De l’Antique à aujourd’hui. Du « Trésor des Marseillais » aux « Vestiges » de Koudelka.

Deux originales expositions à la Vieille Charité

Deux originales expositions à la Vieille Charité

             Une vraie belle idée que de réunir en un même lieu deux expositions qu’aucune de nous ne peut regretter d’avoir vues. Il est certain que j’hésitais un peu à attirer mes deux amies plus tournées vers l’Art Contemporain, au Centre de la Vieille Charité pour visiter l’exposition que Marseille-Provence 2013 consacre au « Trésor des Marseillais ». Si pour moi, cette expression ne laissait aucun mystère et présentait une évidente attirance, je n’étais pas sûre que la réminiscence d’un passé lointain et oublié – « 500 ans avant J-C, l’éclat de Marseille à Delphes » – excite vraiment la curiosité de mes deux complices. Mais parfois passé et présent interfèrent avec brio. Ainsi la modernité et l’originalité des installations, la rareté et la beauté des objets présentés dans la chapelle imaginée par Pierre Puget nous ont immédiatement séduites. Comme toutes les autres grandes cités grecques de l’Antiquité, Massalia a voulu laisser pour l’éternité, dans le plus sacré des sanctuaires, celui de Delphes, le témoignage de sa puissance et de sa richesse.

Traverser la Méditerranée pour rejoindre le sanctuaire

Traverser la Méditerranée pour rejoindre le sanctuaire

Transporter des amphores.

Transporter des amphores

Déposer des offrandes pour les dieux dans le « Trésor »

Déposer des offrandes pour les dieux dans le « Trésor »

  Un peu à l’écart du site principal, on peut encore aujourd’hui admirer à Delphes les vestiges du « Trésor ». A l’origine, un petit édifice, tel un temple miniature, dont il ne reste que quelques pierres jonchées dans une nature somptueuse, au pied des trois colonnes encore debout du « tholos ». Et même si on possède une imagination créatrice, il est bien difficile de visualiser ce petit monument dans lequel les premiers habitants de notre ville déposèrent, il y a plus de 2500 ans, quelques objets précieux consacrés à la déesse Athéna. Or, la réussite de cette exposition réside principalement en la remarquable scénographie conçue par le Musée d’archéologie méditerranéenne de Marseille.

Feuillages d’oliviers sur les murs de la chapelle

Feuillages d’oliviers sur les murs de la chapelle

La Pythie rendra-t-elle encore des oracles ?

La Pythie rendra-t-elle encore des oracles ?

Amphores à figures noires

Amphores à figures noires

    La reconstitution virtuelle du « Trésor » sur un grand écran placé intelligemment au centre de la chapelle offre à nos regards une magistrale leçon d’archéologie, ludique, esthétique et pédagogique. La mise en scène originale nous plonge dans les racines de notre cité et au-delà dans celles de notre culture, à la fois européenne et méditerranéenne. De tous côtés nos regards sont attirés par les jeux de lumière qui transforment la coupole en ciel, le sol en mer, les murs en oliviers et même la Pythie nous rappelle les croyances archaïques qui mêlaient les éléments naturels aux forces spirituelles. Dans les niches de la chapelle, nous prenons plaisir à regarder les objets, des minuscules fragments aux coupes et amphores, des bijoux aux statuettes et examinons attentivement la reconstitution du haut-relief de l’édifice.  Et pour moi marseillaise qui aime tant la culture de la Grèce antique,  il y a quelque émotion à retrouver dans ce lieu si propice à les mettre en valeur, les fragments d’une ancestrale gloire mais toujours fondatrice de ce que nous sommes.

La Chapelle de Pierre Puget comme un « Trésor »

La Chapelle de Pierre Puget comme un « Trésor »

Chapiteau devenu objet artistique

Chapiteau devenu objet artistique

          C’est ainsi que plutôt dépaysées et réjouies de ce voyage dans un autre temps, nous avons volontiers traversé la cour de la Vieille Charité pour le prolonger devant les admirables photographies de Josef Koudelka. Depuis une vingtaine d’années, cet artiste d’origine tchécoslovaque et aujourd’hui naturalisé français s’est réapproprié avec élégance et sobriété les valeurs esthétiques et morales de Vestiges grecs et romains. Bribes du passé brillant du pourtour méditerranéen, ils évoquent en nous des réminiscences familières. On reconnaît certaines de ces ruines, grandioses encore, même déchues, même à terre et brisées. De Delphes à la Syrie, d’Orange à l’Italie, d’immuables et semblables colonnes, chapiteaux et frontons, places et forums, temples et statues se découpent dans les paysages arides des terres pérennes où plus de deux millénaires auparavant se développait une civilisation dont nous sommes les héritiers. Sites multiples réunis et unis par leur beauté et les valeurs communes dont ils sont la mémoire.

Exposition des photographies exceptionnelles de Josef Koudelka, vestiges grecs et romains du pourtour méditerranéen. Commissariat : Bernard Latarjet, scénographie : Violette Cros.

Exposition des photographies exceptionnelles de Josef Koudelka, vestiges grecs et romains du pourtour méditerranéen. Commissariat : Bernard Latarjet, scénographie : Violette Cros.

Comme mes amies je suis impressionnée par ces grands tirages panoramiques où le noir et blanc sublime les figures. Lignes horizontales et verticales qui se croisent et qui attirent le regard. Je plonge dans la beauté austère et évocatrice de cultes anciens, de rites oubliés, de traditions enfouies sous le sable et la terre aride. Rien d’autre sur les clichés que les vieilles pierres qu’aucun être vivant ne peut détruire ou salir. Rien que l’esthétisme éclatant de leurs formes sous un soleil qu’on devine ardent. Et là aussi, en plus de l’émerveillement causé par la vue de ces photos, nous sommes frappées par l’effort de mise en valeur des œuvres qui évoque un parcours archéologique. Enfin, je me laisse emporter par les images projetées dans la dernière salle et plus elles défilent, chacune singulière et pourtant si proche de la précédente, plus je perçois à travers le travail de l’artiste la volonté de montrer derrière le caractère formel de ses clichés, la permanence de notre propre origine. Traces émouvantes et superbes de civilisations perdues mais ancrées dans notre réalité, elles nous renvoient à notre propre histoire.

Certes toutes trois nous sortons impressionnées de l’exposition Vestiges 1991-2012, quant à moi je suis encore transportée en un autre temps, celui des dieux et des mythes, du Beau et du Sacré, de la Méditerranée et des voyages.

         Sylvie, mars 2013

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
Cet article, publié dans Art, Contemporain, Culture, Musée, Non classé, Photographie, Sylvie, Vidéo, est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour De l’Antique à aujourd’hui. Du « Trésor des Marseillais » aux « Vestiges » de Koudelka.

  1. On fait rêver ces expositions! Magnifique travaille à Marseille. Amitiés.

  2. Sylvie Puech dit :

    Rêver, voyager dans le temps, l’espace, et nos mémoires …
    Cordialement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s