Le Temps des Armes

« … En Syrie, notamment, un vendredi de la colère qui s’achève dans le sang. L’armée pilonne les manifestants, notamment à Homs. Ville rebelle, Ville martyre. Au moins 260 morts selon l’opposition. Le régime de Damas dément, mais cette tragédie pourrait faire basculer le Conseil de sécurité (de l’ONU) qui doit adopter dans  quelques heures une résolution que la Russie pour l’instant refuse de voter… » Samedi 4 février 2012 –  7h30 – Le journal de Bernadette Chamonaz  (France Inter, Le 7/9 du week-end, 0,12s à 0,34s)

Le jour se lève, je réfléchis à mon article, des images surgissent, des sons, des informations, des journaux qui nous  relatent la guerre et la violence à des centaines voire des milliers de kilomètres. Loin de nous et si proches, la souffrance est perceptible au travers des mots et de la voie de la journaliste. De la radio à un mètre de mes oreilles, des images de bombardements, de tirs, les hurlements surgissent des nouvelles de ce jour d’avant. Combien de reportages de guerres, de souffrances, de personnes avons-nous dans notre mémoire, de visages défigurés et de corps mutilés, d’enfants, de femmes et d’hommes pleurant leurs proches, hurlant dans des rues, regardant leurs maisons détruites. Depuis un an des villes, mondialement des symboles, Sidi Bouzid, Le Caire, Sanaa, Benghazi, Homs… sont devenues des champs de bataille. Les effusions de violence qui s’y déroulent, viennent de pouvoirs tyranniques, de dictatures, qui répondent aux manifestations légitimes de la rue, des citoyens réclamant leurs départs, par des manifestations de leurs forces militaires. Face aux slogans, aux voies de la révolte des manifestants armés de banderoles, ces leaders arabes répondent par le fracas des fusils, des canons et des blindés. La puissance semble être du côté de ceux-ci, comme en Libye, ou en Syrie. Apparemment ! Mais à leurs jusqu’au-boutismes, les peuples répondent proportionnellement par leurs déterminations à faire appel à leurs ressources, à celles d’autres pays et à celles d’organisations internationales. Nos expériences historiques, de la France, des Etats-Unis d’Amérique, de la Russie ou de la Chine…, nous ont toujours démontré que le pouvoir tyrannique, qui soumet son peuple, qui le dépouille, qui l’affame, perd toujours face au pouvoir du peuple, au pouvoir de la démocratie, au pouvoir qui prône l’égalité, la justice, la liberté.

Les deux dernières expositions (que j’ai visitées avec mes amies ou sans) auxquelles sont venues se greffer la rencontre-débat des Mardis du Mucem avec Jean-Pierre Filiu (17/01/2012), la chanson « Beirut »  d’Ibrahim Maalouf (concert au Fil de Saint-Etienne – 22/01/2012) et le film « Lord of the War » d’Andrew Niccol avec Nicolas Cage (Arte-01/2012), m’ont inspirée ce « Temps des Armes » (à son origine la chanson populaire « Le Temps de cerises »).

31 décembre 2011 et 22 janvier 2012, C’était Manufrance, un siècle d’innovations 1885-1985, Exposition du 14 mai 2011 au 23 avril 2012. Musée d’Arts et d’Industrie (Saint-Etienne)

Encore une très belle exposition du Musée d’Art et d’Industrie, sur cette fois une célèbre entreprise stéphanoise, Manufrance. Une exposition où la scénographie immerge le visiteur dans un univers d’informations multiples, particulièrement soigné et interactif. Nous sommes replongés dans une histoire emblématique de l’industrie française. Cette entreprise fabriquait des armes, des munitions et des cycles. De 1885 à 1985, près d’un siècle durant cette industrie fut une des premières à organiser le travail à la chaine dans une « Usine Moderne », avec plus de 4000 salariés, et la vente par correspondance. Elle fut à la fois un des symboles triomphant de l’industrialisation et un des premiers jalons de la désindustrialisation française. D’une révolution économique à une autre.

De cette exposition temporaire où les armes sont omniprésentes, à la collection permanente d’armes en partie constituée par le dépôt d’armes réglementaires de la Manufacture Nationale, le pas est vite franchi pour nous replonger dans notre Histoire. Cette Histoire de France qui ne peut s’affranchir de la convergence de l’Histoire politique (de la Royauté à la Révolution de 1789) de l’Histoire des idées du Siècle des Lumières, de l’Histoire de la Révolution industrielle,… de l’Histoire des Peuples et de l’Histoires des Armes. Ainsi « La ville de Saint-Étienne fut rebaptisée « Armeville » pendant la Révolution et sa Manufacture d’armes fut dès lors le point d’approvisionnement des armées de la jeune République française » (Source Wikipédia : Manufacture d’Armes de Saint-Étienne ).

