Love Difference, The Mediterranean Approach

Mardi 13 mars 2012…

Je sors avec Agnès, un tour au Studio de la Friche Belle de Mai, pour voir quelques vidéos de Claire Dantzer diffusées dans le cadre de « Contemporaines » (La Collective & Saffir, galerie nomade), et puis ensuite au programme, la bibliothèque de l’Alcazar pour Les Mardis du Mucem. A notre arrivée déjà beaucoup de monde, comme c’est toujours le cas maintenant. Nous nous installons dans les premiers rangs pendant que la salle finit de se remplir. Agnès évoque à nouveau mon dernier article (Le Temps des Armes), moi j’évoque celui de Sylvie (Autour de la Méditerranée… d’un regard à l’autre…), de l’idée de parler également de l’exposition The Mediterranean Approach au Musée d’Art Contemporain (Mac), de poursuivre, de compléter ma réflexion.

Rencontres-débats Les Mardis du Mucem, "Méditerranée, un nouvel ordre du monde ?" à 18h30 à la bibliothèque de l'Alcazar : 17 janvier 2012, « Les révolutions arabes, un an après » avec Jean-Pierre Filiu / 14 février 2012, « Espagne, Etat de crise ? » avec Josep Ramoneda / 13 mars 2012, « Grèce, le complexe du Parthénon » avec Takis Théodoropoulos

Les Mardis du Mucem sont depuis le mardi 12 octobre 2010, un rendez-vous particulier qui me permet de nourrir une recherche, une pensée loin des a priori. Comme cette première rencontre intitulée Barbarie et Civilisation par Tzvetan Todorov, puis Méditerranée, questions d’histoire par Henri Laurens, bien d’autres ont suivi, toujours aussi éclairantes, évitant le politiquement correct, la pensée dominante française, offrant une réflexion singulière d’historiens, d’écrivains, d’architectes… D’une rencontre à l’autre, d’un point de vue à une analyse, les liens se tissent, les approches de l’Europe et de la Méditerranée s’organisent dans notre esprit et construisent peu à peu  une globalisation plurielle, historique et géographique.

L’attrait croissant pour ces rencontres se confirme, des personnes habituées, ou non, viennent de plus en plus nombreuses, de plus en plus avides. Un signe de cet intérêt, certains soirs la salle de la Bibliothèque de l’Alcazar ne peut contenir tout le monde. Et puis cette année, Thierry Fabre, responsable de la programmation et des relations internationales du MuCEM, créateur des rencontres d’Averroès, a conçu cette seconde saison comme une trilogie, structurée par trois cycles : « Questions de mémoires, questions de frontières », « Méditerranée un nouvel ordre du monde ? » et « Le pouvoir des images ». Des rencontres où il questionne et guide le déroulement de la discussion enrichie et rythmée par des images d’archives de l’INA, des extraits de documentaires, de journaux télévisés… Ce mardi 13 mars, écoutant avec attention et quelques sourires les réponses chargées d’humour de Takis Théodoropoulos, je réalise, en regardant les affiches au mur, la fin de ce cycle sur la Méditerranée.

Rencontres-débats Les Mardis du Mucem, "Méditerranée, un nouvel ordre du monde ?" à 18h30 à la bibliothèque de l'Alcazar : 17 janvier 2012, « Les révolutions arabes, un an après » avec Jean-Pierre Filiu / 14 février 2012, « Espagne, Etat de crise ? » avec Josep Ramoneda / 13 mars 2012, « Grèce, le complexe du Parthénon » avec Takis Théodoropoulos

Ce soir, Takis Théodoropoulos, écrivain et éditorialiste pour le quotidien grec Ta Nea (Les Nouvelles), nous révèle les dessous de la crise grecque enracinée dans son histoire avec l’Europe. Une situation que nous, trop souvent figés dans l’instant médiatique et une histoire franco-française, nous n’appréhendons pas. « La Grèce a été admise en Europe ni pour ses finances florissantes, ni pour son dynamisme économique, mais à cause du Parthénon. » (Entretien avec Takis Theodoropoulos 08/03/2012). Le Parthénon emblème de la Démocratie et d’un pays. Cet état tellement symbolique que son entrée dans l’Union Européenne (UE) ne fut réellement soumise à aucun impératif financier, administratif ou politique, de même que les aides de l’Union Européenne et les financements des banques.

Mais est-ce que l’argent et une bureaucratie corrompue peuvent remplacer un appareil d’état, des administrations, des services publics compétents, organisés et performants propres à développer une économie agricole et touristique ? La corruption et les pots de vin ne peuvent remplacer un système social. Nous (français) nous plaignons de nos structures politiques trop compliquées, de nos administrations trop lourdes, de notre système éducatif monstrueux… de notre précieux Ministère de la Culture trop cher, nous (Agnès et moi) réalisons que la Grèce se porte mal de leurs manques. Qu’est-on en train faire chez nous en les dénigrant et les supprimant peu à peu ?  Ne voit-on que leurs coûts et non le prix de leurs lacunes ?… A la sortie, nous discutons avec une amie qui a vécu en Grèce et qui regrette de n’avoir pu continuer à y travailler, elle nous raconte l’absence de factures, de bulletins de paye, de retraites évidemment… Tant de détails pragmatiques sur lesquels repose notre système social par répartition acquis au cours de luttes sociales, à commencer par la Révolution de 1789.

