Fin du voyage : ULYSSES au FRAC

   Il faut bien que le voyage s’achève. Et pour finir son périple parcouru tout au long de l’année 2013, c’est au FRAC qu’Ulysses est arrivé et s’est installé jusqu’au 22 décembre. Quelle belle destination, que ce bâtiment tout neuf, érigé tel un vaisseau conquérant dans le nouveau quartier de la Joliette !

Sur la terrasse du FRAC, vue sur la Joliette (Photo ©spuech 2013)

Sur la terrasse du FRAC, vue sur la Joliette (Photo ©spuech 2013)

  Ainsi en ce doux mois d’octobre, nous y avons embarqué volontiers, mes deux complices et moi, curieuses de connaître après toutes ses précédentes escales, le dénouement de cette Odyssée en Art contemporain. Et même si nous n’avons pas vu toutes les expositions, tous les événements proposés au cours de cet itinéraire artistique, pour moi, cette dernière escale au FRAC restera l’un des moments marquants de l’année culturelle de Marseille-Provence 2013.

 Des artistes exposés, j’en retiens trois. Trois artistes pour une ultime aventure. Perceptions singulières, expériences conceptuelles, représentations originales, toutes leurs œuvres sont fondatrices d’une esthétique qui, encore une fois, cherche autant à nous séduire qu’à nous interroger.

 Les 353 feuilles de format A4 remplies des mots de l’Ulysse de Joyce recopiés par Jean-Christophe Norman lors de ses déambulations dans les rues de Marseille, métamorphosent l’écriture en une immense toile à lire et où se perdre. Et je reste un moment à vouloir déchiffrer quelques lignes, à retrouver le fil narratif de ce roman à la lecture restée inachevée.

353 feuilles de format A4 remplies des mots de l’Ulysse de Joyce recopiés par Jean-Christophe Norman (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

353 feuilles de format A4 remplies des mots de l’Ulysse de Joyce recopiés par Jean-Christophe Norman (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

  Les constellations de Franck Pourcel offrent une multitude d’images de notre Méditerranée comme autant de fragments éclatés d’une culture, d’une histoire, d’un destin communs mais aux identités diverses, aussi contradictoires que complémentaires. Et à nouveau je m’attarde devant les nombreuses photos jonchées sur une table ronde, face à un écran où défilent d’autres paysages, d’autres visages, d’autres personnages de toutes les côtes qui entourent la mer intérieure mais qui me semblent bien familiers, tant je les ai fréquentés lors d’expositions antérieures.

Les constellations de Franck Pourcel (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

Les constellations de Franck Pourcel (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

 Or, le vrai dépaysement, le vrai voyage vers un ailleurs mystérieux et envoûtant, c’est grâce à Hans Op de Beeck que j’en profite. Je ne m’y attendais pas, vraiment. D’ailleurs, je n’avais pas plus entendu parler de cet artiste que des deux autres et ce fut tout de même un choc visuel.  Quand je pénètre la salle où est projetée la vidéo «  Staging Silence »  je suis immédiatement happée par la beauté formelle de l’image, un noir et blanc aux contrastes parfaits, où se font et se défont des décors éclectiques, tristes ou mélancoliques, paysages urbains et ruraux, extérieurs et intérieurs, arbres et buildings, nuages et eau,  un environnement souvent reconnaissable et qui incite à la rêverie. Malgré des mains qui apparaissent et qui bricolent ces décors, comme pour mieux rappeler la fragilité, l’absurdité, l’insignifiance de nos existences, je deviens l’héroïne d’histoires que je construis au gré de mon imagination.

« Staging Silence » Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

« Staging Silence » Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

  Puis, avec mes amies, nous entrons dans une grande salle sombre. Des sculptures, des maquettes, des aquarelles y sont disposées de manière, peut-être, à raconter une histoire. Comme d’habitude, je n’ai pas lu la plaquette de l’exposition, ni même les panneaux ou cartels explicatifs. Je préfère me laisser porter par mes propres intuitions, m’égarer dans mes propres suppositions, me laisser surprendre par mes propres interprétations,  sans lecture préalable de ce que je dois comprendre et même ressentir. Une atmosphère étrange et onirique, accentuée par des sculptures ressemblant aux personnages de cire du Musée Grévin. Mais en plus inquiétant encore. Je reconnais une silhouette facilement identifiable, un commandant, sans doute celui du paquebot dont la maquette trône au milieu de la salle. Je pense au Titanic. Serait-ce une scénographie que l’artiste belge a imaginée autour d’un naufrage annoncé ? Mais très vite des détails qui dérangent. Un uniforme tel qu’on peut les voir dans les films d’anticipation, un navire à la proue futuriste, des aquarelles aux paysages en noir et blanc. Un univers froid presque morbide accentué par la sculpture d’une femme vêtue de blanc. Qui est-elle ? une infirmière, une femme de service ? Et son visage triste semble illustrer sa solitude. Dans quel monde sommes-nous ? Celui de « Sea of Tranquillity», un monde que met brillamment en scène Hans Op de Beeck et que je parcours avec curiosité.

« Sea of Tranquillity », Installation, Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

« Sea of Tranquillity », Installation, Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

 Un monde dénué de tendresse, de couleurs, de communication, d’empathie, dans lequel je pénètre soudainement quand je me retrouve devant le début d’un court-métrage qui narre l’histoire. Un monde contre-utopique, certes, où l’on regarde de pauvres individus, reclus dans leur solitude, marionnettes manipulées dans une existence tragi-comique. Une tension évidente apparaît dans toutes les scènes, et l’on s’attache à deviner ce qui relie les différents protagonistes. Dans cet immense et luxueux paquebot de croisière, espace clos au temps suspendu, véritable microcosme de nos sociétés, qu’ils voyagent ou qu’ils travaillent, tous semblent supporter le fardeau d’une vie subie, d’une destinée dont ils ne sont pas maîtres. Et même l’émouvante chanson du film, chantée avec grâce lors d’une séquence d’une absolue élégance participe à cette atmosphère énigmatique et troublante.

« Sea of Tranquillity », court- métrage, Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

« Sea of Tranquillity », court- métrage, Hans Op de Beeck, (FRAC Marseille) (Photomontage ©spuech 2013)

  Et je suis captivée par les images à l’esthétique chic et soignée, par la narration elliptique et précise, par la limpidité des métaphores sur notre condition humaine. Enfin, quand je retrouve mes esprits et que je partage mes émotions avec mes deux amies, je me dis que cette exposition est de celles que je n’oublierai pas,  car elle m’a permis de découvrir un artiste capable d’aussi bien nous faire réfléchir que de nous éblouir.

 Sylvie, décembre 2013

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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