« LE PONT », exposition au [mac] Marseille

Emportées par la vague de 2013 nous le sommes depuis plus d’une année déjà, mais  j’avoue en connaître le creux, le creux de la vague, mon corps et mon esprit éprouvent un désir de repos et de vacuité salvatrice ; une grande lassitude m’habite alors que  plus que jamais les événements culturels  se succèdent avec l’été qui pointe enfin le bout de son nez. Le moment fort du mois de juin : l’été est là ! Enfin presque… Et cette année scolaire qui se termine aux pas de course n’est pas encore annonciatrice de vacance mais au contraire d’une vigilance accrue à choisir les parcours culturels les plus intéressants pour nous trois. Il faut dire qu’à Marseille la parole s’est libérée et chacun y va de son commentaire sur les lieux et les expositions visitées. Un engouement amplifié par l’ouverture du MuCEM qui fait l’admiration et la fierté de tous ici, et chacun d’approuver son architecture généreuse et sublime. Donc la parole circule, les informations s’échangent, les avis s’opposent ou se complètent ; Alors que choisir ? Il est vrai que nous aimons alterner entre grandes structures et petites galeries associatives ou privées, car pour les plus anciennes ce sont elles qui ont creusé le terreau de l’art contemporain et qui, contre vents et marées, ont tenu grâce à une passion sans faille. Et leur position à Marseille reste difficile, fragile, car malgré MP2013, la cité phocéenne demeure dans l’esprit de beaucoup, provinciale, et les galeries ont encore du mal à exporter leurs artistes en dehors d’un circuit intime.

Visuel de l'affiche réalisé à partir de la photographie de Daniel Knorr "En attendant une nouvelle vague", 1998.

Visuel de l’affiche réalisé à partir de la photographie de Daniel Knorr « En attendant une nouvelle vague », 1998.

 Finalement notre choix se porte sur l’exposition le Pont proposée par le musée d’Art Contemporain de Marseille, le [mac], dans le cadre de Marseille-Provence 2013. Une exposition ambitieuse par le nombre d’artistes qui y participent, 145 et de toutes nationalités,  mais aussi par une programmation hors les murs avec 27 lieux associés. Des lieux très divers, parfois insolites comme le permet aujourd’hui l’art contemporain, tels le toit du Corbusier  ou la Digue du Large  au sein du  Port Autonome. S’ajoute à cela une programmation au ciné [mac] et une série d’événements. Le thème générique annoncé par le titre Le Pont, pensé à partir du « puntos » des grecs qui évoque la mer en tant que lien entre les civilisations et incitation au voyage comme au retour,  met ainsi l’accent sur la migration et le déplacement.

Mais pour l’heure nous sommes dans les jardins du musée où nous aimons discuter avant d’entamer la visite, profitant du calme, de la végétation et des œuvres qui y sont exposées, tout à la fois. Cependant devant le guichet ce sont deux mauvaises surprises qui nous attendent. La première est le tarif  de 8 euros et nous ne dirons jamais assez combien le prix d’entrée de tous les lieux culturels est élevé et comment rien n’est fait pour des pass avantageux, une gratuité ou un tarif préférentiel pour les marseillais et/ou les touristes ! La deuxième est l’interdiction de photographier ! Le sentiment qui nous habite alors ressemble à s’y méprendre à celui éprouvé devant la photographie d’Adrian Paci … la sensation désagréable d’avoir passé son tour…

Photo de Adrian Paci à partir d'une de ses vidéos. L'artiste propose différentes oeuvres à l'occasion de cette exposition.

Image ©Adrian Paci à partir d’une de ses vidéos »Centro di Permanenza Temporanea » 2007. L’artiste propose différentes oeuvres à l’occasion de cette exposition.

Seulement, une fois à l’intérieur la mauvaise humeur s’estompe peu à peu laissant place à la curiosité de (re)découvrir le Musée qui, pour l’occasion, est totalement réinvesti. Certes nous retrouvons au détour d’une salle les « éternelles » pièces comme « King of Zulus » de Jean-Michel Basquiat ou la DS de Gabriel Orozco mais la mise en scène permet un parcours inattendu comme dans le dédale du château de Barbe Bleue, enfin tel que je l’imagine. Des rideaux légers ou bien lourds séparent des pièces sombres ou lumineuses, des couloirs labyrinthiques mènent à des œuvres qui forcément nous surprennent. Un plan nous est donné à l’entrée et il est très utile car sans lui nous aurions manqué des travaux d’artistes ; Telle la double vidéo de Douglas Gordon à l’intérieur de laquelle le spectateur est pointé du doigt par Robert De Niro qui répète en boucle la désormais phrase mythique « You talk to me ? ! » redite sur un ton de plus en plus agressif (extrait tiré du film Taxi Driver de Martin  Scorcèse). De plus chaque espace ainsi reconstitué offre parfois de très belles scénographies comme celle qui rapproche « The Six Grand-Fathers. Paha Sapa, in the year 502002 » de Matthew Buckingham et « A stone asleep in bed at home » de Jimmie Durham.

Photographie du Mont Rushmore (détail de l'installation de M. Buckingham) et "A stone asleep in bed at home" intallation de Jimmie Durham. ©Photomontage de Agnès L.Picca

Photographie du Mont Rushmore (détail de l’installation de M. Buckingham) et « A stone asleep in bed at home » intallation de Jimmie Durham. ©Photomontage de Agnès L.Picca

Autrement dit ce sont  les quatre grandes figures présidentielles sculptées dans le granit du Mont Rushmore, initialement baptisé “Les six grands pères” par les indiens Sioux à qui les «  visages pâles » ont finalement volé les terres, qui font face au morceau de granit de Jimmie Durham qui a chuté dans un lit tel un corps lourd préfigurant son tombeau. Ici l’éternel et le précaire, la puissance et le dérisoire, le juste et l’injuste, le politique et l’esthétique se font face, se confondent et se contredisent dans un sombre mélange. Car il y a bien évidemment des tensions, de la violence, de l’inquiétude dans ces travaux d’artistes qui questionnent les relations entre les continents et les peuples. Le voyage n’est pas toujours celui dont on a rêvé et la découverte de l’autre est bien souvent soumise à des enjeux de pouvoir et de domination. Partir peut être une fuite, un déchirement, une blessure et les rencontres, guerrières. C’est ce que nous rappelle la série d’affiches « participatives » de Marc Quer « Algérie, France : images » (1999). 

De gauche à droite: Oeuvres de Ghazel, Marc Quer et Dan Perjovschi. © Photomontage Agnès L.Picca .

De gauche à droite: Oeuvres de Ghazel, Marc Quer et Dan Perjovschi. © Photomontage Agnès L.Picca .

« On me répondra, comme on vous répondra, que la conciliation est dépassée, qu’il s’agit de faire la guerre et de la gagner. Mais vous et moi savons que cette guerre sera sans vainqueurs réels et qu’après comme avant elle, il nous faudra encore, et toujours, vivre ensemble, sur la même terre ». Albert Camus, lettre à un militant algérien.

Agnès, juin-juillet 2013

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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