Un automne prometteur … ou moins … avant janvier 2013 !

     Les jours ont filé. Et voilà l’hiver qui s’amène. Avec lui, la promesse d’une année 2013 esthétiquement mirifique en notre région. Alors, pour voiler notre impatience, un petit retour en arrière sur nos déambulations artistiques.

Au Centre de la Vieille Charité, l’exposition sur Marseille du photographe Bernard Plossu

Au Centre de la Vieille Charité, l’exposition sur Marseille du photographe Bernard Plossu

     Je me rappelle d’abord notre légère appréhension à aller découvrir en cette fin d’octobre, la dernière exposition proposée par le Musée de la Vieille Charité. De nombreuses productions d’un « réputé » photographe, Bernard Plossu, sont à voir et elles font écho à celles montrées au Musée Granet d’Aix-en-Provence. C’est vrai, nous avions un évident a priori car la réputation de cet artiste « internationalement reconnu » nous laissait perplexes. De fait, je l’avoue, je n’en avais jamais entendu parler. Mais toujours prêtes à élargir nos connaissances artistiques, nous voilà bravant le cinglant mistral qui nous accompagne fréquemment en ce toujours magnifique lieu. Et là, invitée avec mes amies à arpenter les longues salles, dès les premières photos, je m’amuse et m’interroge. Quoi ? Tant de bruit pour si peu ! Le célèbre artiste voyageur, le photographe réputé, celui dont on nous dit qu’il révèle par ses clichés une vision différente, décalée, de ce qui l’entoure, des lieux qu’il traverse… Et moi, ce que je vois dans ces photographies de Marseille prises au cours de ces vingt dernières années, dans les miniatures comme dans les plus grands tirages, c’est l’image d’un Marseille suranné, désuet. Je reconnais les lieux évidemment, la Corniche, le Vieux-Port, Callelongue, mais je m’étonne de ne pas y retrouver une atmosphère plus contemporaine, qui me concerne, dans laquelle je retrouverais la ville où je vis.

En noir & blanc, on peut s’amuser à faire comme Plossu

En noir & blanc, on peut s’amuser à faire comme Plossu

Non, j’ai l’impression de feuilleter les pages d’un vieil album familial, avec ses petites photos en noir et blanc, plus ou moins bien cadrées, souvent malhabiles, un peu de biais. Je pourrais presque y reconnaître mon père tout jeune remonter la Canebière, mes tantes se promener au bord de la mer, ou des parents lointains et inconnus posant maladroitement dans un environnement vaguement familier. Je veux bien croire le concept de balade poétique, de regard différent dans une ville que Plossu veut, sans doute, rendre plus belle et attirante, onirique et juste mais qui, moi, ne me touche pas. Tout simplement parce que ce n’est pas l’image que je désire voir de ma ville. Je n’ai pas envie de vivre dans un monde qui ressemble à l’après-guerre, dans ce monde effroyablement triste, dans ce noir et blanc intemporel mais terne. Ces photos m’ennuient, ou m’amusent, hélas pas pour de bonnes raisons. Je n’arrive pas à m’y intéresser et si je passe à côté de chefs- d’œuvres, et bien tant pis ! J’assume car tout simplement, je n’ai ressenti, et mes amies comme moi, aucune émotion ni émerveillement devant ces fades clichés.

     Si l’exposition du Centre de la Vieille Charité nous a toutes les trois déçues, ce n’est jamais le cas de la Galerie Gourvennec Ogor. Quand en novembre nous nous donnons rendez-vous dans ce lieu atypique d’un quartier en devenir, nous sommes encore une fois frappées par le dynamisme d’un galeriste qui sans concession, poursuit une démarche résolument contemporaine, avant-gardiste et toujours de qualité. Cette fois, sont présentées les œuvres d’un artiste d’origine hollandaise, Rob de Oude, qui vit et travaille à New York.

Les lignes et les couleurs de Rob de Oude :  Tilt, à  la Galerie Gourvennec Ogor

Les lignes et les couleurs de Rob de Oude : Tilt, à la Galerie Gourvennec Ogor

Dès que je les regarde, j’ai comme une réminiscence de l’enfance, de lignes, de courbes et de couleurs. Comme quand je me frottais longuement les yeux pour faire surgir les impressions kaléidoscopiques, comme quand je faisais tourner inlassablement les rondelles crantées de plastique pour créer des rosaces emberlificotées sur mes cahiers de dessin. Je me sens aspirée par ces centaines de lignes droites, finement entremêlées au point de former des figures géométriques et même courbes dans lesquelles mon imaginaire se laisse emporter.

De lignes en courbes, des formes géométriques oniriques

De lignes en courbes, des formes géométriques oniriques

C’est tout simplement beau. Je m’approche des toiles pour vérifier la technique, pour comprendre la magie des images, la subtilité harmonieuse des couleurs et je perçois la délicatesse et la précision du travail de l’artiste. Je m’éloigne et de nouveau mes yeux m’entraînent vers les mailles infinies d’un labyrinthe où je veux bien me perdre dans une contemplation apaisante. Cela fait du bien de s’éloigner quelques instants de la réalité matérielle, de quitter la morosité ambiante, le grisâtre décor qui nous entoure pour laisser l’imagination s’ouvrir, les sensations renaître, pour retrouver la simple notion esthétique du beau, des couleurs et du rêve.

