« VISAGES » à la Vieille Charité : du « Commencement » à Yan Pei-Ming

             Evidemment, c’est plus fort que moi, partout où il y a des « antiquités », je ne peux m’empêcher d’aller les regarder. C’est en sortant de l’exposition VISAGES PICASSO MAGRITTE WAHROL à la Vieille Charité, que je me suis rendue compte qu’il y avait d’autres « visages » à voir, ceux proposés par le Musée d’Archéologie Méditerranéenne. Alors, malgré les 150 d’œuvres de 97 artistes modernes et contemporains dont mes yeux s’étaient déjà rassasiés, abandonnant quelques instants mes amies Agnès et Laure désireuses d’échanger sur tout ce qu’elles avaient déjà admiré, dans un dernier élan de curiosité, j’ai vite grimpé les marches pour rejoindre les salles et y découvrir des VISAGES … AU COMMENCEMENT.

« Visages … au Commencement », Centre de la Vieille Charité (©spuech 2014)

« Visages … au Commencement », Centre de la Vieille Charité (©spuech 2014)

    Peut-être aurait-il été plus logique de commencer par là. Mais il est parfois profitable de bousculer la chronologie de l’Histoire de l’Art. Curieuse de ce que promettait le battage autour de cette expo VISAGES, je n’avais pas du tout prêté attention à celle donnée en écho. Je ne savais même pas son existence, et c’est presque par hasard que mon regard s’était porté sur une idole cycladique, majestueuse divinité au-dessus des oliviers de la cour de la Vieille Charité. Comment résister devant une sculpture dont l’apparente simplicité est par essence sa beauté ?

« Visages … au Commencement », Centre de la Vieille Charité, (© Musée Royal de Mariemont, Belgique / photo Michel Lechien)

« Visages … au Commencement », Centre de la Vieille Charité, (© Musée Royal de Mariemont, Belgique / photo Michel Lechien)

       Et si j’ai apprécié la quarantaine d’œuvres antiques valorisées par une scénographie intelligente, si j’ai regardé les deux vidéos mettant en perspective travaux antiques et modernes, c’est tout de même cette statuette qui m’a le plus touchée. Et que je retiens. Pas seulement parce qu’elle s’affiche en vedette sur les plaquettes ou sites internet, qu’elle est d’une beauté évidente malgré son épure géométrique, d’un esthétisme harmonieux et réconfortant, d’une maîtrise plastique étonnante par sa stylisation, mais surtout parce que brutalement et bizarrement elle me renvoie à la Tête de Yan Pei-Ming.

Yan Pei-Ming, Tête, 1991, Huile sur toile, 200 x 300 cm,Dijon, Fonds régional d’art contemporain de Bourgogne (© Atelier Yan Pei-Ming / Adagp, Paris)

Yan Pei-Ming, Tête, 1991, Huile sur toile, 200 x 300 cm,Dijon, Fonds régional d’art contemporain de Bourgogne (© Atelier Yan Pei-Ming / Adagp, Paris)

       Bien avant l’art du « canon grec » fixé par le sculpteur Polyclète au siècle de Périclès, qui va pousser les artistes de l’Antiquité à sublimer la représentation humaine puis largement s’imposer dans l’histoire de l’Art Occidental, cette idole témoin de la première grande civilisation grecque est comme une matrice des représentations qui ont suivi. En elle on peut supposer toutes les œuvres à venir, dans la recherche continue de la perfection, avant que ce concept du «canon » ne soit dépassé, détruit, que des artistes, s’échappant de toutes les conventions, détournent toutes les règles, jusqu’à abandonner la figuration pour l’abstraction.

  Or, n’oublions pas que de grands artistes modernes, Picasso, de Chirico, Magritte, Giacometti et d’autres redécouvriront au début du XXème siècle les figurines archaïques des Cyclades. On peut imaginer le choc provoqué par cet art millénaire sur eux et quelles révolutions esthétiques il a pu provoquer. Certes ces artistes se les réapproprieront magnifiquement pour les investir d’un sens plus métaphysique mais encore une fois, c’est la Tête de l’artiste contemporain chinois qui dans mon esprit se superpose à celle de « l’idole ». Pourquoi justement ces deux-là ? Je m’interroge.

  Peut-être la multiplicité des œuvres et des artistes exposés a-t-elle trop submergé mes yeux et mon esprit ? Sans doute ai-je trouvé la scénographie en trois parties, « visages de la société, visages de l’intimité, visages de l’esprit », un peu artificielle et propice à une accumulation pas toujours judicieuse. Beaucoup d’œuvres m’ont semblé inégales voire mineures. Et il m’est difficile de me rappeler parmi tous ces « visages » celui ou ceux qui m’ont émue, intriguée, bouleversée.

