avoir trouvé une formule nous la montrait et remontrait sans cesse et ce,  sans autre objectif. Une digression sans fin…

« Le sujet de l’artiste se ne sont pas les matériaux, se sont les émotions et la pensée, les deux » a dit Louise Bourgeois. Dont acte.

A gauche photo de D. Gordon, à droite peinture de M. Barceló.

Nous repartons, surprises par notre déception, ne comprenant pas comment, après la qualité des œuvres et la subtilité de la scénographie à la Collection Lambert se succèdent ici ennui et  bien maigre propos.

Agnès, octobre 2011.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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