About Photography: Images like Birds

  « Les yeux voient seulement ce que l’esprit est préparé à comprendre »                               « The Eye sees only what the mind is prepared to comprehend » Henri Bergson

Est-ce qu’avec la photographie, l’esprit est plus préparé à comprendre ce que les yeux voient ?

Une image, des oiseaux et des nuages : nuages et vols d’étourneaux dans le ciel de Marseille en novembre 2011

Une image, des oiseaux et des nuages : nuages et vols d’étourneaux dans le ciel de Marseille en novembre 2011

Voir ? Regarder ? Regarder est une question de perception, les artistes, les photographes… le savent, eux qui proposent tellement de visions différentes du monde. Pour mieux comprendre la multitude des images produites depuis des millénaires, des historiens de l’art tel qu’Aby Warburg étudient les images (iconologie) à partir de collections telle que  son Atlas de Mnémosyne…

C’est ici, à la Friche Belle de Mai, qu’une carte blanche a été donnée à Patrick Tosani et Pierre Giner par le Centre National des Arts Plastiques (CNAP) pour sélectionner et mettre en scène parmi les 12000 œuvres de la collection 676 photographies de 181 photographes.  Cette exposition est une programmation associée des Rencontres d’Arles 2013.

Détail d’« Espèces » (Trois sérigraphies sur plexiglas, support en acier, 1992) Jean-Marc Bustamante, avec Agnès et l’exposition Des images comme des oiseaux mise en abyme dans le reflet

Détail d’« Espèces » (Trois sérigraphies sur plexiglas, support en acier, 1992) Jean-Marc Bustamante, avec Agnès et l’exposition Des images comme des oiseaux mise en abyme dans le reflet

Ce samedi 13 juillet 2013, Agnès et moi commençons la visite des expositions temporaires de cette mi-saison de Marseille-Provence 2013 à la Friche Belle de Mai par  « New Oders » (programmation du Cartel), nous apprécions au départ les beaux dessins, les objets normalisés, les rassurantes installations, représentant la fiction d’une organisation sociale et écologique parfaite basée sur une économie reproductive et sexuelle. Au fur à mesure de la visite commentée nous pénétrons cet univers de l’Atelier Van Lieshout. « 1984 »  et « Soleil vert » sont nos références en matière d’organisation carcérale et pour couronner cette ambiance claustrophobe, la monumentale forge-habitation du Cube — où l’on retrouve l’illusion du « Prisonnier » au milieu des « Temps Modernes » — me fait revivre, par ses odeurs d’huile de moteur surchauffée, « Gasland ».

Malgré une affiche hitchcockienne, c’est avec soulagement que nous découvrons cette grande salle du second étage, où l’exposition « Des images comme des oiseaux » nous réjouit peu à peu. Une liberté s’installe en nous, une respiration nous envahit, celles de pouvoir jeter un regard d’ensemble et de déambuler sans ordre, avec à l’horizon les murs envahis d’images comme autant d’ouvertures… D’entrée, sur le mur, « Espèces », trois sérigraphies de Jean-Marc Bustamante offrent une mise en abyme de spectateurs devant des insectes disproportionnés. Le plexiglas, dont elles sont le support, nous reflète et met lui-même en abyme l’exposition… Un questionnement sur la diversité des espèces, lesquelles ? Celles des oiseaux… des images ou celles des spectateurs… Un questionnement ludique que nous nous approprions facilement, la mise en scène s’y prête. Les deux toits au milieu de l’espace nous donnent de la hauteur, le ciel est à nous, spectateurs…  ou aux images qui nous ouvrent au monde…

« Des images comme des oiseaux fait référence au livre de Karl Sierek sur l’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg. Des images oiseaux. Ce titre m’intrigue, Je me demande qui sont les oiseaux, les images ou les spectateurs ? Et de quels oiseaux parle-t-on ? Des paons, des faucons, des perroquets ou des colibris ? Comment lisez-vous cette référence à Aby Warburg ? »  François Quintin (Entretien : Etre-là et autres entrelacs, Des images comme des oiseaux, Editions Loco, Centre National des Arts Plastiques, Paris, 2013)

Goélands ou Gabians sur un toit de Marseille, montage de 9 moments saisis vers midi en  juin 2012

Goélands ou Gabians sur un toit de Marseille, montage de 9 moments saisis vers midi en juin 2012