Love Difference, La table de la Méditerranée (Mar Mediterraneo) de Michelangelo Pistoletto (2002/2007) & The Angels of Venice, de Peter Wuethrich (2011) au MAC

J’aime les connexions entre une actualité, des rencontres et des visites de musées… quand les faits et les idées construisent des correspondances. Ainsi la connexion, entre l’exposition The Mediterranean Approach et surtout l’œuvre « Love Difference », la table de la Méditerranée de Michelangelo Pistoletto, est ce que j’avais à l’esprit au moment de notre discussion avec Agnès. Cette grande installation ne fait pas partie de l’exposition de The Art for the World mais des collections du musée.  Cette proximité avec l’approche globale, internationale de The Art for the World, me la révèle encore plus cette fois-ci que lors de mes autres visites. Presque obsédante, avec le reflet des Anges de Venise de Peter Wuethrich (une partie d’une œuvre intitulée The Angels of the World), connectant encore plus ce miroir à l’exposition itinérante partie de Venise, où le manifeste « Love Difference » de Michelangelo Pistoletto fut présenté pour la première fois en 2003.

Une scénographie voulue mettant en valeur deux œuvres dans le même esprit que l’objectif de The Art for the World. La mission de cette Organisation Non Gouvernementale « est de créer, à travers le langage universel de l’art un dialogue constructif et durable entre divers peuples, cultures, et visions du monde dans le but d’encourager la tolérance et la solidarité et de favoriser l’éducation comme un droit humain. » Elle « mobilise l’art et la culture contemporains pour promouvoir les valeurs et les principes attachés aux Droits de l’homme. » Ces hommes que Peter Wuethrich photographie d’une ville à l’autre avec un livre sur le dos. Ces pages ouvertes comme des ailes, représentant la connaissance, l’imagination et la créativité, transforment celui qui les porte, en Ange. Peter Wüthrich (Berne, mars 2008) explique que « Nous sommes tous, d’une certaine façon, « des anges et des mediums », nous avons tous besoin de communication avec les autres, le monde lui-même a besoin de plus de communication. »

Love Difference, La table de la Méditerranée (Mar Mediterraneo) de Michelangelo Pistoletto (2002/2007) & The Angels of Venice, de Peter Wuethrich (2011) au MAC

Ce même message que Michelangelo Pistoletto a voulu au travers de cette table où il invite les différents protagonistes de la Méditerranée à s’asseoir et à communiquer. Ce même dialogue  instauré autour d’une œuvre d’art contemporain de 2002 à 2007. « Love Difference, Mouvement Artistique pour une Politique Inter-Méditerranéenne a été créé à Biella au printemps 2002 dans le Bureau Politique de la Fondation Cittadellarte de Michelangelo Pistoletto. » Pour lui.  « Le cours de la politique mondiale ne peut pas être laissé uniquement à la logique de la spéculation économique. La politique et l’économie ont besoin d’être inspirées par une nouvelle façon de penser. L’espace formatif pour cette pensée est le laboratoire créatif de l’art socialement engagé. Love Difference est un mouvement d’idées découlant de ce laboratoire. Love Difference est un nom, un slogan, une déclaration d’objectifs. Le mouvement combine l’universalité de l’art avec l’idée de transnationalité politique, et se concentre sur la Méditerranée en ce qu’elle reflète les problèmes de la société mondiale » (extraits du manifeste).

Crises, Révolutions et Guerres,  la Méditerranée, berceau de nos Cultures, n’a cessé d’en connaître. Ce n’est pas nouveau, plus ou moins 40 000 ans… depuis la préhistoire : une Odyssée. Naissance de l’Art et des techniques, de l’agriculture, des villes et de l’écriture. Naissance des Empires et des Royaumes, Egypte, Babylone, Assyrie, Syrie, Anatolie, La Crête, Mycènes, Phénicie, Israël, Carthage, Étrurie… Colonisation Grecque puis Romaine. Naissance du Christianisme. Empire Romain et décadence. Développement d’une opposition entre Nord et Sud, entre Empire Byzantin, Papauté, Etat Carolingien et Monde de l’Islam… Formation de Royaumes et d’Etats, Italie, Aragon, Navarre, Castille, Grenade, Portugal, Angleterre, Flandre, Serbie… La rupture entre Orient et Occident s’installe… L’Espagne devient catholique, juifs et musulmans quittent la péninsule. Développement de l’Empire Ottoman et Vénitien. La Renaissance. Guerres des Royaumes et Empires, Italie, Espagne, France, Germanie et Ottoman…  Révolution française, naissance du nationalisme et conquêtes colonialistes mondiales. Napoléon. Décadence de l’Empire Ottoman. Indépendances autrichienne, hongroise, grecque, serbe, bulgare, roumaine… égyptienne… Ouverture de la Méditerranée aux empires de la Grande-Bretagne et de la  Russie et aux deux guerres mondiales. Guerres, paix, décolonisations et naissance de nouveaux états, Yougoslavie, Albanie, Turquie, Syrie Liban, Jordanie, Israël, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc… Entre unions et divisions intergouvernementales, la Méditerranée se retrouve confrontée aux grands défis de la mondialisation, de l’environnement, des migrations…

Que de dialogues à engager entre les différents représentants et organisations autour de cette table… autour de cette mer…

Love Difference, La table de la Méditerranée (Mar Mediterraneo) de Michelangelo Pistoletto (2002/2007) & The Angels of Venice, de Peter Wuethrich (2011) au MAC

Que voit Sylvie dans les reflets d’argent de cette mer ? Surplombant cette étendue miroitante, songe-t-elle à l’Odyssée ? A celle d’Ulysse… ou à la nôtre, Méditerranéennes emportées par la vague de Marseille-Provence 2013.

Laure, Marseille, 20 mars au 1 avril 2012.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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