L’Hymne de César à la Matière, Exposition au Musée Cantini Marseille

Affiche de l'exposition "César à Marseille" dans le hall du Musée Cantini

Affiche de l’exposition « César à Marseille » dans le hall du Musée Cantini. ©A.L.Picca

C’est la rentrée et avec elle une certaine difficulté à se remettre dans le circuit effréné des événements culturels. Marseille Capitale Européenne de la Culture 2013 nous enchante et nous épuise… Dans ce sens la perspective de visiter le Musée Cantini, situé dans un ancien et charmant hôtel particulier, pour y voir une exposition monographique, est rassurante. Un seul artiste à découvrir donc et c’est César qui est cette fois mis à l’honneur. Artiste marseillais, né dans le quartier populaire de la Belle de Mai, à cette époque repère de truands mafieux, fils d’un  tenancier de bar du même quartier, il n’en fait pas moins des études aux Beaux-arts de Marseille et de Paris pour finalement marquer l’histoire de son passage. La ville aurait pu être fière de ce fils atypique qui lui a fait don d’une partie de ses œuvres en 1998. Il a d’ailleurs été longtemps question de lui consacrer un Musée mais pour des raisons jusque-là restées obscures, manque de volonté politique ? gouffre financier ? le projet n’a jamais vu le jour. En lot de  consolation les marseillais contemplent son « Pouce » de 1,85 m de haut  érigé sur un rond point, non loin du [mac]. Un clin d’œil.

Capture d'écran de la vidéo "César", interview de Bernard Blistène et réalisée par Marc Petitjean avec la collaboration de B.Blistène, des deux côtés "Le Pouce" César, 1965, bronze poli. Photomontage©A.L.Picca

Capture d’écran de la vidéo « César », interview de Bernard Blistène et réalisée par Marc Petitjean avec la collaboration de B.Blistène, des deux côtés « Le Pouce » César, 1965, bronze poli. Photomontage©A.L.Picca

Il faut dire que César n’est pas à proprement parler un artiste politiquement correct. Engagé dès les années soixante dans le mouvement artistique Le Nouveau réalisme, il dénonce avec ses camarades, une société capitaliste qui manipule les citoyens pour consommer toujours plus  en créant une abondance d’objets qui se transforment en des amoncellements de déchets qui asphyxient nos villes et pourrissent nos paysages. Finalement ces artistes ont été les premiers recycleurs, car à travers leurs gestes artistiques d’amonceler, d’assembler, de combiner, à travers cette récupération d’objets mis au rebut, il n’y avait pas seulement la volonté de questionner l’art mais aussi la volonté de purger la société. Pour son année Capitale, il n’est donc pas étonnant que Marseille rende un nouvel hommage à un de ses natifs et non des moindres. Ici, dans la cité phocéenne, César est devenu culte. Bien sûr cette nouvelle exposition n’a pas l’ampleur, ni l’ambition de la riche rétrospective réalisée en 1993 au Centre de la Vieille Charité. Celle dont Laure parle comme d’un des événements majeurs reflétant la période bienheureuse où la culture avait encore toute sa place dans notre ville. Place qu’elle a ensuite perdue peu à peu et que nous espérons la voir reconquérir avec MP2013.

Fragment de "Portes de la bibliothèque municipale Saint-Charles à Marseille" César, vers 1972, compression de lamelles de plexiglas teintées et "Expansion N°3 La Lunaire", César, 1970, mousse de polyuréthane expansé. Photomontage©A.L.Picca 2013, avec photo de gauche © Laure Jegat 2013

Fragment de « Portes de la bibliothèque municipale Saint-Charles à Marseille » César, vers 1972, compression de lamelles de plexiglas teintées et « Expansion N°3 La Lunaire », César, 1970, mousse de polyuréthane expansé. Photomontage©A.L.Picca 2013, avec photo de gauche © Laure Jegat 2013

Aujourd’hui l’exposition est modeste, elle occupe le seul premier étage du Musée et la scénographie est simple mais a la mérite de la clarté en séparant chaque période artistique que César a connue, pour la plupart dans les années soixante : ses sculptures-assemblages en fer et en bronze, ses compressions, ses expansions et ses empreintes. Des gestes artistiques « géniaux » et radicaux  qui ont rangé César parmi les grands. Des gestes qu’il a ensuite déclinés tout au long de sa longue activité…

A gauche et à droite "Hommage à Louis", César, 1965, compression de pare-chocs d'acier et tige métallique vue sous deux lumières différentes. Au centre fragment de "Portes de la bibliothèque municipale St Charles" vers 1972. Photomontage©A.L.Picca

A gauche et à droite « Hommage à Louis », César, 1965, compression de pare-chocs d’acier et tige métallique vue sous deux lumières différentes. Au centre fragment de « Portes de la bibliothèque municipale St Charles » vers 1972. Photomontage©A.L.Picca

Zoom sur "Portes de la bibliothèque Saint-Charles à Marseille", César, vers 1972. Photomontage©A.L.Picca 2013 avec photo de gauche ©spuech 2013

