« Rêves de silence », Matthias Olmeta à la Galerie Hélène Detaille

Le mistral s’est mis à souffler soudainement, en violentes rafales, de celles à décorner les bœufs et à faire valdinguer dans les airs des objets improbables et potentiellement dangereux. La région est placée en alerte orange, la Tour-Panorama de la Friche Belle de Mai et le J1 sont fermés au public pour des raisons de sécurité évidentes.  Mais Laure et moi, en bonnes marseillaises, filles de l’air et du mistral, bravons les éléments.

Devant la Galerie Hélène Detaille

Devant la Galerie Hélène Detaille

Nous nous éloignons pour une fois, de nos circuits habituels pour découvrir la Galerie Hélène Detaille, lieu dédié à la photographie. Sa programmation est labellisée par Marseille-Provence 2013 et s’intègre ainsi dans notre désir d’aller à la rencontre des lieux d’arts visuels liés à l’événement. La galerie est située à deux pas du métro Périer, au fond d’une cour tranquille. C’est là que nous poussons la porte vitrée d’un ancien entrepôt pour découvrir un espace vaste, classieux, sobre. De beaux meubles d’époque en bois foncé rehaussent la blancheur des murs immaculés. Un canapé confortable est offert aux visiteurs et invite à la contemplation ou à la discussion. Une décoration et une ambiance que l’on doit à la directrice, Hélène Detaille, prompte également  à raconter l’histoire de la galerie et à défendre l’artiste qu’elle expose. Il faut dire que le lieu est habité par les souvenirs de trois générations de photographes marseillais, avec notamment un fauteuil sur lequel Nadar asseyait ses modèles en son temps, Victor Hugo, Charles Baudelaire… une magie opère peu à peu…

Intérieur de la Galerie H.Detaille, le fauteuil de Nadar en haut à gauche et les ambrotypes de Matthias Olmetta.

Intérieur de la Galerie H.Detaille, le fauteuil de Nadar en haut à gauche et les ambrotypes de Matthias Olmetta.

Tout le long des murs les photos noires et « bain d’argent » de Matthias Olmeta soulignent l’espace. L’intensité des regards de la série des portraits de jeunes adolescents nous interpelle immédiatement. Ils nous regardent frontalement et leurs regards nous transpercent. Tous profonds, tous signifiants, tour à tour anxieux, inquiets, ou haineux, ou tendres, troubles… Chaque regard porte en lui la trace d’une histoire et semble vouloir transmettre un message.

Phomontage "fragments de regards" à partir de la série des adolescents, ambrotypes de Matthias Olmeta.

Phomontage « fragments de regards » à partir de la série des adolescents, ambrotypes de Matthias Olmeta.

 L’artiste utilise une technique venue du XIXème siècle, l’ambrotype, et pourtant quelque chose de très contemporain se dégage. Est-ce la diversité des nationalités qui rappelle un cosmopolitisme réaliste, la présence fulgurante des regards ou bien est-ce le fait de l’artiste avec cette manière qu’il a de capter l’intériorité de son modèle et de nous y relier ? Une chose est sûre c’est qu’ici la technique est au service d’un propos et d’une sensibilité, elle ne prend pas le pas sur l’émotion et même s’il s’agit de hasard on parlera de Hasard, on parlera d’une technique non plus soumise à l’aléatoire mais à une loi supérieure. Car pour Matthias Olmeta  la photographie est une expérience chamanique et l’Esprit la traverse. « L’entrevue à laquelle nous sommes conviés doit s’imaginer mystique, une déclaration de silence. Nous devons les accepter sans nom, sans biographies, sans initiales », écrit François Cheval, conservateur du musée Niepce à Chalons-sur Saône à propos du travail de Matthias Olmeta. Me reviennent  ainsi en mémoire les apprentissages de ma jeunesse liés à la lecture de Castaneda, à la Beat Generation, aux expériences psychédéliques. C’était alors le fruit d’une volonté à expérimenter d’autres chemins, à ouvrir le monde à un autre monde. C’était l’expression d’une volonté farouche de la jeunesse, celle qui ne voulait pas se contenter de la matérialité d’une société de consommation qui établissait un ordre si étouffant  qu’il puait  la mort… La mort également présente dans les séries de Matthias Olmeta. Des ambrotypes de crânes humains et de crânes d’animaux. Des Vanités qui nous rappellent d’où nous venons et où nous allons, et de manière si sûre et si évidente que nous pouvons nous laisser envelopper par la musique amérindienne, incantatoire, qui nous accompagne tout au long de cette visite.

Devant les "Vanités" de Matthias Olmeta.

Devant les « Vanités » de Matthias Olmeta.

«Tard je t’ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle.» St. Augustin Confessions.

Agnès, février 2013.

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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11 commentaires pour « Rêves de silence », Matthias Olmeta à la Galerie Hélène Detaille

  1. ¡Una visita guiada muy interesante! A través de sus palabras es como estar allí, en la galería, viendo y sintiendo lo que nos narran. Mil gracias,

    • AssociatEyes dit :

      La traduction google n’a pas été si facile, mais globalement le sens de votre phrase est apparue… Merci de votre fidélité et de votre regard sensible.

      • MARTIN MARCOS dit :

        La traduction est pour moi : « Une visite guidée très intéressante! A travers vos mots j’avais l’impression d’être là-bas dans la galerie, en train de voir et de ressentir ce qui nous est raconté. Mille mercis. »
        J.M. MARTIN MARCOS

  2. Normalement la traduction de google ne pas facile. Ce jour là j’été pressé et pour cela j’ écrivé en español. Je suis desolée, excusez-moi. Amitiés.

    • AssociatEyes dit :

      L’ouverture et l’effort vers d’autres langues c’est pas mal aussi, surtout que les racines de nos deux langues ont souvent une base commune.Merci à google qui nous facilite les échanges! Amitiès

  3. superbe présentation
    et j’adore les ambrotypes ( ceux ci et de façon générale)
    Merci pour cet instant bienheureux
    et merci encore pour tous ces articles sur votre ville et alentours. Je voyage dans le sud , ainsi :)
    bonne fin de semaine et belles ballades artistiques

    • AssociatEyes dit :

      Il est vrai que la technique de l’ambrotype permet de jouer avec la matière et le hasard. C’est la première fois que je voyais une exposition présentant cette technique. J’avoue que les portraits étaient très puissants… à mon avis l’artiste met cette technique au service d’une idée, d’un ressenti ce qui la « transcende » en quelque sorte…
      Merci et Bonne continuation culturelle.

  4. BOUKARI Sandra dit :

    Bonjour,
    Je viens de téléphoner à la galerie pour savoir quelle était la musique amérindienne choisie par Mathias olmeta pour y exposer. J’en suis tombée amoureuse, en plus des travaux photographiques de Matthias… merci si quelqu’un a une idée ?

    • AssociatEyes dit :

      Bonjour, désolée mais je n’en sais pas plus concernant cette musique. Par contre Mativi a fait un film sur cette exposition, peut-être chercher dans cette voie? Bonne recherche

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