« Idole Cycladique » , Marbre, Spédos, 2500 av J.-C. (© Musée Royal de Mariemont, Belgique)

« Idole Cycladique » , Marbre, Spédos, 2500 av J.-C. (© Musée Royal de Mariemont, Belgique)

    Alors comme une évidence, comme par l’enchantement d’une immense ellipse temporelle, ce sont une statuette archaïque et une toile de notre temps qui s’imposent. Pourtant ces deux œuvres s’opposent en tout. Antiquité et contemporanéité. Marbre et huile sur toile. Impassibilité d’une figure hiératique et intenses mouvements des coups de brosse. Tête solidement ancrée sur un corps et tête retranchée du corps. Mais elles ont en commun l’absence de couleur. Voulue par Yan Pei-Ming qui sature sa toile de noir et blanc, disparue sur la statuette dont la blancheur fut rehaussée de polychromie.

  Il faut un moment pour percevoir le visage peint par l’artiste chinois que j’ai hâte de retrouver cet été à Avignon pour l’exposition collective et prometteuse La disparition des lucioles à la Prison Sainte-Anne. Si l’on est trop prêt de la toile, si l’on passe trop vite devant, il est difficile de retrouver une image dans ce qui semble être une abstraction. Mais je prends du recul, un peu de distance et quelques secondes de concentration me révèlent les traits d’un « visage » qui de brouillé devient de plus en plus évident et dont la force se démultiplie en se monumentalisant. Et cette Tête se dévoile aussi énigmatique et attirante que celle de « l’idole ». Quel contraste pourtant entre la sérénité mystérieuse de la statuette et l’expression mouvante de la peinture ! Toutes les deux me fascinent, du début de notre civilisation à aujourd’hui elles se rejoignent comme des expressions magistrales de la représentation humaine et me touchent. Ce sont elles que décidément je retiendrai de cette exposition. Un Art naît dans les Cyclades il y a plus de 3000 ans, se développe au regard des « canons grecs » que chercheront à magnifier les artistes tout au long des siècles avant de les rejeter et de s’en libérer. Mais la figure cycladique échappe à l’oubli, elle est source et modèle, et pour reprendre les mots de Yan Pei-Ming qui dit que « là où le visage disparaît, commence la peinture », moi j’ose écrire que là où le visage apparaît, commence l’Art.

    Sylvie, mai 2014

À voir
VISAGES / PICASSO MAGRITTE WAHROL …
jusqu’au 22 juin
Centre de la Vieille Charité, Marseille 2e
www.marseille.fr
En prolongement
VISAGES … AU COMMENCEMENT
jusqu’au 22 juin
Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille 2e
www.marseille.fr

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Au Village Jérôme Zonder – Le Lieu Unique à Nantes

En ce mois d’avril, je n’ai qu’une envie : sortir de Marseille, prendre l’air et heureux hasard cette année fêter quelques anniversaires familiaux à Nantes… Entre désorientation et tournis, j’y découvre, après sa fameuse tradition des sens interdits, une fièvre des ronds-points. Une circulation alambiquée qui ne nous empêche pas d’atteindre l’élégante Tour LU…

11 avril 2014, direction Le Lieu Unique ... à Nantes

11 avril 2014, direction Le Lieu Unique … à Nantes

Visiter une exposition du Lieu Unique, avec ma maman est devenu incontournable. J’y apprécie le site, j’y retrouve un peu de La Friche Belle de Mai. Le charme des sites industriels investis par les Arts et la Culture, sans doute… Et puis la terrasse du café, avec ses tables basses et ses chaises longues au bord du canal ombragé, nous dépayse. L’ancienneusine Lefèvre-Utile est à l’origine aussi de ma « Madeleine de Proust », j’affectionnais les Petits-LU un peu trop grillés que ma grand-mère maternelle nous offrait dans leur sachet plastique, sans fioriture…

 Jérôme Zonder au Village

Le Lieu Unique à Nantes du 8 mars au 11 mai 2014

Exposition réalisée suite à une résidence de janvier à mars 2014 à l’invitation du Lieu Unique

Au Village Jérôme Zonder -  Le Lieu Unique à  Nantes - 11 avril 2014

Au Village Jérôme Zonder – Le Lieu Unique à Nantes – 11 avril 2014

Premiers pas dans le village de Jérôme Zonder. Suis-je devenue une enfant traversant le dessin en 3D d’un autre enfant ? Maisons, usines, arbres, soleil, nuages, prés et fleurs… sont dessinés, stylisés en noir sur fond blanc. Une simplicité… rassurante… ou plutôt… trompeuse… comme cette affiche « Marie 2013 » reprenant la couverture de Books (N° 38/ Déc. 2012), une jeune fille tient un révolver. Son regard poupin le fixe avec attention, « le désir de violence » s’y lit-il ?… Le village : un dessin à dessein. Une volonté de nous accompagner, de nous conduire avec tendresse vers un univers d’images cruelles, violentes, perverses, horribles, celles de la réalité de notre Monde, de notre Histoire… Les images que nous déversent jour après jour les actualités, les faits-divers… que nous absorbons jour après jour au travers des médias et des œuvres culturelles, aussi, de Jérôme Bosch à Walt Disney. Les citations y sont récurrentes… A l’entrée dans la maison de l’Artiste (A) — je suppose car son autoportrait est à coté de la porte — nous découvrons un concentré de son œuvre sur les murs comme dans un cabinet de curiosités. Là nous sommes en immersion, envahis par le côté trash des images. De beaux dessins classiques, à la mine de plomb et au fusain sur papier, nous assaillent d’images simples, nous pouvons les regarder de loin, et d’images complexes, les détails assemblés, recomposés, et structurés nécessitent que l’on s’approche, que l’on s’attarde. Est-ce que le noir et blanc évite le pathos ? Sans doute un peu, il permet détachement, distanciation, contrairement à la couleur. Est-ce ce que le noir et blanc dessine une réalité moins monstrueuse ?

