ARLES IN BLACK et en couleurs …

             Mon été 2013 a bien commencé. Trois jours à Arles début juillet, pour me changer d’air, me reposer et profiter de toutes les expositions proposées en cette autre « Capitale de la Culture » provençale. Arles est de toute façon une étape nécessaire dans mes pérégrinations culturelles et régulièrement, chaque année, seule ou accompagnée, j’aime m’y dépayser à l’occasion de différentes manifestations et en particulier lors des Rencontres Photographiques.

ARLES IN BLACK, Les Rencontres Photographiques d’Arles, édition 2013 (Photo ©spuech 2013)

ARLES IN BLACK, Les Rencontres Photographiques d’Arles, édition 2013
(Photo ©spuech 2013)

    Cette édition 2013, est, paraît-il, de haut niveau, mettant à l’honneur le « Noir et Blanc » et je peux assurer que je n’ai pas été déçue. Trois jours à déambuler librement, avec pour seule contrainte la chance de participer quelques heures à un séminaire aux intervenants pertinents et aux visites bien ciblées. Mais surtout du temps pour me balader, et découvrir, selon un itinéraire aléatoire, les travaux des artistes exposés en des lieux aussi dissemblables que remarquables.

    Arles in black et en couleurs pour moi, trois jours pendant lesquels mes yeux ont absorbé autant d’images polychromes que de clichés en noir et blanc. Impossible d’avoir un point de vue exhaustif et objectif sur ces Rencontres 2013, tant les expositions sont nombreuses et éclectiques. Il y en a 50, consacrées à des artistes internationaux, confirmés ou débutants, célèbres ou confidentiels, morts ou vivants. Alors, un peu au hasard de mes rencontres, de mes lectures ou de mes envies, c’est bien volontiers que je sillonne la ville, curieuse et motivée, du Parc des Ateliers à l’église des Frères-Prêcheurs. Sans oublier le Musée Réattu qui m’offre la fraîcheur de ses murs pour deux heures de sérénité et de beauté à admirer l’exposition « NUAGE ».

Exposition « NUAGE » au Musée Réattu   (Photo ©spuech 2013)

Exposition « NUAGE » au Musée Réattu (Photo ©spuech 2013)

   Rues bigarrées, affiches, vitrines, touristes écrasés de lumière autour de la fontaine de la Place de la République, le jardin aux fleurs multicolores de l’Espace Van Gogh, le ciel au bleu intense au-dessus du Musée Réattu, les sculptures d’animaux bariolés qui amusent les enfants. Toutes ces teintes éclatantes que nos appareils photographiques veulent saisir, le souvenir des heures chaudes et des vacances insouciantes. On les voit aussi, ces couleurs, dans les œuvres de certains artistes, les images significatives  du « JARDIN » d’Alessandro Imbriaco, celles contrastées et fascinantes des campagnes publicitaires de Guy Bourdin, les photographies engagées « ZIMBABWE » de Robin Hammond ou novatrices « NEUE WELT » de l’allemand Wolfgang Tillmans et de bien d’autres aussi. Et puis, il y a les oniriques « Couleurs de l’Ombre » d’Hiroshi Sugimoto, que l’on retrouve sur des carrés Hermès et qui, loin de s’opposer aux sombres et majestueux grands tirages exposés à l’Espace Van Gogh, les éclairent, au contraire, et nous  apportent une meilleure compréhension du travail du japonais. Néanmoins, ce Noir et Blanc paradoxal que nous propose Sugimoto dans « REVOLUTION » reste pour moi un objet esthétique, artificiel, très dissemblable de celui des photographes qui l’utilisent comme seul matériau, en un temps où la pellicule couleur était rare, où le numérique ne permettait pas tout. Photos de presse,  stars de cinéma, vedettes du sport ou  criminels célèbres, que je reconnais dans la collection de Raynal Pellicer « A FONDS PERDUS », photos parfois maladroites d’anonymes dans des albums de famille oubliés et mises en scène par le néerlandais Erik Kessels, polaroïds « UNTOUCHED » inattendus témoignages des années cinquante à Paris du célèbre photographe de mode Guy Bourdin, touchantes et réalistes photos documentaires du chilien Sergio Larrain et que leurs cadrages originaux rendent d’autant plus frappantes, emblématiques clichés d’« UNE HISTOIRE AMERICAINE » où l’on discerne les combats du fameux premier photoreporter noir Gordon Parks. Beaucoup de ces photos en noir et blanc m’interpellent par leur sincérité, leur vérité, leur engagement ou tout simplement par leur beauté formelle. Mais aussi, puisque je sais que depuis les premiers daguerréotypes, les images peuvent être manipulées, transformées, retouchées, je m’amuse en regardant les photomontages faussement burlesques de Gilbert Garcin, je m’interroge en examinant les portraits troublants, dérangeants, de la série « « There’s a Place in Hell for Me and My Friends » du sud-africain Pieter Hugo, je m’évade en me perdant dans les subtils paysages de la série « EMPREINTE » d’Antoine Gonin, je me laisse surprendre par les compositions originales de « LABYRINTH » et « MESH » du japonais Daido Moriyama.