Parmi d’autres spectateurs oiseaux, j’observe des nuées d’images virevoltantes, est-ce qu’elles m’observent en retour ?… En quelques instants elles se sont posées sur les murs et les toits, presque de manière aléatoire, le classement alphabétique par nom d’auteurs atténue la subjectivité d’une organisation thématique, valorisant des rapprochements inopinés, incongrus, dérangeants, surprenants… Nos regards vont de gauche à droite, passant du Noir et Blanc à la Couleur. Nos yeux montent, descendent, plongent du faîte, longent les pentes, passant d’un univers à l’autre, de celui de grands noms de la photographie tel qu’Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, William Klein, André Kertez, à ceux d’artistes d’art contemporain que nous affectionnons comme Richard Baquié, Larry Clark, John Coplans, Nan Goldin, Suzanne Lafont, Orlan, Gabriel Orozco… Notre attention s’arrête devant nous, puis plus haut sur le mur, ayant un point de fuite sur deux œuvres ayant pour sujet une activité sportive. Nous marchons dans l’une ou l’autre allée, revenant sur nos pas, construisant nos rapprochements, nos comparaisons, notre propre temporalité. Notre mémoire photographique est mise à l’épreuve des images que nous avons déjà vues dans d’autres expositions et des catalogues… Nos regards, alternativement, attentifs, distraits, attentionnés, parcourent ce flot de clichés. Nos yeux sont peut-être entrainés par ces « champs de force » générés par les images, elles-mêmes, dont parle Karl Sierek (Images oiseaux. Aby Warburg et la théorie des médias). Nous essayons au passage de comprendre, de percer le mystère de l’infini de l’espace aux détails les plus intimes des corps, des espaces étendus des paysages aux lieux les plus clos, d’un continent à l’autre, d’une mégalopole à une bourgade, des portraits de célébrités à ceux d’inconnus. Le cadre de la photographie est vaste et il nous éclaire sur ce que l’auteur a bien voulu, consciemment ou non nous montrer. Ce qui est hors cadre nous échappe-t-il définitivement ?

: Des images comme des oiseaux, vue générale du niveau 2, planches I et III et Mur du fond, au premier plan « Stand de tir » (Epreuve contrecollée  sur plastique, 1994) Claire Chevrier...

Des images comme des oiseaux, vue générale du niveau 2, planches I et III et Mur du fond, au premier plan « Stand de tir » (Epreuve contrecollée sur plastique, 1994) Claire Chevrier…

Agnès et moi sommes concentrées, attentives avec nos appareils photographiques, l’autorisation de prises de vue nous a été accordée (nous en remercions Odile Thiery, directrice de la communication de la Friche la Belle de Mai et le CNAP). Notre objectif est de fixer l’image parlante pour nous, celle qui va affirmer un point de vue, une vision… pour nos articles… pour celui-ci en l’occurrence : évoquer la photographie. Comme dans « Stand de tir » de Claire Chevrier, viser, cibler, tirer, projeter sont des actions qui nous concernent en tant que photographe. Encadrer un champ de vision, un objet, un sujet d’intérêt tout en supprimant ce qui est hors-champ, hors sujet… Saisir un instant de vie et tuer le reste. Malgré tout, le hors-cadre, l’objet absent, disparu depuis longtemps, hors de notre vision peut exister encore, peut-être suggéré ou imaginé, loin du moment et de l’éclairage particulier de l’œuvre…

Lune et Goélands sur un toit de Marseille, montage de 9 moments saisis vers 19 heures en  décembre 2012

Lune et Goélands sur un toit de Marseille, montage de 9 moments saisis vers 17 heures en décembre 2012

Est-ce que la lumière est plus vivante, plus présente, plus permanente au fond de la chambre noire, au fond de notre œil qu’à l’extérieur ? Entre chien et loup, la photographie naît entre l’ombre et la lumière… Même si la technique des appareils a évolué, de la camera obscura rudimentaire des peintres aux petites merveilles démocratisées de technologies numériques connectées à internet, il s’agit toujours de saisir ce que nous voyons avec notre œil et comprenons avec notre esprit. Aux moyens de technologies différentes nous essayons de conserver à la fois un phénomène sensoriel, biologique et physique fugace… Au bout de l’objectif : révéler, exposer, imprimer une vision subjective destinée la plupart du temps aux autres par-delà le temps… Eclairer au-delà de la nuit…

Laure, Marseille, juillet-25 août 2013.

Toits de la rue d’Aix à Marseille, Coucher de soleil et lever de lune saisis vers 19 heures en août  2013

Toits de la rue d’Aix à Marseille, Coucher de soleil et lever de lune saisis vers 19 heures en août 2013

Toits de la rue d’Aix à Marseille, lever de soleil saisis vers 6 heures en  août  2013

Toits de la rue d’Aix à Marseille, lever de soleil saisis vers 6 heures en août 2013

Quelques articles entre regards complémentaires et visions critiques, comme les complicités, les différences nous enrichissent… 
 
– The Butcher – Atelier Van Lieshout à la Friche de la Belle de Mai, Marseille par Jean-Luc Cougy
 
– Images oiseaux par Francoise Goria
Images comme des oiseaux, la collection photo du CNAP sur le mode Warburg par Christian Gattinoni 
– Une exposition illisible : Des images comme des oiseaux à la Friche de la Belle de Mai, Marseille par Jean-Luc Cougy
 
Les + :
Dictaphones croisés de Laurent Roth : Extrait 1 & Extrait 2
Composez et recomposez l’exposition « Des images comme des oiseaux » avec une application – « imagesatlas » – disponible sur Google Play et Apple Store 

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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5 commentaires pour About Photography: Images like Birds

  1. barbaragarciacarpi dit :

    Très intéressant comme d’habitude. J’aime beaucoup.
    Mille fois merci pour le partage.
    Très belle journée.

  2. SHU_DO dit :

    Merci pour toutes vos chroniques. Bonnes fêtes !
    Un Marseillais.

    • AssociatEyes dit :

      Merci à vous de les appréciées… J’aime beaucoup la poésie de vos images et de vos textes… Et très bonnes fêtes de fin d’année ! )))

      Laure

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