 De la Maison A à la salle F du Village de Jérôme Zonder – Le Lieu Unique – Nantes

« PG : — Comment le public va-t-il réagir faces à certaines scènes ? JZ : — Il va réagir oui… Mais je ne veux pas le provoquer. Jamais. […] On m’a parfois attaqué sur la charge émotionnelle que procure mes dessins. Mais cela dépasse mon intention, il n’y a aucun cynisme de ma part quand je dessine. » (Interview de Jérôme Zonder  par Patrick Ginier, directeur du Lieu Unique, basée sur L’étrange questionnaire d’Eric Poindron)

Ici pas d’extase devant des œuvres esthétisantes mais une attention respectueuse et un peu admirative devant les sujets dessinés. Ce sentiment est partagé par quelques spectateurs… « Il a tout compris » dit un visiteur un peu aguerri à l’Art contemporain, sans doute un étudiant en Art, devant les « Jeu d’enfants » (E)… Comprendre ! Pour le public lambda, comme ma tante qui nous accompagne cette fois, c’est effectivement plus compliqué… Appréhender sans appréhension quand on se laisse surprendre, envahir par une certaine répugnance, c’est plus dur, les clés (il en faut bien quelques-unes) ne sont pas là. Maintenant, une médiatrice est présente pour l’aider, c’est elle qui détient quelques indices… Mais c’est moi qui discute avec elle, qui confirme mes premières impressions, mes premières lectures.

Du Village de Jérôme Zonder à la Forêt de Charles Perrault - Le Lieu Unique - Nantes

(G) – Du Village de Jérôme Zonder à la Forêt de Charles Perrault – Le Lieu Unique – Nantes

Je suis happée par le récit de Jérôme Zonder, par l’évolution de son travail depuis 2009. Avec la série « On fête l’anniversaire de ses neuf ans », il commence l’histoire d’enfants ayant 9 ans au début de ce siècle. Des enfants ayant en mémoire l’Histoire des siècles précédents… Un conte imaginaire relatant des faits réels, ayant tant à voir avec Les enfants du Paradis, une référence affirmée avec « Garance, Baptiste et Pierre-François »… Un grand classique que j’ai revu à l’occasion de cet article, pour comprendre comment le rideau se lève sur la mise en abîme de la réalité dans la fiction. Dans ce scénario de Jacques Prévert s’entrecroisent les personnages et les acteurs, où l’action va subtilement de la rue à la scène, où au final le rideau tombe sur le drame amoureux de Garance et de Baptiste, jour de carnaval…

La Forêt de Charles Perrault à la lisière du Village de Jérôme Zonder – Le Lieu Unique – Nantes

Le spectacle s’installe dans la rue comme au théâtre et inversement la réalité se joue sur les planches comme sur le boulevard, le drame va et vient entre le rêve et le réel. Le spectacle de la vie nourrit l’imaginaire des protagonistes. Le simulacre provoque les événements dans l’existence des comédiens. « Les enfants du Paradis » est un film réalisé entre 1943 et 1945. Il commence Boulevard du Crime (1ère partie) rempli d’hommes en costume sombre et finit par un Homme Blanc (2ème partie), Pierrot (Baptiste) y disparaît, noyé dans une foule habillée de blanc, celle du carnaval et de la commedia dell’arte… Comme dans les dessins si crus, si réalistes de Jérôme Zonder, où la multitude sordide des images de la petite comme de la grande Comédie Dramatique de notre monde et des siècles passés, se retrouve scénarisée, réalisée en noir et blanc. Le décor stylisé du village comme le rideau permet au visiteur, au spectateur, le conditionnement et l’implication comme la distanciation et la réflexion avec la représentation…

Garance, Baptiste et Pierre-François sont illuminés par la force de leurs amours et de leurs sentiments… Enfants du Paradis innocents et naïfs soumis par une société inégalitaire et corrompue, où le riche est synonyme d’innocence et le pauvre de culpabilité… Chez Jérôme Zonder, la figure de l’enfant angélique est pervertie par le sadisme, l’inhumanité et la barbarie des adultes et par la mort.