Zoom sur « Portes de la bibliothèque Saint-Charles à Marseille », César, vers 1972. Photomontage©A.L.Picca 2013 avec photo de gauche ©spuech 2013

La modestie de l’événement crée finalement une proximité qui nous pousse à l’observation et aux échanges, avec les œuvres, entre nous, avec le public, nombreux. C’est ainsi que nous nous laissons guider par les formes et les matières et bercer par l’accompagnement sonore de la voix de César. Nous baignons dans des insolites camaïeux de gris (surtout), de bleus sourds et de rouges vieillis. Presque consciencieusement nous recherchons des points de vue photographiques susceptibles de faire sens, de valoriser l’œuvre, et de nous mettre en scène. Car nous mettre en scène nous pousse à prendre de la distance, et devient  prétexte à rechercher des cadrages pouvant éclairer notre rencontre avec les œuvres.  Ces prises de vue agissent comme des révélateurs parfois même après la visite.

A gauche: fragment de "Portes de la bibliothèque municipale St.Charles", César, vers 1972, ©spuech 2013, au centre "Portrait de Compression-Jeans", César, 1983, collage de jeans sur panneau de bois, au centre: gros plan sur "Compression-Jeans" © Laure Jegat 2013. Photomontage©A.L.Picca 2013

A gauche: fragment de « Portes de la bibliothèque municipale St.Charles », César, vers 1972, ©spuech 2013, au centre « Portrait de Compression-Jeans », César, 1983, collage de jeans sur panneau de bois, à droite: gros plan sur « Compression-Jeans » © Laure Jegat 2013. Photomontage©A.L.Picca 2013

Et en effet et comment dire… l’œuvre de César m’a toujours laissée insatisfaite, certes l’artiste a eu des intuitions lumineuses mais qui me convainquent à moitié, l’homme est attachant  et comment ne pas être en empathie avec celui qui n’a rien renié de son passé, ni son origine prolétaire, ni son accent… Cependant face aux nombreuses photos prises au cours de cette exposition je plonge moi-même dans la matière : ses reflets et ses moindres nuances, ses pliures, ses surfaces lisses et miroitantes ou au contraire rugueuses et accidentées, sa souplesse, sa résistance, ses creux et ses bosses dessinant des paysages abstraits, toujours accompagnée par la voix du vieux maître clamant son amour aux matériaux… Et je comprends alors quelque chose de très profond de cette œuvre et de l’artiste, je ressens l’hymne  d’un homme à son objet d’amour. Ce qui aura été sa force et sa faiblesse, sa liberté et sa servitude. Sa limite.

Agnès, octobre 2013.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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10 commentaires pour L’Hymne de César à la Matière, Exposition au Musée Cantini Marseille

  1. lacamdemy dit :

    Il va falloir que j’aille voir ça !
    C.

  2. recreatiosaw dit :

    C’est vraiment un très joli article :)

    • AssociatEyes dit :

      Bonjour,
      En allant sur votre blog j’ai lu que vous vous interrogiez sur: qu’est-ce que la beauté? Et c’est vrai que l’art, surtout contemporain a tenté d’ouvrir des voies, particulièrement en privilégiant le sens sur la forme ( parfois minimale ou provocatrice!). Très Bon week-end

      • recreatiosaw dit :

        oui la question de l’art contemporain est intéressante, elle est aussi très paradoxale: le sens et le concept sont désormais comptés dans l’équation de l’oeuvre, la problématique de la beauté visuelle / intellectuelle de l’oeuvre est relancée, parfois on aboutit d’ailleurs à une non oeuvre dont il faut repenser le statut au sein d’une exposition par exemple etc. Je prévois un post à ce sujet, merci pour cette réponse ! :)

  3. Polina dit :

    Article très joliment écrit, j’aurais aimé avoir l’occasion de voir cette expo !

    • AssociatEyes dit :

      Merci de vous intéressez aux expositions qui se déroulent à Marseille. Il faut dire qu’avec Marseille Capitale nous sommes à la fête, ce qui nous change de ces dernières années… Espérons que la dynamique perdure au-delà de 2013. Bonne soirée

  4. matdurden dit :

    Bien que l’expo soit splendide, les pièces de César étant toujours aussi agréable à (re)découvrir, j’ai vraiment été déçu par le nombre limité d’œuvres exposées (la moitié étant déjà exposée au mac en temps normal); ce n’est qu’un petit bémol, qui n’empêche en rien le plaisir des yeux face au talent de César !

    • AssociatEyes dit :

      En effet l’exposition est un peu « modeste » et n’a rien à voir avec la magnifique rétrospective qui a eu lieu durant les années fastes marseillaises…avec MP2013 c’est ce qu’on espérait mais… bon ne boudons pas notre plaisir… De notre côté nous ne connaissions pas les Portes de la Bibliothèque St. Charles et ça aura été l’heureuse surprise. Bonne journèe!

  5. Ping : Merci à Un autre blogueur marseillais qui cite l'article d'Agnès : César à Cantini, derniers jours avant mieux ? | lagachon

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