Noir et blanc et couleurs au Parc des Ateliers (Photo ©spuech 2013)

Noir et blanc et couleurs au Parc des Ateliers (Photo ©spuech 2013)

     Mais sans doute que les émotions les plus fortes, les plus marquantes, les plus profondes, c’est lors de ma visite de l’exposition « LA POLITIQUE DES IMAGES » du chilien Alfredo Jaar que je les ai ressenties. Lorsque je pénètre l’Eglise des Frères-Pêcheurs, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Tous ceux que j’ai croisés ces trois jours ont assuré que c’est l’exposition à ne pas rater, celle qui ose porter un regard critique sur la photographie, qui est la plus porteuse de sens, sans doute la plus déstabilisante, en tout cas dans ce qui peut nous questionner pendant ces Rencontres, à savoir le pouvoir des images sur notre conscience, nos décisions, nos engagements, nos idées.

Histoire de Kevin Carter, photographe, par Alfredo Jaar (Eglise des Frères-Prêcheurs)  (Photo ©spuech 2013)

Histoire de Kevin Carter, photographe, par Alfredo Jaar (Eglise des Frères-Prêcheurs)
(Photo ©spuech 2013)

    Et je suis ébranlée par les œuvres de cet artiste, même pas photographe, mais architecte, réalisateur et qui impose une magistrale illustration de la manipulation dont nous sommes tous les victimes plus ou moins consentantes ou pire les complices malhonnêtes. Je reste longtemps devant l’installation « Le silence de Nduwayezu », bouleversée par l’accumulation de diapos en forme de silhouette allongée, comme un corps étendu où les milliers d’yeux d’un enfant rwandais me rappellent notre responsabilité impassible face à un génocide injuste. Je dévisage longuement les victimes de la dictature chilienne, parcours les séries des  « Unes » des magazines américains, Life, Newsweek, Time, pour prendre un peu plus conscience du regard que l’occident dominant porte et sur lui-même et sur le reste du monde. Et puis le choc quand assise à l’intérieur d’un cube d’inox, devant l’écran où est projetée une vidéo, concentrée à déchiffrer les phrases en anglais qui défilent pour raconter l’histoire du photographe sud-africain Kevin Carter, je tressaille devant cette célèbre photo « la petite fille au vautour », éblouie par un flash pour être mieux bousculée par la démarche de l’artiste chilien.

   Démonstration intransigeante et implacable de « LA POLITIQUE DES IMAGES ». Pas de pathos, de discours ampoulés, d’images illustratives et retouchées, dans cette exposition, non, juste des regards, des mots, des lumières crues pour me faire réagir, me révolter et me rendre plus lucide devant l’accumulation souvent vaine et futile d’images pour rien.

    Sylvie, août, septembre 2013

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
Cet article, publié dans Actualité, Art, Arts, Contemporain, Musée, Non classé, Photo, Photographie, Photos, Sylvie, Vidéos, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour ARLES IN BLACK et en couleurs …

  1. barbaragarciacarpi dit :

    Superbe! J’aime beaucoup Arles, l’eglise des Frères Prêcheurs est un espace très jolie… merci pour le partage.
    Belle soirée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s