Dans l’ombre du Village de Jérôme Zonder, Maman et Papa (2010) – Le Lieu Unique – Nantes

Un monde d’horreur dont essaient de nous prévenir notre mère et notre père en nous racontant des histoires. Les contes de Perrault, dont est inspiré le Bois (G), sont pleins de messages subliminaux propres à nous signaler que le loup rôde. Des images nourrissant notre inconscient pour nous faire reconnaître le danger… Jérôme Zonder souhaite que ses dessins soient ainsi : une prise de conscience nécessaire à chaque jour tant que les dangers nous guetterons. 

Laure, Le Mans, 12 avril au 2 mai 2014.

« Je fais entrer tous les niveaux de narration qui nous ont déterminés, tous les registres qui sont des continuations de l’univers monstrueux qu’on trouve depuis le Moyen Âge, pour balader le spectateur entre toutes ces strates qui rendent compte d’univers physiques et mentaux » Jérôme Zonder

Vidéo : « Jérôme Zonder, dessinateur » pour L’Art & la Manière  (Un film de Joëlle Oosterlinck diffusé le dimanche 29 mai 2011 à 13h / Arte) 

Plan qu’une médiatrice nous a tendu à l’entrée, le chemin à suivre y est indiqué…

Plan qu’une médiatrice nous a tendu à l’entrée, le chemin à suivre y est indiqué…

En lien : Jérôme Zonder sur le site du Lieu Unique / Jérôme Zonder sur le site de la galerie Eva Hober / « La Belle peinture est derrière nous » 16 mars au 13 mai 2013 – Le Lieu Unique, Nantes /  Les enfants du Paradis, exposition sur le site de La Cinémathèque française

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Grâce et disgrâce de l’adolescence

Temps de Pose, Exposition organisée par le réseau Marseille expos à la Galerie du 5ème : photographies de la Collection du Château d’Eau de Toulouse. Commissaires : Soraya Amrane et Jean-Marc Lacabe.

Vitrine des Galeries Lafayette annonçant l'exposition" Temps de Pose" avec la photographie de Gilbert Garcin "La Persévérance". © A.L.Picca 2014

Vitrine des Galeries Lafayette annonçant l’exposition » Temps de Pose » avec la photographie de Gilbert Garcin « La Persévérance ». © A.L.Picca 2014

Décidément la photo est à l’honneur à Marseille, déjà cet été avec l’exposition « Des images comme des oiseaux » ou actuellement avec «  Asco & Friends  » à la Friche Belle de Mai. De plus, pas une exposition de groupe sans son lot de photographies comme en témoigne « Visages/Picasso, Magritte, Warhol » au centre de la Vieille Charité, sans oublier deux lieux qui lui sont entièrement dédiés, les galeries Detaille et Vol de Nuit. Ce médium est maintenant incontournable et s’est hissé au rang d’art à part entière. Images documentaires, images poétiques, de mode, détournées, il semblerait que la photographie réponde à un écho intérieur, et corresponde à la sensibilité de notre époque. Peut-être est-ce ce rapport direct au réel, ce miroir tendu, qui nous dégage des malentendus de l’interprétation, et pourtant leur charge émotionnel et la diversité des regards des artistes nous questionnent bien souvent….

Ainsi Temps de Pose est une nouvelle exposition consacrée à la photographie, elle balaie un siècle de son histoire, de 1900, avec l’autoportrait d’Emile Zola, jusqu’à 2009. Je n’insisterai pas sur la scénographie bien pensée : 7 grands panneaux sur lesquels sont assemblées des œuvres sautant du passé au présent, du N&B à la couleur, de l’image-reportage à l’image artistique, de l’instantané à la mise en scène, une mosaïque de sujets dont les rapprochements font sens et sont souvent jubilatoires.

Exposition "Temps de Pose" à la Galerie du 5ème. Vue d'un fragment de panneau: Claude NORI "Naples" 1982 et Clara GUTSCHE "Collège Mont Sacré Cœur, Granby" 1995. © A.L.Picca 2014.

Exposition « Temps de Pose » à la Galerie du 5ème. Vue d’un fragment de panneau: Claude NORI « Naples » 1982 et Clara GUTSCHE « Collège Mont Sacré Cœur, Granby » 1995. © A.L.Picca 2014.

Médiatrice et visiteurs devant un  panneau avec les photos de Olivier Metzger, Dorothée Smith, André Mérian et Aglaé Bory. © A.L.Picca 2014.

Médiatrice et visiteurs devant un panneau avec les photos de Olivier Metzger, Dorothée Smith, André Mérian et Aglaé Bory. © A.L.Picca 2014.

Car mon regard aura été fasciné par le thème récurrent de l’adolescence. Et ce soir-là de charmants inconnus furent des modèles évanescents et involontaires le temps de quelques photos, sans temps de pause. Par la grâce d’un regard, d’un mouvement ils ont intensifié des images et ouvert un dialogue inattendu.

