Quelle est la couleur du printemps ?

Lequel ? Je m’interroge… celui qui a parcouru nos derniers articles. Quelle est la couleur du printemps arabe ?

Je googleIng ma question pour voir qu’elle est sa réponse comme dans un roman d’Asimov. Et je tombe sur ce billet de Favilla (Les Echos n° 21047 du 27 Octobre 2011 • page 14). Une réponse qui commence ainsi : « La marquise de Sévigné, dans une lettre fameuse, révélait à son destinataire cette nouvelle « étonnante, surprenante » : la vraie couleur du printemps n’est pas comme on le croit le vert, dont se parent les feuilles, mais le rouge, celle des bourgeons. » Ce rouge sang coule des victimes, éprises de liberté, toujours plus nombreuses en Syrie, en Egypte, en Libye, en Tunisie… « Printemps arabes, la répression continue »… ce titre d’un article de C.B. (Libération.fr, Actualités, Monde du 24 mai 2012 à 01:00) donne la couleur de l’actualité, celle d’un dernier rapport d’Amnesty international. Est-ce que la couleur du printemps se marie bien avec la couleur de la répression, de la violence, et des massacres ? Vert et Rouge, couleurs qui s’opposent, complémentaires s’il faut en croire les théories. Se révélant l’une l’autre, toujours plus dramatiquement sous la lumière du soleil méditerranéen. Faut-il toujours plus d’espoir et de bravoure pour terrasser les dragons ?

Le Vieux-Port de Marseille en mai 2012 & néons Marseille-Provence 2013 sur la grue du chantier de l’Hôtel Dieu, futur Hotel Intercontinental Marseille.

Ce printemps n’est pas non plus très vert pour nous marseillais. La couleur rouge envahit aussi nos rues, notre ville et nos esprits. Dans quelques mois seulement, Marseille sera Capitale Européenne de la Culture. Sera-t-elle prête à accueillir les 10 à 15 millions de visiteurs annoncés ?  Pour l’instant, en pleine effervescence, de sites clés en voie de s‘achever, en chantiers du Vieux-Port commencés, la ville semble en plein chaos. D’autant plus que les milieux mafieux ne cessent de résoudre leurs conflits d’influence en règlements de comptes violents et sanguinaires… Les journaux relatent tous les jours attaques à mains armées faisant ressurgir le fantôme de la French Connection. Qui de l’imaginaire cinématographique magnifié ou du choc de la violence réelle l’emportera dans l’attraction ou la répulsion du visiteur ?  L’Office du Tourisme en mesure-t-il déjà les effets ? Si ce printemps a été chaud qu’en sera-t-il de cet été (c’est en cette saison que depuis 2010 les crimes sont les plus nombreux) ? La cartographie des effusions concerne l’ensemble des quartiers de Marseille et de la région. Sécurité et Mafia semblent bien loin de se préoccuper de Culture et d’apaisement. D’un monde à l’autre, d’hypothétiques kilomètres et frontières paraissent les tenir à distance. Nous, voyageuses et internautes, savons qu’éloignement et séparation sont si inexistants. Les réseaux s’interpénètrent et ont toujours un impact les uns sur les autres. Quand les uns s’appliquent à construire une capitale créative d’accueils, de joies, de rencontres festives, de Musées riches d’arts et d’expositions, de salles remplies de musiques, de théâtres et d’applaudissements… Que détruisent les autres ? Pas seulement leurs homologues en tous cas…

Simple marseillaise, je ne vis pas bien évidemment ces événements comme la majorité des habitants. Entre nous, ils provoquent quelques sourires, même quelques rires. On se demande bien en quoi la mort de quelqu’un peut-être drôle. La répétition et l’accumulation ? Peut-être. Un mécanisme de protection et de distanciation ? Plus probablement. Malgré cela l’inquiétude pénètre mon esprit. Un soir de printemps traversant le Vieux-Port, je le découvre en pleins travaux, en plein champ de bataille comme cette ville. Une violence nécessaire à notre ordinaire paysage urbain si pittoresque avant sa renaissance. Cette apparition est si symptomatique des efforts déployés et de l’urgence aussi. J’en connais les objectifs, j’ai vu et relu les sites du On, du Off et les autres, les articles et les ouvrages… J’ai vu et écouté Michel Desvigne, lors d’une conférence de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, au Silo. Ce paysagiste nous parle de la « place du vide », de ce Vieux-Port redessiné, réaménagé, à nouveau symbole de Marseille, ville allant vers la «ville-nature» en 2020 et surtout vers la Capitale Européenne de la  Culture en 2013. Nous, qui rêvons de changements et de projets enthousiasmants, nous qui les voyons prendre corps, nous voyons chaque jour nos espoirs se réaliser. Nous rêvons ainsi d’un changement d’air et d’espace plus bleu et plus vert…

De gauche à droite et de haut en bas : Musée Matisse (Sortie et façade), Claude Viallat dans le cadre de l’exposition « Robinson, ou la force des choses », « Dos Santos » d’Assan Smati (2007, Courtesy Galerie Bernard Ceysson) place Yves Klein, Promenade des Anglais, Quais du Bassin Lympia, un Mur de Sol Lewit en façade du Mamac.