De près ou de loin, on a envie de pénétrer dans les mailles de l’infini

De près ou de loin, on a envie de pénétrer dans les mailles de l’infini

      Et c’est très curieuses que nous nous retrouvons début décembre pour nous rendre en un lieu tout nouveau : la galerie karima celestin, rue Sénac. Agnès nous a décidées et malgré un premier froid mordant, notre enthousiasme ne faiblit pas. A l’occasion de l’exposition amnesia, une performance de l’artiste Mustapha Sedjal, y est en outre donnée. Déjà favorablement surprises par la métamorphose de cette étroite et longue rue reliant la Canebière à la Plaine, nous pénétrons un espace magnifique, inattendu et improbable, comme ça arrive parfois dans cette ville. Je suis immédiatement charmée par le lieu, un vaste rez-de-chaussée sur une étroite cour longeant la plus grande salle. La restauration de cet immeuble ancien est réussie, alliant modernité classieuse et cadre authentique. On se croirait dans un hôtel particulier, avec de lumineuses portes-fenêtres s’ouvrant  sur une terrasse où il fait bon converser.

Exposition amnesia à la galerie karima celestin, dessins de Dalila Dalléas Bouzar

Exposition amnesia à la galerie karima celestin, dessins de Dalila Dalléas Bouzar

Mais tout le talent de la galeriste karima Célestin ne se résume pas à l’aménagement remarquable de son espace, c’est surtout la qualité des œuvres des artistes présentés qui nous frappe. Trois artistes algériens qui, à travers le thème commun de l’exposition amnesia, célèbrent à leur manière le cinquantenaire de l’indépendance algérienne. Nécessité du souvenir, enjeux permanents entre l’Algérie et la France, autant de problématiques qui au-delà de leur spécificité même nous concerne tous. Ici et maintenant, dans notre ville certes où les deux côtés de la Méditerranée se fréquentent depuis toujours, mais aussi de manière plus générale quand encore aujourd’hui la mémoire n’a pas achevé son travail. Chaque artiste fait appel aux images et documents d’archives, dévoilant le présent par-delà les témoignages. Dalila Dalléas Bouzar remémore dans ses dessins des photos de la période de la guerre d’Algérie et c’est l’évènement historique qui est transfiguré ; Ammar Bouras, lui, détourne l’image documentaire pour en faire un objet artistique, une vidéo au rythme cadencé, aux couleurs agressives, au son saturé, pour mieux faire percevoir la violence du terrorisme des années 1990.

Une vidéo mouvementée d’ Ammar Bouras

Une vidéo mouvementée d’ Ammar Bouras

 Quant à Mustapha Sedjal, c’est à son interférence que nous allons assister. Un slogan de l’Indépendance qu’il peint devant nous sur un mur. Dans la cour intérieure. Il fait froid. Nous restons tous derrière la porte-fenêtre ouverte, portables et appareils sur le qui-vive afin de ne rien rater. L’artiste trempe son large pinceau dans de la peinture noire, trace soigneusement des lettres. Je suis les mouvements de son bras précis, les lettres forment des mots, et les mots une phrase. J’ai eu la bonne idée de ne pas me renseigner auparavant et j’ignore ce qu’il écrit. Je déchiffre le slogan au fur et à mesure de l’écriture –peinture sur le mur blanc. Je lis enfin : « UN SEUL HEROS, LE PEUPLE ». Je crois qu’il a fini. Mais non. L’artiste barre de son pinceau « LE PEUPLE » et écrit en-dessous « MON PERE ». Cette fois, il a terminé. Alors, la discussion s’engage entre lui, le créateur et nous, le public. Emetteur et destinataires. Que nous dit-il ? Et que lisons-nous ? La conversation est intelligente, les idées s’échangent, les interprétations se confrontent et cela me plait. Cette performance à laquelle nous avons assisté est un réel moment artistique, et donne à cette exposition une évidente force. Une force qui a suscité en nous du plaisir, celui d’avoir découvert des artistes performants, un lieu engageant et accueillant où l’on nous donne envie de retourner.

L’interférence de Mustapha Sedjal nous amène à réfléchir sur le pouvoir d’un slogan

L’interférence de Mustapha Sedjal nous amène à réfléchir sur le pouvoir d’un slogan

     Alors aurons-nous le temps d’achever l’année d’avant 2013 par une autre péripétie artistique ? Par de nouvelles perspectives esthétiques ? Peut-être, puisque le monde et ce qu’il a de meilleur, l’Art, ne devraient sûrement pas disparaître …

Sylvie, décembre 2012

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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4 commentaires pour Un automne prometteur … ou moins … avant janvier 2013 !

  1. Tout à fait d’accord, l’Art ne devrait pas disparaître jamais. Amitiés à vous.

  2. celestin dit :

    Je suis très touchée par vos mots, et ravie que le lieux et surtout le contenu vous ai intéressé.
    Je continue à oeuvrer pour que chaque projet et chaque exposition proposée soit à la hauteur.
    En vous espérant parmi nous à la prochaine occasion ! en attendant joyeuses fêtes !!
    karima

    • AssociatEyes dit :

      Nous reviendrons très volontiers à la galerie karima celestin pour laquelle nous avons eu un coup de coeur.

      Bonne fête de fin d’année.

      Agnès, Laure et Sylvie

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