Visiteurs devant les photographies de Beth Yarnelle Edwards, 2003 , Olivier Metzger, 2008 et Laura Henno, 2007. Photomontage © A.L.Picca

Visiteurs devant les photographies de Beth Yarnelle Edwards, 2003 , Olivier Metzger, 2008 et Laura Henno, 2007. Photomontage © A.L.Picca

… Mais que signifie réellement temps de pose ? Selon la source Wikipédia : En photographie le temps de pose ou durée d’exposition, ou encore vitesse d’obturation, est l’intervalle de temps pendant lequel l’obturateur de l’appareil photo laisse passer la lumière lors d’une prise de vue, et donc la durée de l’exposition de la pellicule photographique ou, dans le cas d’un appareil numérique, du capteur. Il s’agit donc d’imprégner une pellicule, comme un souvenir imprime notre mémoire et peu importe alors la durée… de brefs moments habitent parfois plus violemment notre être qu’une longue période de vie. Ainsi Henri Cartier-Bresson souhaitait capté l’instant décisif mais d’autres photographes à l’inverse rallonge cette durée, parfois sur plusieurs mois, afin d’immortaliser une période et ses transformations. C’est le challenge opéré par le munichois Michael Wasely lorsqu’il est invité par exemple, en 2001, à photographier les trois ans de travaux de reconstruction du MOMA à New York. D’autres effets qui sont à chaque fois au service d’une pensée originale, d’une démarche artistique, d’une expression personnelle.

Mais revenons « A la folle jeunesse » comme l’écrivait Karen Blixen dans La Ferme Africaine. Car il s’agit bien ici de folie, non pas au sens de maladie, quoique, mais alors ce serait une métaphore. La métaphore d’un esprit dans un corps qui s’éveille à l’inconnu, qui a soif mais ne sait pas de quoi, qui veut être libre mais ne sait pas comment, qui s’oppose, gesticule, tente et retente, cogne et souvent contre des murs, repousse des limites, crache sur l’autorité, harangue sa famille, se constitue en bande et se sent pourtant si seul et incompris… Grâce et disgrâce d’une adolescence qui se cherche ! Elle est si peu sûre d’elle et pourtant si touchante dans sa fragilité, elle se sent moche et elle est pourtant si belle dans sa fraîcheur, elle a peur et son agressivité nous déstabilise… Une mélancolie m’habite et me ramène régulièrement à cette époque de tous les possibles et de tous les enfers, et qu’en ai-je fait ? Me ramène, comme la vague sur la rive, au seuil de la compréhension du monde. Une époque où le plus important était l’amour de l’Amour, où l’on voulait aller si haut et si vite… avec des ailes de pacotille et comme Icare se brûler et tomber. Car il faut apprendre avant de savoir, il faut grandir avant d’être grand … et durant la chute finalement commencer à devenir un homme, apprendre l’humanité, comprendre la faiblesse et la fragilité, ressentir la compassion, pour soi et pour les autres, si possible. Et puis se relever, et puisqu’on n’est pas mort, renaître…à soi-même.

De gauche à droite et de haut en bas: Gabriel Jones "Remembering, 2004 in Série Somewhere on time" 2004, Caroline Chevalier "Laurie, Nimes, 2006, série Frail héroïnes", Denis Darzacq "Hyper N°20, série Hyper" 2007-2009, Dorothée Smith "Série Löyly" 2009 . Photomontage © A.L.Picca

De gauche à droite et de haut en bas: Gabriel Jones « Remembering, 2004 in Série Somewhere on time » 2004, Caroline Chevalier « Laurie, Nimes, 2006, série Frail héroïnes », Denis Darzacq « Hyper N°20, série Hyper » 2007-2009, Dorothée Smith « Série Löyly » 2009 . Photomontage © A.L.Picca

 

Une exposition à voir jusqu’au 3 mai 2014…

Agnès, avril 2014.

Remerciements à la médiatrice A.Roullier pour sa visite commentée très enrichissante.

Les photographies d’H. Cartier-Bresson sont à découvrir au centre Pompidou jusqu’au 9 juin : http://www.lemonde.fr/culture/portfolio/2014/02/14/henri-cartier-bresson-s-expose-au-centre-pompidou_4355859_3246.html

Les liens de l’article :

http://www.ourageis13.com/feature/un-temps-de-pose-long-de-2-ans-le-travail-de-michael-wesely/

http://www.galeriechateaudeau.org/web/

 http://www.marseilleexpos.com/

http://www.galerieslafayette.com/magasin-marseille-st-ferreol/temps-de-pose/

 

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Visages de l’intimité : Nan Goldin à la Vieille Charité/ Marseille

Visages- Picasso, Magritte, Warhol… Une exposition organisée par le Ville de Marseille/ Centre de la Vieille Charité et la RMN (Réunion des Musées Nationaux, Grand Palais) jusqu’au 22 juin 2014.