Mardi 3 mai 2012 à Nice.

Un jour en bleu, ce matin-là les toits ocre rouge de Marseille respiraient un air limpide, la plus belle journée de ces vacances de Pâques. Sylvie nous emmenait Agnès et moi à Nice dans sa petite voiture bleue. C’est la seconde foi qu’elle nous offre une balade pour nos anniversaires. L’année dernière Avignon. Nous nous  étions munies de nos parkas découvrant l’éléphant de Barcelo sous une grisaille pluvieuse. Ce Nice’s day, un temps splendide nous accompagne, parfait pour nous rendre la visite de cette cité latine magique. Hors du temps, loin de l’actualité et de nos petits soucis quotidiens, presque en touristes, nous ne sommes préoccupées que de l’instant partagé, fixant sous l’œil de nos caméras la fraîcheur des palmiers de la Promenade des Anglais, la blancheur scintillante des luxueux immeubles et des hôtels mythiques, les reflets de lumières chaudes des immeubles ocre jaune et rouge des quais Cassini et des docks, la vue plongeante du Cap de Nice sur la Baie des Anges…

De là cap sur le Musée Matisse, nous passons dessous le Mamac que nous visiterons l’après-midi. Sur la coulée bleue du Paillon et la coulée verte des parcs et jardins, Nice superpose en plus une coulée culturelle du Palais des Expositions au Théâtre de Verdure enchevêtrant ainsi nos attentions et nos préoccupations pour l’Art, la Culture et la Nature. Nous sommes dans ces éléments en arrivant sur la colline verdoyante de Cimiez, après une déambulation dans un parc d’oliviers où les adultes et les enfants s’égaillent discrètement, nous découvrons la Villa des Arènes. Cette bâtisse qui abrite le Musée Matisse, est imposante avec sa façade ocre rouge, ses fenêtres entourées de trompe l’œil et ses volets d’un azur fané. Son style génois nous plonge dans une ambiance surannée. Les peintures de Matisse à l’esprit évidemment, nous entrons prêtes à retrouver une œuvre familière et à découvrir quelques peintures, quelques sculptures inconnues. L’intimité que nous avons avec son travail est renforcée par cette maison, sa proximité avec les divers ateliers niçois de Matisse, avec cette lumière particulière qui l’a tant attiré, le décor des tableaux, les paysages, les vues des fenêtres, les sofas et les tissus colorés, semblent occuper l’environnement. Les canapés rouges, à notre attention au centre des pièces, permettent la contemplation. Les photographies de Brassaï renforcent cette proximité avec le contexte de l’époque. Sur l’une, Matisse en noir et blanc. Sur l’autre, l’Hôtel Régina dont nous pouvons voir les toits du parc…

Ce va-et-vient entre la vie, les œuvres, les artiste et Nice, nous poursuit le reste de notre journée au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain. Du Jardin du Cimiez à la place Yves Klein, nous restons dans cet univers suspendu et bienveillant. Nous déjeunons entourées d’une girafe (Stabile‐mobile) de Calder, d’un Monstre du Loch Ness de Niki de Saint Phalle, de « Dos Santos » d’Assan Smati. Je rappelle à Agnès et Sylvie qu’elles ont déjà fait connaissance avec ses chevaux bleus en arrivant à Saint-Etienne (Biennale Internationale Design 2010). Réconfortées, nous sommes en terrain connu pour la suite. Nos objectifs prennent l’architecture du Mamac sous tous les angles. Ravies par les lignes de ce monument en acier et verre comme un hommage au Centre Pompidou, nous y retrouvons les mêmes sensations, les mêmes plaisirs dans les déambulations, les mêmes va-et-vient entre l’intérieur et l’extérieur. Nous découvrons de niveau en niveau les œuvres de Daniel Dezeuze, Patrick Saytour, Claude Viallat, des artistes des années 60/70 de Support/Surface, les collections permanentes et tour à tour les différents quartiers de Nice, du vert des collines au ciel bleu…

Printemps de l’Art contemporain #4 17,18, 19 mai 2012, Notre-Dame de la Garde & néons Marseille-Provence 2013 sur la grue du chantier de l’Hôtel Dieu, futur Hotel Intercontinental Marseille.

De retour dans notre ville, encore en plein rêve bleu, nous envisageons nos prochaines sorties. Des images de cartes postales nous reviennent à l’esprit. Mais ce printemps n’est pas terminé, comme l’année dernière nous sommes impatientes de participer au Printemps de l’Art Contemporain #4 17/18/19 mai 2012. Marseille Expo promet de nous transporter sur la lune. Rose, c’est la couleur affichée de ce printemps artistique. Comme une envie du monde de la culture, réuni ce mercredi 16 mai 2012 au Palais de la Bourse, autour d’un colloque intitulé « L’art contemporain : une industrie culturelle ?», de voir la vie en rose. Toujours plus car ce monde est plus habitué à se prendre des bleus. Nous nous rappelons l’engouement ressenti à l’automne 2011 (Art-O-Rama…). Pour ce Printemps nous remarquons encore cette joie partagée. Cette foi-ci le grand public est là. Rose, c’est la couleur de notre espoir pour Marseille-Provence  2013.

Laure, Marseille, 25 au 29 mai 2012.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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