Grâce et disgrâce de l’adolescence

Temps de Pose, Exposition organisée par le réseau Marseille expos à la Galerie du 5ème : photographies de la Collection du Château d’Eau de Toulouse. Commissaires : Soraya Amrane et Jean-Marc Lacabe.

Vitrine des Galeries Lafayette annonçant l'exposition" Temps de Pose" avec la photographie de Gilbert Garcin "La Persévérance". © A.L.Picca 2014

Vitrine des Galeries Lafayette annonçant l’exposition » Temps de Pose » avec la photographie de Gilbert Garcin « La Persévérance ». © A.L.Picca 2014

Décidément la photo est à l’honneur à Marseille, déjà cet été avec l’exposition « Des images comme des oiseaux » ou actuellement avec «  Asco & Friends  » à la Friche Belle de Mai. De plus, pas une exposition de groupe sans son lot de photographies comme en témoigne « Visages/Picasso, Magritte, Warhol » au centre de la Vieille Charité, sans oublier deux lieux qui lui sont entièrement dédiés, les galeries Detaille et Vol de Nuit. Ce médium est maintenant incontournable et s’est hissé au rang d’art à part entière. Images documentaires, images poétiques, de mode, détournées, il semblerait que la photographie réponde à un écho intérieur, et corresponde à la sensibilité de notre époque. Peut-être est-ce ce rapport direct au réel, ce miroir tendu, qui nous dégage des malentendus de l’interprétation, et pourtant leur charge émotionnel et la diversité des regards des artistes nous questionnent bien souvent….

Ainsi Temps de Pose est une nouvelle exposition consacrée à la photographie, elle balaie un siècle de son histoire, de 1900, avec l’autoportrait d’Emile Zola, jusqu’à 2009. Je n’insisterai pas sur la scénographie bien pensée : 7 grands panneaux sur lesquels sont assemblées des œuvres sautant du passé au présent, du N&B à la couleur, de l’image-reportage à l’image artistique, de l’instantané à la mise en scène, une mosaïque de sujets dont les rapprochements font sens et sont souvent jubilatoires.

Exposition "Temps de Pose" à la Galerie du 5ème. Vue d'un fragment de panneau: Claude NORI "Naples" 1982 et Clara GUTSCHE "Collège Mont Sacré Cœur, Granby" 1995. © A.L.Picca 2014.

Exposition « Temps de Pose » à la Galerie du 5ème. Vue d’un fragment de panneau: Claude NORI « Naples » 1982 et Clara GUTSCHE « Collège Mont Sacré Cœur, Granby » 1995. © A.L.Picca 2014.

Médiatrice et visiteurs devant un  panneau avec les photos de Olivier Metzger, Dorothée Smith, André Mérian et Aglaé Bory. © A.L.Picca 2014.

Médiatrice et visiteurs devant un panneau avec les photos de Olivier Metzger, Dorothée Smith, André Mérian et Aglaé Bory. © A.L.Picca 2014.

Car mon regard aura été fasciné par le thème récurrent de l’adolescence. Et ce soir-là de charmants inconnus furent des modèles évanescents et involontaires le temps de quelques photos, sans temps de pause. Par la grâce d’un regard, d’un mouvement ils ont intensifié des images et ouvert un dialogue inattendu.

Visiteurs devant les photographies de Beth Yarnelle Edwards, 2003 , Olivier Metzger, 2008 et Laura Henno, 2007. Photomontage © A.L.Picca

Visiteurs devant les photographies de Beth Yarnelle Edwards, 2003 , Olivier Metzger, 2008 et Laura Henno, 2007. Photomontage © A.L.Picca

