Une Biennale en point final, Lyon, décembre 2011

     L’année 2011 s’achève, et un week-end lyonnais comme un point d’orgue à nos pérégrinations artistiques de ces mois passés. De toute évidence l’un des moments les plus forts de notre année culturelle, je pourrais même affirmer celui qui, en ce mois de décembre, m’a permis en compagnie d’Agnès et de ma fille, de voir le plus d’œuvres, de découvrir le plus d’artistes, le temps de deux journées intenses à parcourir les lieux d’exposition de la Biennale d’Art Contemporain.

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La Sucrière

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Un jardin à la française devant l’usine T.A.S.E., Marienbad, 2011, de Jorge Macchi

     De La Sucrière  au Musée d’art contemporain, de l’usine T.A.S.E. et à la fondation Bullukian, quatre lieux, quatre atmosphères sous l’égide d’un même thème : « Une terrible beauté est née ». Sans oublier l’exposition Ainsi soit-il au Musée des Beaux-Arts. De retour chez nous, dans les jours qui ont suivi, alors que l’excitation provoquée par le léger dépaysement d’être dans une autre ville, un peu à l’aventure, seulement guidée par la curiosité de ce qui s’offrait à nos yeux, commençait à s’estomper, j’ai pu alors, dans une réflexion plus raisonnée, commencer à me rappeler tout ce que l’on avait vu.

      Il est vrai que l’on a beaucoup regardé, photographié, arpenté des salles immenses, monté, descendu des escaliers, que l’on a apprécié la ballade fluviale de La Sucrière au MAC, l’altérité harmonieuse des différents lieux d’exposition.                                                  On a débuté notre périple par une entrée théâtrale sous de lourds et majestueux rideaux.

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Kulissen, 2011, d’Ulla von Brandenburg, le début somptueux de notre entrée en Biennale, (la Sucrière)

On a assisté à des performances, des danseurs mêlés aux badauds, quelques musiciens les accompagnant au gré de leurs déplacements, un homme nu harnaché tirant inlassablement, tel un Sisyphe moderne, de longues  courroies.

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Corps humain comme objet de la pratique artistique, Puxador, 1998-2011 de Laura Lima, (la Sucrière)

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Danseurs face aux portraits de Lynette Yiadom-Boakye, Série de peintures, 2010-2011, (la Sucrière)

On s’est perdues dans un bric-à-brac déconcertant, on a pénétré le ventre magique d’un poisson géant, on a piétiné les longs poils d’un balai de sorcière, on a déliré devant la fantasque vidéo d’une artiste sud-africaine déjantée, on a lu un poème de Giacometti, on a discuté l’intérêt d’une peinture trop figurative au goût d’Agnès mais remarquable selon le mien. On a raillé l’installation d’un plan d’eau plutôt déconcertante, déplaisante et glauque mais on a aimé regarder les images hyper réalistes d’un film où deux jeunes gens un peu décalés se perdent, tels des héros de Rohmer, dans un verbiage envoûtant à décrire une nature merveilleuse.

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Découvrir la réalité dans le ventre d’un poisson, No. 84 (Le Poisson), 2011-2012 de Michel Huisman, (l’Usine T.A.S.E.)

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Marcher sur les kilomètres de fil d’un balai de sorcière exponentiel, La Bruja de Cildo Meireles, 1979-1981, (MAC)

photo 8

Un capharnaüm entre ombre et lumière, The Ultimate Realities, 2011, de Diego Bianchi, (MAC)

On a critiqué l’inanité d’œuvres ternes, pour nous  insignifiantes, démonstrations évidentes d’un art sans envergure, sans émotion, sans créativité. On a posé nos yeux sur des séries de dessins, certains poignants, témoignages bruts d’enfances abîmées, de femmes humiliées, de peuples sacrifiés, d’autres plus décoratifs, plus lumineux, même burlesques, et on a admiré la maîtrise d’un dessinateur formidable, ordonnateur d’une architecture fantasmée et improbable, vertigineux labyrinthe urbain où nos yeux se perdent.

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Architecture chimérique, Capacious Memory, 2011, de Robbie Cornelissen, (la Sucrière)

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« Quelque chose dont vous ignorez l’existence… », Série de dessins, 2003-2011, de Marina de Caro, (MAC)

On a ri de l’infâme puanteur causée par de malheureuses poules grotesquement peinturlurées et condamnées à  un espace restreint. On a contemplé le ciel à travers des dômes géodésiques. On s’est interrogées, on a échangé. On s’est révoltées devant les témoignages que nous font les artistes de l’oppression subie sur tous les continents, on s’est questionnées sur le pouvoir de l’artiste, sur la vision qu’il propose, sur ses influences et ses limites. On a cherché aussi le beau, et on a parfois perçu le laid. Et puis, surtout, on a tenté de décrypter l’état du monde, d’un monde que l’art d’aujourd’hui montre, dénonce, décrit, raconte. On a développé notre imagination, on a renforcé notre connaissance, on a manifesté notre ignorance, on a désiré l’art comme libération de ce mode de vie étouffant auquel nous sommes tous aliénés.

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Robe fantôme de Chiharu Shiota, State of being n°24, 2009, Ainsi soit-il, (Musée des Beaux-Arts)

photo 12

Dômes géodésiques de Richard Buckminster Fuller dans le sévère jardin de la Fondation Bullukian

     Deux belles journées donc, où nos regards ont voyagé vers d’autres contrées, où les artistes nous ont entrainées vers leurs imaginaires pour tenter encore et encore de nous rappeler ce que nous sommes. Et de cette Biennale je suis repartie avec non seulement de surprenantes, éclatantes, impertinentes, dérangeantes, émouvantes, stimulantes images mais aussi avec le sentiment évident d’avoir participé à une aventure magnifique.

                      Sylvie, décembre 2011

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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