Meschac GABA au Centre de la Vieille Charité, Marseille 2013

Une des affiches à propos de l'exposition de Meschac Gaba dans la cour du centre de la Vieille Charité

Une des affiches à propos de l’exposition Meschac Gaba dans la cour du centre de la Vieille Charité. © A.L.Picca 2013

Pour sa dernière étape Hors les Murs le projet Ulysses initié par le FRAC PACA (Fonds régional d’Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d’Azur),  fait escale au centre de la Vieille Charité. Cette fois le voyage nous emmène loin des berges de la Méditerranée pour s’enfoncer dans le Continent Africain, jusqu’au  Bénin. L’artiste Meschac Gaba y est né, précisément à Cotonou, grand port urbain qui étouffe sous la pollution. Il vit actuellement en Hollande où il fit ses études. Mais l’artiste n’a pas  tiré de ce déplacement la notion d’exil ou d’émigration forcée, encore moins la nostalgie d’une terre à laquelle il aurait été arraché ou la mélancolie sur un retour fantasmé. Car l’artiste est joueur, il se préfère voyageur sans frontières et citoyen du monde. Il préfère jeter un regard grinçant et ironique sur nos sociétés, s’amuser de ses supercheries, de ses faux semblants et de ses idées préconçues.  Il se joue des chocs des cultures, nous met face à notre nouveau « Dieu mondial » l’argent, et voudrait renverser les murs des Musées pour créer à ciel ouvert le Musée de l’Art de la Vie Active (MAVA). Cette capacité lui permet une vision globale et résolument moderne. Alors est-ce le lieu trop étriqué qui ne nous a pas permis de rentrer de plein pied dans le travail de l’artiste ? Il est certain que le centre de la Vieille Charité, aussi magnifique soit-il, rend les accrochages difficiles avec ses  longues salles obscures. Parfois la confrontation entre scénographie d’art contemporain et voûtes anciennes provoque des étincelles, aujourd’hui elle alourdit et  académise un travail qui devrait se vivre. Cette exposition fait partie de celles qui ne se donnent pas, où le visiteur doit être actif, à la recherche de renseignements, il ne doit pas craindre de lire les longs cartels, ni de questionner la médiatrice. Regarder, observer, prendre le temps de méditer devant les vidéos qui éclairent certains travaux, scruter, s’approcher, critiquer, s’approprier… car il s’agit bien de comprendre au-delà de l’artisanat, du local et des traditions l’expression et le concept de l’artiste. Ensuite il faut mûrir la chose…

Meschac Gaba, Perruques Architectures, 2006 et Voyages Colis, 2013. © A.L.Picca 2013

Meschac Gaba, Perruques Architectures, 2006 et Voyages Colis, 2013. © A.L.Picca 2013

Car en effet comment ne pas être décontenancé par une enfilade d’immenses perruques sur bustes, confectionnées de tresses made in China et aux formes vaguement architecturales (il faut bien lire les cartels), aux formes de véhicules (deuxième salle) ou d’objets (troisième salle)… Cependant celles-ci prennent enfin du sens à la vue des vidéos qui les placent dans le contexte voulu par l’artiste. Les perruques-objets par exemple, symbolisent  chacune une création célèbre : le triangle pour Pythagore, le feu tricolore pour Garnet Morgan, la faucille et le marteau pour Karl Max, le saxophone pour Fela Kuti… Elles ont fait l’objet, pour le cinquantième anniversaire de l’indépendance du Bénin, de déambulations dans des hôtels touristiques et au sein du marché local de Cotonou. C’est l’intrusion de l’universel au sein d’un quotidien très contrasté et qui rappelle à chacun que le talent, la générosité ne sont pas l’apanage d’une nation.

Captures de la vidéo conçue et réalisée par Meschac Gaba, Procession MAVA, Cotonou, 2010. ©  photomontage A.L.Picca 2013.

Captures de la vidéo conçue et réalisée par Meschac Gaba, Procession MAVA, Cotonou, 2010. © photomontage A.L.Picca 2013.

 Cette manière de repenser l’espace collectif ou privé il m’aura fallu aller le chercher sur les sites qui lui  sont consacrés et écouter une émission de radio pour en saisir toutes les dimensions sociales et politiques. Il m’aura fallu discuter avec mes deux complices, Laure et Sylvie, et confronter nos arguments pour saisir où se situait la faille d’une exposition qui nous a laissé  dans l’expectative… Car la volonté de Meschac Gaba de créer un Musée de l’Art Africain Contemporain parce qu’il n’en existe nulle part (n’existent que des musées d’ethnologie), sa manière de replacer l’objet usuel  dans les Musées ce qui n’est pas s’en rappeler le mouvement Dada pour qui « l’art c’est la vie », les interactions et les échanges qu’il crée par l’intermédiaire d’ateliers participatifs pour adultes et enfants, les objets dérisoires qu’il vend en faveur de son musée, le brassage, la circulation économique, ceux du savoir et des idées, cette manière de briser les frontières en restant ludique, rien de tout cela ou trop peu ne transparaît, malheureusement, dans cette exposition marseillaise…

Cependant au-delà du malaise et de l’effort de recherche il faut saluer ici la présentation d’un artiste qui s’est donné la lourde tâche de penser le collectif et le particulier, le local et le mondial, la tradition et la globalisation en y adjoignant une pincée d’insouciance qui nous ravit.

Agnès, janvier 2014.

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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2 commentaires pour Meschac GABA au Centre de la Vieille Charité, Marseille 2013

  1. Polina dit :

    C’est assez déconcertant, cela dit, on y remarque une véritable approche de recherche, même si je reste assez perplexe face à l’esthétique…

    • AssociatEyes dit :

      Effectivement et c’est ce que j’ai essayé de faire ressentir: cette perplexité à la vue de l’exposition… qui ne rend pas compte, ou mal, du véritable travail de recherche de Meschac Gaba. Il faut aller sur les liens de l’article pour en avoir une idée plus approfondie, notamment sur celui concernant la Tate Modern de Londres. Merci du commentaire. Agnès

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