… Mais que signifie réellement temps de pose ? Selon la source Wikipédia : En photographie le temps de pose ou durée d’exposition, ou encore vitesse d’obturation, est l’intervalle de temps pendant lequel l’obturateur de l’appareil photo laisse passer la lumière lors d’une prise de vue, et donc la durée de l’exposition de la pellicule photographique ou, dans le cas d’un appareil numérique, du capteur. Il s’agit donc d’imprégner une pellicule, comme un souvenir imprime notre mémoire et peu importe alors la durée… de brefs moments habitent parfois plus violemment notre être qu’une longue période de vie. Ainsi Henri Cartier-Bresson souhaitait capté l’instant décisif mais d’autres photographes à l’inverse rallonge cette durée, parfois sur plusieurs mois, afin d’immortaliser une période et ses transformations. C’est le challenge opéré par le munichois Michael Wasely lorsqu’il est invité par exemple, en 2001, à photographier les trois ans de travaux de reconstruction du MOMA à New York. D’autres effets qui sont à chaque fois au service d’une pensée originale, d’une démarche artistique, d’une expression personnelle.

Mais revenons « A la folle jeunesse » comme l’écrivait Karen Blixen dans La Ferme Africaine. Car il s’agit bien ici de folie, non pas au sens de maladie, quoique, mais alors ce serait une métaphore. La métaphore d’un esprit dans un corps qui s’éveille à l’inconnu, qui a soif mais ne sait pas de quoi, qui veut être libre mais ne sait pas comment, qui s’oppose, gesticule, tente et retente, cogne et souvent contre des murs, repousse des limites, crache sur l’autorité, harangue sa famille, se constitue en bande et se sent pourtant si seul et incompris… Grâce et disgrâce d’une adolescence qui se cherche ! Elle est si peu sûre d’elle et pourtant si touchante dans sa fragilité, elle se sent moche et elle est pourtant si belle dans sa fraîcheur, elle a peur et son agressivité nous déstabilise… Une mélancolie m’habite et me ramène régulièrement à cette époque de tous les possibles et de tous les enfers, et qu’en ai-je fait ? Me ramène, comme la vague sur la rive, au seuil de la compréhension du monde. Une époque où le plus important était l’amour de l’Amour, où l’on voulait aller si haut et si vite… avec des ailes de pacotille et comme Icare se brûler et tomber. Car il faut apprendre avant de savoir, il faut grandir avant d’être grand … et durant la chute finalement commencer à devenir un homme, apprendre l’humanité, comprendre la faiblesse et la fragilité, ressentir la compassion, pour soi et pour les autres, si possible. Et puis se relever, et puisqu’on n’est pas mort, renaître…à soi-même.

De gauche à droite et de haut en bas: Gabriel Jones "Remembering, 2004 in Série Somewhere on time" 2004, Caroline Chevalier "Laurie, Nimes, 2006, série Frail héroïnes", Denis Darzacq "Hyper N°20, série Hyper" 2007-2009, Dorothée Smith "Série Löyly" 2009 . Photomontage © A.L.Picca

De gauche à droite et de haut en bas: Gabriel Jones « Remembering, 2004 in Série Somewhere on time » 2004, Caroline Chevalier « Laurie, Nimes, 2006, série Frail héroïnes », Denis Darzacq « Hyper N°20, série Hyper » 2007-2009, Dorothée Smith « Série Löyly » 2009 . Photomontage © A.L.Picca

 

Une exposition à voir jusqu’au 3 mai 2014…

Agnès, avril 2014.

Remerciements à la médiatrice A.Roullier pour sa visite commentée très enrichissante.

Les photographies d’H. Cartier-Bresson sont à découvrir au centre Pompidou jusqu’au 9 juin : http://www.lemonde.fr/culture/portfolio/2014/02/14/henri-cartier-bresson-s-expose-au-centre-pompidou_4355859_3246.html

Les liens de l’article :

http://www.ourageis13.com/feature/un-temps-de-pose-long-de-2-ans-le-travail-de-michael-wesely/

http://www.galeriechateaudeau.org/web/

 http://www.marseilleexpos.com/

http://www.galerieslafayette.com/magasin-marseille-st-ferreol/temps-de-pose/

 

A propos AssociatEyes

Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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