De « l’Aventure » au « Mythe du Retour « 

Exposition jusqu’au 29 juin 2013 au Château de Servières La Bastide, dans le cadre du Projet Ulysses conçu par le FRAC Provence-Alpes- Côte d’Azur.

Château de Servières, la Bastide.

Château de Servières, la Bastide.

Ah ! Qu’il aura été dur le chemin du retour au Château de Servières. Nous avons tourné, viré, demandé maintes fois notre chemin… Des tours, retours et détours… Nous avons  écouté le chant des sirènes qui nous ont éloignées un peu plus de notre destination, nous sommes retrouvées au milieu de nulle part, dans un désert humain.

 Il y a quinze ans déjà je venais pour la première fois dans cette galerie pas comme les autres, qui tentait, avec à sa tête Régine Dottori et au sein d’un centre social, de démocratiser l’art contemporain dans un quartier sans équipements culturels. Si l’autobus 38 m’avait amenée alors sans difficultés à bon port, ce ne fut pas la même histoire pour le retour vers le centre ville car j’empruntais, sans le savoir, la ligne qui dessert les nombreuses cités du XVème arrondissement.

Richard Baquié "L'Aventure", 1987, photo Yves Gallois, Cité des Cèdres (Malpassé).

Richard Baquié « L’Aventure », 1987, photo Yves Gallois, Cité des Cèdres (Malpassé).

Je découvrais, les yeux écarquillés, les barres et hautes tours blanches construites sur les hauteurs rocailleuses et arides de Marseille. Je découvrais les Quartiers Nord, assise dans le bus, et sa population métissée, nombreuse, animée et extrêmement bruyante. Au hasard d’un regard, par la vitre, m’apparut une partie de l’installation de Richard Baquié  L’Aventure  et ses grandes lettres métalliques dessinant, comme un clin d’œil, le sentiment intérieur qui m’habitait à cet instant précis. Je souriais à moitié amusée d’avoir la confirmation que ce que je vivais était bien une aventure, enfin son interprétation personnelle. Lorsque je la voyais alors, l’installation était déjà chamboulée, par la population ou par les intempéries, on ne sait pas très bien. Pour en savoir plus long sur le devenir de cette œuvre conçue par un artiste disparu trop tôt, on peut lire le bel article de Marc Rosmini, entre hommage et réflexion.

Photomontage: affiche de l'exposition "Ulysses" au Château de Servières La Bastide et le petit train de Koki Watanabé

Photomontage: affiche de l’exposition « Ulysses » au Château de Servières La Bastide et le petit train de Koki Watanabé

Mais aujourd’hui nous sommes en 2013 et en quête d’un lieu qui semble nous échapper jusqu’ à l’instant où se dévoilent enfin les signes avant-coureurs menant à notre terre d’accueil. Lorsque La Bastide apparaît, nous sommes secouées par un énorme éclat de rire et décidées, nous prenons les escaliers montant au premier étage. C’est là, dans une partie de cette maison de maître, que se déploie la galerie. Un méandre de pièces qui permet des scénographies circonstanciées et des pièces plus vastes où l’accrochage est plus classique. Martine Robin, nouvelle directrice depuis 1999, a invité vingt-deux artistes à investir les lieux et à réfléchir sur la thématique d’Ulysse et plus précisément sur le mythe du retour. Pour la plupart des artistes, c’est un retour effectivement et chacun imprime l’espace de sa vision personnelle.

Une partie de l'installation murale de Suzanne Hetzel et les néons de Laurent Le Forban et Nicolas Gilly

Une partie de l’installation murale de Suzanne Hetzel et les néons de Laurent Le Forban et Nicolas Gilly

A l’image du petit train électrique de Koki Watanabé qui tourne en boucle, traversant trois pièces, voyageant ainsi à travers trois contrées mais sans cesse vues et revues ; ou la photographie du beau paysage en noir et blanc de Caroline Duchatelet qui nous élève et nous entraine dans la contemplation ; ou le dictionnaire misérable et décrépi (parce que trop lu ?)  tombé dans le bas d’une vitrine, qui se transforme en Odyssée par la magie de Marc Quer ; ou l’installation murale de Suzanne Hetzel dans laquelle une Pénélope contemporaine incarnant l’attente semble convoquer une présence, un souvenir, une mémoire ; ou encore les quatre mots en néons de Laurent Le Forban et Nicolas Gilly,  entre tension et relâchement, qui clignotent et contaminent de leurs couleurs lumineuses les œuvres qui les côtoient ou, ou… 22 artistes et autant de propositions sur lesquelles nous nous arrêtons curieuses, amusées, intéressées. Mais bien souvent c’est la notion de temps qui est développée ; Celle d’un  va-et-vient, d’un aller-retour, d’un mouvement perpétuel se reproduisant à l’infini jusqu’à un épuisement (im)probable, tel le déferlement incessant de la vague de Marijo Foehrlé ;  ou à l’inverse celle d’un temps arrêté, suspendu, quand rien ne bouge à l’extérieur, que tout se fige et que le voyage est alors intérieur.

Photomontage à partir des images de "Vague 2" animation de dessins au fusain de Marijo Foehrlé

Photomontage à partir des images de « Vague 2 » animation de dessins au fusain de Marijo Foehrlé

  Cette diversité montre encore une fois la pluralité non seulement des symboles, des métaphores, des concepts engagés mais également des médiums utilisés. Et c’est un engouement pour nous, spectateurs,  car l’art contemporain à travers la multitude des possibilités proposées nous permet de nous reconnaître, ou non, dans la simplicité d’un ressenti.

Agnès, mars 2013.

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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