Trois tableaux – Trois regards sur Le Grand Atelier du Midi

Le Grand Atelier du Midi 

13 juin – 13 octobre 2013 / De Cézanne à Matisse musée Granet d’Aix-en-Provence / De Van Gogh à Bonnard musée des Beaux-Arts de Marseille Palais Longchamp 

André Derain

Paysage au bord de la mer : la Côte d’Azur près d’Agay (1905, huile sur toile
, 54,6 x 65 cm) par André Derain (France, 1880 – 1954) 
Acheté en 1952, Musée des beaux-arts du Canada (nº 5880) © Succession André Derain / ADAGP (Paris) / SODRAC (Montréal)

  8 octobre 2013, je visite l’exposition « phare » de Marseille-Provence 2013 au Musée des Beaux-Arts, à la suite de mes amies. Une consigne : un tableau, un petit texte exprimant notre coup de cœur. Evidemment c’est difficile, comment ne pas être étincelée par La Méridienne de Vincent van Gogh, sensible aux Cézanne, Gauguin et Monet… Mais pour moi , avec ce titre « Le Grand Atelier du Midi », évoquer l’ATELIER c’est dénicher l’oeuvre simple, peut-être un peu rudimentaire, qui parle de COULEUR, de PEINTURE, de DESSIN, de COMPOSITION… C’est en cela que cette toile d’André Derain m’a plu, elle date d’un séjour avec Matisse à Collioure durant l’été 1905… Où nait le paysage fauve.

A la lumière du soleil couchant, André Derain décompose ce paysage méridional avec quelques couleurs provençales. Au premier plan un triangle vert olive descendant vers la mer. La végétation au devant et les pins éparpillés soulignent, cernent et révèlent cet espace luminescent. Le second plan, une colline teintée de rose suggère le rougeoiement du soleil à cet instant, avant la nuit. Justement les collines du troisième plan sont à l’ombre. Cette ombre qui n’est pas noire, mais oscille entre violet et bleu outremer. Quelques traits de ce bleu plus soutenu entourent ces aplats de couleurs abstraits et révèlent les figures du massif. Le ciel et la mer, jaune de Naples clair (comme le fond de la toile), légèrement striés de turquoise et de bleu, accompagnent les autres couleurs et participent à l’impression d’incandescence.

Laure, Marseille, 3 novembre 2013.

 « Ce pays-ci, ce sont des bateaux, des voiles blanches, des barques multicolores. Mais surtout, c’est la lumière… une lumière blonde, dorée qui supprime les ombres. Une nouvelle conception de la lumière qui consiste en ceci : la négation de l’ombre. Ici, les lumières sont très fortes, les ombres très claires. L’ombre est tout un monde de clarté et de luminosité qui s’oppose à la lumière du soleil ; ce que l’on appelle des reflets… Nous avions jusqu’à présent, négligé cela tous les deux et, dans l’avenir, pour la composition, c’est un regain d’expression. » André Derain, Lettres à Vlaminck (Ed. Maurice de Vlaminck, Flammarion, Paris, 1955, p. 154, 155)

 A lire et écouter : Notice et audio guide sur le site du Musée des beaux-arts du Canada et  GEO Audioguides par ZeVisit

LaSieste

« Intérieur à Nice, la sieste» (1922, huile sur toile, 66 x 54,5 cm) Henri Matisse (1869-1954) Paris, Centre Pompidou, legs de Mme Frédéric Lung en 1961 © Succession H. Matisse

  L’exposition du Grand Atelier du Midi a été pour nous l’opportunité de voir « pour de vrai » des chefs d’œuvres… La concrétisation d’un rêve en quelque sorte et même leur provenance fut l’occasion d’un voyage inattendu autour du monde : New York, Paris, Glasgow, Miami, le Canada, la Russie…

Mais il faut en choisir un seul, et c’est « Intérieur à Nice, la sieste » de Matisse. Pourquoi Matisse me direz-vous et pourquoi celui-là ? Et bien parce que Matisse est un magicien et que ce tableau en est l’illustration. En effet quand d’autres « encroûtent » leur toile, Matisse laisse apparaître la toile vierge ; Quand d’autres surchargent leur tableau de détails, Matisse simplifie et invente un alphabet personnel ; Quand d’autres utilisent la peinture sortie du tube et des contrastes violents, Matisse utilise le noir et le brun… Et pourtant tout y est, tout est dit… Faites-en l’expérience : regardez ce tableau quelques minutes puis fermez les yeux… Laissez-vous emporter par son souffle. Alors voyez-vous le lourd bouquet de fleurs aux couleurs tendres ? Ressentez-vous le moelleux des tapis et la richesse des tapisseries ? Êtes-vous bercé par le bruissement de l’air dans le feuillage des grands palmiers ? Sombrez- vous lentement dans le sommeil au cœur d’une journée inondée de lumière ? Je compte sur votre honnêteté… Et rouvrez les yeux, et avouez alors qu’avec un minimum de moyens et grâce à sa parfaite maîtrise Matisse, le grand Matisse, a fait exister en vous un intérieur bien plus intense, dense (danse) et coloré que celui de la toile elle-même. Un magicien je vous dis !

« L’exactitude n’est pas la vérité» Henri Matisse

Agnès, novembre 2013.