Affiche annonçant l'exposition "Visages", reproduction de Pablo Picasso "Femme au miroir" 1959, Fondation Jean et Suzanne Planque, en dépôt au musée Granet. © A.L.Picca 2014

Affiche annonçant l’exposition « Visages », reproduction du tableau de Pablo Picasso « Femme au miroir » 1959, Fondation Jean et Suzanne Planque, en dépôt au musée Granet. © A.L.Picca 2014

« Visages » pourquoi ce titre ? Pourquoi ne pas avoir choisi « Portraits » ? Christine Poullain, directrice des Musées de Marseille et commissaire de l’exposition, s’en explique au cours d’un entretien donné au journal Zibeline : le portrait est un terme trop traditionnel, trop restrictif, qui est une référence directe à l’histoire des genres en peinture (longtemps le genre majeur resta la peinture d’Histoire). Or la commissaire souhaite élargir le sens, l’ouvrir à la métaphore, que le spectateur puisse appréhender le titre de l’exposition et ses 3 thèmes sans ambiguïté : que le terme « visage » puisse être aussi celui d’une société, de l’intime, du rêve et de l’inconscient. Avec 150 œuvres et 90 artistes qui traversent les XXème et XXIème siècles c’est le pari, tenu, de cette exposition.

Exposition "Visages, Picasso, Magritte, Warhol" annoncée dans la cour intérieure de la Vieille Charité. © A.L.Picca

Exposition « Visages, Picasso, Magritte, Warhol » annoncée dans la cour intérieure de la Vieille Charité. © A.L.Picca

D’ailleurs, lorsque nous nous y rendons, nous sommes rapidement séduites par la qualité des œuvres exposées, par les rapprochements et les liens qui se tissent entre elles grâce à une scénographie pensée, non pas tant au niveau de la forme qu’au niveau des messages sous-tendus. Car si les artistes se dégagent des codes de représentation du passé, ils expriment d’abord et aussi tous les bouleversements de leur époque avec les techniques de leur époque. C’est ainsi que nous sommes happées par un tourbillon de sens et de symboles que nous tentons de décoder sur le vif. Un jeu qui nous tient en haleine tout au long des longues salles dédiées aux expositions temporaires jusqu’à La Chapelle Puget, le joyau du lieu. Cependant le challenge est clair : un artiste/ un article, pour chacune de nous trois. Et le choix n’est pas si difficile finalement.

"Visages de l'Intimité" annoncés par la reproduction d'une photographie de Nan Goldin, dans la cour intérieure de la Vieille Charité. Photomontage © A.L.Picca 2014.

« Visages de l’Intimité » annoncés par la reproduction d’une photographie de Nan Goldin, dans la cour intérieure de la Vieille Charité. Photomontage © A.L.Picca 2014.

Nous avons laissé derrière nous Visages de la Société, ses gueules cassées, ses graffitis, ses icônes glamour (non exhaustif) pour arriver à Visages de l’Intimité. Je sais ce que j’y cherche, nous avons lu le dossier de presse et c’est dans cette partie que se trouvent les photographies de Nan Goldin. Nous la connaissons, nous l’avons réellement découverte à la Collection Lambert il y a quelques temps déjà. Y était présenté son slide show All By Myself (Toute Seule) de 1953-1995/1993-98, composé de 83 diapositives et accompagné par la chanson du même titre interprétée par Eartha Kitt (à écouter pour verser une larme avec la chanteuse devenue une égérie du milieu homosexuel, Magnifique !). Cette installation visuelle et sonore retrace sa vie avec ses amis, des marginaux, des drogués, des gays et où régnait une liberté sexuelle finalement délétère. Cependant ils formaient une communauté fraternelle « Nous sommes liés non par le sang ou un lieu, mais par une morale semblable, le besoin de vivre une vie pleine et pour l’instant présent, une incrédulité dans le futur, un respect similaire de l’honnêteté, un besoin de repousser les limites et une histoire commune » Nan Goldin. Le titre de cette œuvre, qui nous avait bouleversées, ne laisse aucun doute sur les sentiments de l’artiste car après avoir vécu le suicide de sa sœur à peine âgée de 18 ans, c’est au Sida et à son long cortège de morts que Nan Goldin doit faire face. Et sans doute que le futur prend alors du sens car ses travaux deviennent moins crus, plus tendres… L’autoportrait ici, à la Vieille Charité est tiré de ce slide show, Self-portrait on the train de 1992.

Nan Goldin "Self-portrait on the train" 1992, photographie cibachrome 76x100cm, Bordeaux musée d'Art Contemporain.

Nan Goldin « Self-portrait on the train » 1992, photographie cibachrome 76x100cm, Bordeaux musée d’Art Contemporain.

