De la Poésie à voir et à entendre : « Open poème en sept courts » de Florence Pazzottu

             Parfois il y a quelque rencontre qui nous ramène à la beauté des mots. Et au pouvoir qu’ils nous donnent à mieux imaginer ou percevoir. Or, quand les mots s’accompagnent d’images pour former des « poèmes vidéo », ce pouvoir est accru. Parole et visuel se rejoignent et nos yeux bercés par la voix de la poète Florence Pazzottu  nous entraînent vers l’univers métaphorique de l’Art Poétique.
Un Art majeur certes, mais si marginal aujourd’hui, perdu dans la masse d’une littérature dominée par la rentabilité immédiate. Il faut prendre le temps de lire les poèmes, de se laisser porter par les sons, les sens et les sensations. Il faut lire les poèmes comme des espaces de liberté intimes. Il faut les entendre aussi et les regarder.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille, co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,
co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

     C’est ce que propose l’exposition Open poème en sept courts, une installation de sept poèmes vidéo conçus par l’artiste à la Galerie la Traverse de Marseille. Sept dispositifs originaux comme sept lancers de balle qui me baladent d’une impression à l’autre, où mon regard et mon écoute se superposent, se croisent, s’éloignent et se mêlent au gré des sentiments suscités. Comme des poèmes–objets, les œuvres de Florence Pazzottu donnent à mon imaginaire une forme visible qui loin de le brider lui permet une expérience unique. Sept moments, symboliques de ce qui rythme notre vie, sept espaces où s’articulent et se répondent propos et images autour du désir et de l’amour, sept émotions qui me saisissent dans un langage renouvelé.

Open poème en sept courts : «  La cabine dialectique », « Noli me tangere », « Faire le trou : trois jeux à zéro », « Il n’y a pas de programme- poème » Co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts : « La cabine dialectique », « Noli me tangere », « Faire le trou : trois jeux à zéro », « Il n’y a pas de programme- poème » Co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Je partage la première étape de mon voyage poétique avec mon amie Agnès dans la cabine dialectique. Derrière les panneaux élégamment ornés de calligrammes, la voix de Florence accompagnée d’images de Venise questionne l’amour, le désir. Nous poursuivons notre aventure devant Open Poème pour nous laisser étourdir par le verbe et le geste. Puis, curieuse de ce qu’il y a derrière le trou de serrure d’une boîte en bois vernis, je me retrouve seule à regarder d’un œil intrigué et à entendre dans Faire le trou : trois jeux à zéro que «la voie obstinée de l’essentiel passe par trois». Je continue à déambuler d’une vidéo-projection à l’autre, d’un « court » à l’autre. Après m’être évadée et retrouvée dans les paysages lumineux qui éclairent les vers syncopés du Blason du torse d’homme, je traverse grâce à deux petits écrans jumeaux des tunnels et comme une litanie j’écoute l’artiste répéter inlassablement dans S’il naît poème qu’ « il n’y a pas de poème sans saut, pas de programme-poème ». Impatiente d’apercevoir ce que montre une longue-vue, je suis touchée quand enfin au bout de la lunette ronde se dévoile le visage de la poète qui aussi délicate que l’oiseau à qui elle semble se confier prononce les mots de Noli me tangere, une Amante à la grive blessée. De ce touchant « auto-portrait » au dernier poème vidéo, Le triangle mérite son sommet, un grand envol de l’intime introspection à l’engagement de l’artiste. Florence Pazzottu ne se contente pas d’exprimer, elle nous interpelle avec douceur pour mieux nous faire percevoir la force de son discours politique. Et dans le mouvement continu des images évoquant Marseille 2013, c’est justement le ton monocorde mais assuré de l’artiste qui nous fait soudain percevoir le sens des mots. Le pouvoir se joue, se moque de nous, certes, mais il ne peut faire taire ceux qui, comme la poète, lui rappelle que l’Art est le meilleur moyen de le contrer.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,  co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,
co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

             « La poésie est un cri, mais c’est un cri habillé » a dit Max Jacob, et les œuvres de la poète marseillaise, donnent à leur tour un sens à cette citation. Cri émotion ou cri indignation, en tout cas, chez Florence Pazzottu, un cri qui nous donne à voir et à entendre la « force affirmative de la conjonction possible du désir et de l’amour ».

                  Sylvie,  avril 2014

Open poème en sept courts, Florence Pazzottu
Jusqu’au 12 avril
Espace galerie La Traverse, Marseille 2e
Ateliers de l’image – Grains de Lumière
04 91 90 46 76

 

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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3 commentaires pour De la Poésie à voir et à entendre : « Open poème en sept courts » de Florence Pazzottu

  1. Merci beaucoup de faire connaître cette heureuse initiative

  2. Merci pour cet article et ces découvertes, je garde en mémoire « le cri habillé » : la fulgurance de l’expression laisse sans ….

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