N.DeStael

Les Mâts (1955, Huile sur toile, 195 x 130 cm) Nicolas de Staël (1914-1955), Collection particulière, © Adagp, Paris 2013

« L’espace pictural est un mur, mais tous les oiseaux du monde y volent librement, à toutes profondeurs. » Nicolas De Staël

Je ne peux m’en empêcher, mon regard est toujours attiré par la Méditerranée… vision familière mais toujours aussi envoûtante pour moi et dans laquelle je m’évade à l’infini. Alors, après tous les paysages admirables de notre Provence si bien peinte par Cézanne et tant d’autres chefs-d’œuvres que la lumière du midi a inspirés chez les plus grands peintres modernes, voilà que le tableau de Nicolas de Staël, Les Mâts, me surprend et m’emporte. Loin des « Marines » plus typiques et pleines de charme des Camoin, Marquet ou même Monet, la simplicité évidente et tellement symbolique des lignes verticales et claires striant l’horizontalité des bleus du ciel et de la mer me subjugue. Et je reste longtemps à regarder cette toile, oubliant visiteurs et gardiens, bruits et bavardages, absorbée, émue et émerveillée par la beauté de cette œuvre presque abstraite mais si évocatrice. Je les reconnais, tous ces voiliers aux superbes mâts, et avec eux je navigue, ou m’envole, en de poétiques et imaginaires voyages.

Sylvie, novembre 2013

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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16 commentaires pour Trois tableaux – Trois regards sur Le Grand Atelier du Midi

  1. aamlorie dit :

    Le tableau d’André Derain est celui qui me touche le plus. Simplicité, beauté, association mesurée de couleurs pour partager avec nous ce moment qu’il a passé. Merci pour le partage :)

    • AssociatEyes dit :

      Merci pour votre commentaire, c’est toujours un plaisir de voir que nos coups de coeur sont partagés par d’autres sur cette petite planète… Lors de cette été 2005, Matisse et Derain ont créé ce mouvement « Le Fauvisme », leur utilisation plus libre de la Couleur vis à vis du paysage, du sujet… a effectivement permis de rendre plus expressif des moments, des sensations… C’est ce qui rend leurs peintures plus vivantes encore à nos yeux aujourd’hui… )))
      Laure

  2. Charles Michael dit :

    Bonjour,

    Oui, ce sont trois grandioses oeures, toujours contemporaines, perpétuelement chargées de sensations et du grand espace de l’imagination.
    Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ?
    c’est la chose à inventer, à créer, avec sincérité.

    • AssociatEyes dit :

      Chacun en fait ce qu’il veut, mais pour moi, toutes ces magistrales oeuvres sont sources d’émerveillement, d’inspiration et de sensations toujours renouvelées. Elles m’aident tout simplement à voir la beauté du monde.
      Sylvie

    • AssociatEyes dit :

      Et bien maintenant on continue! Entre autre à chercher les artistes qui nous donnent à voir le monde avec sincérité, en sachant que la difficulté dans l’art contemporain est le manque de recul mais c’est un challenge passionnant ce qui explique nos chroniques! Bonne journée. Agnès

      • Charles Michael dit :

        Bien sur, qu’on continue, ma question n’a rien d’une critique
        Il semblerait que quelques tendances se dessinent avec l’art évenementiel, éphémère: peformances, installations souvent impressionnantes (heureusement que photos et vidéos existent), un retour au figuratif et même l’hyper réalisme et un certain retour de l’esthétisme et bien sur il y a aussi toutes les autres formes et moyens.

      • AssociatEyes dit :

        Effectivement beaucoup de nouvelles manières de « dire » et d’exprimer. A chacun d’y trouver son bonheur, sa sensibilité, son intérêt et ce qui » fait art »…Agnès

  3. J’aime Derain et J’adore Matisse, le grand magicien oui !!!
    Bravo, magnifique post!
    Merci pour le partage.

  4. usseglio dit :

    Je ne sais pas s’il y est encore mais au musée Granet, il y a le tableau « La pêche aux thons » de Dali …. Grandiose.

  5. rechab dit :

    Très beau, je viens d’ailleurs de réutiliser le Derain, pour accompagner un poème de Tomas Tranströmer… — Quant à citation de De Staël, elle m’a beaucoup marquée, parce qu’elle résume en quelques mots l’essentiel de l’art dit « moderne », à savoir que le tableau peint est d’abord une surface, et qu’on dessus, la liberté d’action d’y agir – comme les oiseaux – à toute profondeurs…les mâts des bateaux font, dans sa peinture « bloc », et contredisent donc une profondeur, ainsi qu’il le montre par ailleurs même dans ses paysages avec des a-plats de couleur.

    • rechab dit :

      correction ( faute de frappe)  » qu’on a, dessus, la liberté d’action d’y agir…

      ( et justement ce mot librement, utilisé par de Staël, prend tout son poids)

    • AssociatEyes dit :

      Certes De Staël met des aplats de couleur très épais mais il y a , en tension, un effet de lumière si fort, accentué par une semi abstraction, que l’espace s’ouvre… et que tous les oiseaux du monde peuvent y voler… Agnès

  6. AssociatEyes dit :

    Cela fait tellement plaisir de partager des émotions. Merci pour vos mots.
    Sylvie

  7. recreatiosaw dit :

    un trio qui me touche en plein coeur :)

  8. Loralorapa dit :

    C’est avec plaisir que je viens t’annoncer ta nomination au Sisterhood of The World Bloggers Award ;)
    Participation nullement obligatoire, mais si le coeur t’en dit… :)
    http://auxfilmsdesmots.wordpress.com/2013/11/25/sisterhood-of-the-world-bloggers-award/

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