On reconnaît les couleurs saturées, les lumières si particulières et le cadrage déroutant. C’est-à-dire que l’artiste met à mal les règles photographiques, et dans le cas présent le menton est coupé et le paysage est flou. Mais il faut chercher ailleurs et laisser son regard être aimanté par ce profil si net et à la chevelure flamboyante, le laisser se perdre pour devenir ce regard hypnotique et comme tourné vers l’intérieur, le laisser traverser la vitre pour se fondre dans le paysage qui défile, si vert et en contraste absolu avec le premier plan : le temps qui passe et le temps suspendu, le vert de la nature immuable et le rouge sang de la chevelure et de la bouche, la vie sans cesse renouvelée et le drame… Et comprendre que la technique photographique est au service d’une expression personnelle, intime et à laquelle nous sommes conviés. Et c’est ce qui m’avait tant touchée alors, à la Collection Lambert, cette manière si simple, si spontanée et sans doute que Nan Goldin a le génie de l’instant, d’exprimer des sentiments profonds et d’y mêler le pathos et la dramatisation sans jamais tomber dans la mièvrerie. Car si la création de la peinture, selon Alberti théoricien et humaniste italien de la Renaissance, est rapportée de la vision de Narcisse se contemplant dans son miroir, et donc est une référence directe à l’autoportrait, nous sommes loin ici de Narcisse se noyant dans sa propre image. Et en effet Nan Goldin, comme d’autres artistes Gina Payne, Orlan, Georges Bataille en littérature et pour ne citer qu’eux, qui ont fait de leur corps et de leur âme leur champ d’expérimentation, ont un engagement tel qu’ils brisent le miroir et que le personnel rejoint le collectif. Avec son œuvre Nan Goldin nous livre un journal intime qui s’apparente à une étude sociologique sensible, elle y retranscrit la vie des exclus (ou qui se sont exclus) de l’American Way of Life et le prix qu’ils ont dû payer pour cette liberté insouciante, ils étaient si jeunes : le mal être et la mort, trop souvent. Dans la salle Visages de l’Esprit une photographie de Robert Mapplethorpe me rappelle que lui aussi a succombé au Sida et de sa différence…

Robert Mapplethorpe "Self-portrait" 1980.

Robert Mapplethorpe « Self-portrait » 1980.

Chacun à leur manière et au travers de leur intimité, ils auront dessiné le visage d’une époque turbulente, celles des années soixante-dix et quatre-vingt, traversées par les drogues, la contestation, et une maladie qui aura peuplé de fantômes leur univers. Nan Goldin, elle, poursuit sa recherche photographique, quant à Robert Mapplethorpe, le Grand Palais lui rend hommage, avec une rétrospective qui dure jusqu’au 13 juillet. Entre mélancolie et nostalgie le Visage de l’Intimité touche au cœur…

Agnès, avril 2014.

A écouter également, une interview de Patti Smith, grande amie de Robert Mapplethorpe, devant les photos de l’artiste au grand Palais:

http://www.telerama.fr/scenes/video-patti-smith-nous-fait-visiter-l-exposition-robert-mapplethorpe,110415.php

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De la Poésie à voir et à entendre : « Open poème en sept courts » de Florence Pazzottu

             Parfois il y a quelque rencontre qui nous ramène à la beauté des mots. Et au pouvoir qu’ils nous donnent à mieux imaginer ou percevoir. Or, quand les mots s’accompagnent d’images pour former des « poèmes vidéo », ce pouvoir est accru. Parole et visuel se rejoignent et nos yeux bercés par la voix de la poète Florence Pazzottu  nous entraînent vers l’univers métaphorique de l’Art Poétique.
Un Art majeur certes, mais si marginal aujourd’hui, perdu dans la masse d’une littérature dominée par la rentabilité immédiate. Il faut prendre le temps de lire les poèmes, de se laisser porter par les sons, les sens et les sensations. Il faut lire les poèmes comme des espaces de liberté intimes. Il faut les entendre aussi et les regarder.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille, co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,
co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

     C’est ce que propose l’exposition Open poème en sept courts, une installation de sept poèmes vidéo conçus par l’artiste à la Galerie la Traverse de Marseille. Sept dispositifs originaux comme sept lancers de balle qui me baladent d’une impression à l’autre, où mon regard et mon écoute se superposent, se croisent, s’éloignent et se mêlent au gré des sentiments suscités. Comme des poèmes–objets, les œuvres de Florence Pazzottu donnent à mon imaginaire une forme visible qui loin de le brider lui permet une expérience unique. Sept moments, symboliques de ce qui rythme notre vie, sept espaces où s’articulent et se répondent propos et images autour du désir et de l’amour, sept émotions qui me saisissent dans un langage renouvelé.