13 janvier 2012, Timothée TALARD “Nothing fixes a thing so intensely in the memory as the wish to forget it”. 9 décembre 2011 – 14 janvier 2012 Galerie Gourvennec Ogor (Marseille)

 Ainsi, nous, qui vivons dans un pays démocratique, développé où les nouvelles technologies de l’information et de la communication, où Internet et les transports nous donnent accès au monde, nous recevons les révolutions légitimes de ce monde avec espérance et compassion. Nous en faisons part tous les jours sur les réseaux sociaux. Les artistes (réalisateurs, musiciens, plasticiens…) reçoivent, ressentent, comme nous, toutes ces informations visuelles, sonores, émotionnelles, et certains témoignent également de leurs vécus, qu’ils transforment et transmettent au travers de leurs œuvres. La Galerie Gourvennec Ogor a présenté les œuvres de Timothée Talard, où sont omniprésentes les images de ces révoltes urbaines, références à l’actualité évidemment mais aussi si semblables à d’autres phénomènes de violences urbaines occidentales. D’un continent à l’autre, les réseaux d’Internet qui relient les villes les unes aux autres, qui relient leurs habitants les uns aux autres, créent et développent de plus en plus une unité, un sentiment d’appartenance globale, que ceux qui dirigent démocratiquement ou non nos nations ne semblent avoir saisis. Cette évolution, comme une vague qui traverse les frontières, ne peut effectivement passer que par des révolutions que nous espérons pacifiques pour les populations. Car la souffrance des innocents ne peut servir favorablement celui qui la provoque.

Rencontre-débat le 17 janvier 2012 à 18h30 à la bibliothèque de l’Alcazar, Les Mardis du Mucem, Les révolutions arabes, un an après, avec Jean-Pierre Filiu

La rencontre-débat avec Jean-Pierre Filiu (historien et arabisant, professeur à Science Po de Paris) évoquant Les révolutions arabes un an après, fut comme tous les Mardis de Mucem, un moment où l’actualité est évoquée de manière approfondie, sans tabous ni a priori, en perspective avec l’Histoire de l’Europe et de la Méditerranée, par des personnalités, des chercheurs, des journalistes… Jean-Pierre Filiu, n’y a pas dérogé en nous éclairant le dessous des discours officiels de Ben Ali, de sa famille, des hors-la-loi qui dirigeaient la Tunisie, sur les espoirs trahis de la jeunesse tunisienne, sur sa révolte, une Révolution qui concerne « la jeunesse arabe du Maroc jusqu’au Golf ». Cette unité globale urbaine se retrouve dans cette révolution partagée par des individus parlant la même langue, l’arabe, cette même langue utilisée sur les réseaux sociaux, sur les blogs, dans le rap, sur les murs, dans la rue… Il évoque les chemins de la Révolution, ces chemins de la Liberté qui passent par un « apprentissage de la diversité, de la pluralité, du dialogue, du partenariat, de la confrontation mais dans le respect de l’autre ». Il nous parle de cette révolution populaire venant de la Tunisie et de l’Egypte, comme d’une résurgence des révolutions passées (la place Tahir emblématique de  la révolution de 1919), d’une reconstruction « de la société par le bas », de cette société civile qui espère à nouveau construire son Histoire. Cette Histoire Vivante, en mouvement, en perpétuelle révolution, qui concerne chacun de nous, citoyen de ce monde. Nous, aussi, Marseillaises, cette perspective politique de l’Histoire, de la pensée et de l’art nous concernent.

« … L’Histoire jugera sévèrement les pays qui ont empêchés de sauver le peuple syrien. Consternation, condamnation générale des occidentaux après le véto de la Russie et de la Chine au projet de résolution de l’ONU mais Paris veux relancer l’initiative … » Dimanche 5 février 2012 –  7h30 – Le journal de Bernadette Chamonaz (France Inter, Le 7/9 du week-end, 0,01s à 0,16)

« … En Egypte, un an après la chute de Moubarak, le même cri dans la rue « Dégage », c’est fois il vise l’armée. Le dossier syrien : réunion demain de la Ligue arabe, nous verrons avec Christian Chesnot quelle est très divisée … »  Samedi 11 février 2012 –  7h30 – Le journal de Bernadette Chamonaz (France Inter, Le 7/9 du week-end, 0,30s à 0,41s) 

 Laure, Marseille, 4/12 février 2012.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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Un commentaire pour Le Temps des Armes

  1. rechab dit :

    Il y a quelque chose de la nuit
    D’un grand oiseau sombre
    Qui replie lentement ses ailes
    La venue incertaine du jour,
    La quête du regard
    Au milieu des grisailles
    Quand dans les maisons tombées
    Et les corps écrasés
    Surgit encore la plainte
    D’un nouveau né.

    RC 5 juin 2012

    https://ecritscrisdotcom.wordpress.com/2012/06/05/bombardements-de-homs-rc/

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