Open poème en sept courts : «  La cabine dialectique », « Noli me tangere », « Faire le trou : trois jeux à zéro », « Il n’y a pas de programme- poème » Co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts : « La cabine dialectique », « Noli me tangere », « Faire le trou : trois jeux à zéro », « Il n’y a pas de programme- poème » Co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Je partage la première étape de mon voyage poétique avec mon amie Agnès dans la cabine dialectique. Derrière les panneaux élégamment ornés de calligrammes, la voix de Florence accompagnée d’images de Venise questionne l’amour, le désir. Nous poursuivons notre aventure devant Open Poème pour nous laisser étourdir par le verbe et le geste. Puis, curieuse de ce qu’il y a derrière le trou de serrure d’une boîte en bois vernis, je me retrouve seule à regarder d’un œil intrigué et à entendre dans Faire le trou : trois jeux à zéro que «la voie obstinée de l’essentiel passe par trois». Je continue à déambuler d’une vidéo-projection à l’autre, d’un « court » à l’autre. Après m’être évadée et retrouvée dans les paysages lumineux qui éclairent les vers syncopés du Blason du torse d’homme, je traverse grâce à deux petits écrans jumeaux des tunnels et comme une litanie j’écoute l’artiste répéter inlassablement dans S’il naît poème qu’ « il n’y a pas de poème sans saut, pas de programme-poème ». Impatiente d’apercevoir ce que montre une longue-vue, je suis touchée quand enfin au bout de la lunette ronde se dévoile le visage de la poète qui aussi délicate que l’oiseau à qui elle semble se confier prononce les mots de Noli me tangere, une Amante à la grive blessée. De ce touchant « auto-portrait » au dernier poème vidéo, Le triangle mérite son sommet, un grand envol de l’intime introspection à l’engagement de l’artiste. Florence Pazzottu ne se contente pas d’exprimer, elle nous interpelle avec douceur pour mieux nous faire percevoir la force de son discours politique. Et dans le mouvement continu des images évoquant Marseille 2013, c’est justement le ton monocorde mais assuré de l’artiste qui nous fait soudain percevoir le sens des mots. Le pouvoir se joue, se moque de nous, certes, mais il ne peut faire taire ceux qui, comme la poète, lui rappelle que l’Art est le meilleur moyen de le contrer.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,  co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

Open poème en sept courts, exposition de Florence Pazzottu à la Galerie la Traverse, Marseille,
co-production Alt(r)a Voce et Grains de lumière.

             « La poésie est un cri, mais c’est un cri habillé » a dit Max Jacob, et les œuvres de la poète marseillaise, donnent à leur tour un sens à cette citation. Cri émotion ou cri indignation, en tout cas, chez Florence Pazzottu, un cri qui nous donne à voir et à entendre la « force affirmative de la conjonction possible du désir et de l’amour ».

                  Sylvie,  avril 2014

Open poème en sept courts, Florence Pazzottu
Jusqu’au 12 avril
Espace galerie La Traverse, Marseille 2e
Ateliers de l’image – Grains de Lumière
04 91 90 46 76

 

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Visages d’Andy Warhol… à la Vieille Charité / Marseille

Visages – Picasso, Magritte, Warhol …

Au Centre de la Vieille Charité du 21 février au 22 juin 2014 (Cette exposition est organisée par la Ville de Marseille /Centre de la Vieille Charité, Marseille et la Réunion des Musées Nationaux Grand Palais)

Visages - Picasso, Magritte, Warhol ...  Au Centre de la Vieille Charité / Marseille 2014

Visages – Picasso, Magritte, Warhol … Au Centre de la Vieille Charité / Marseille 2014

28 février 2014, Agnès, Sylvie et moi commençons la visite d’une nouvelle exposition « Visages – Picasso, Magritte, Warhol … »  de la Réunion des Musées Nationaux et des Musées de Marseille à la Vieille Charité, une icône architecturale de notre métropole. Comme pour « Le Grand Atelier du Midi », c’est un événement ! Nous avons pour « consigne : un tableau, un petit texte exprimant notre coup de cœur ». Cette fois-ci, nous nous sommes préparées, nous avons lu le dossier de presse, nous savons que quatre-vingt-dix-sept artistes et cent cinquante œuvres sont réparties en Visages de la Société, Visages de l’Intimité, Visages de l’Esprit. VOIR et RÉFLÉCHIR sont au rendez-vous. Avant de pénétrer les longues salles joliment scénographiées par des diagonales, je sais que je vais parler d’Andy Warhol. Je transgresse la règle, un artiste plutôt qu’une œuvre, sans doute encore à l’esprit son célèbre visage vu dans « Des Images comme des oiseaux ». C’est pour moi l’artiste qui a compris et nous a transmis très tôt une réflexion sur l’industrialisation des images, qui n’en était qu’à ses prémices dans les années 1950…  et qui est maintenant omniprésente de nos téléviseurs, d’Internet à nos Smartphones, de nos centres urbains à nos zones commerciales et industrielles. C’est pendant ces années que naît en Angleterre (Indépendant Groupe) et aux Etats-Unis le Pop Art, un terme pour deux mouvements ayant en commun la culture américaine (publicité, presse, bandes dessinées, cinéma, télévision, technologies,…).

Visages - Picasso, Magritte, Warhol ... Au Centre de la Vieille Charité / Marseille 2014

Visages – Picasso, Magritte, Warhol … Au Centre de la Vieille Charité / Marseille 2014

« Ce qui marque le pop, c’est avant tout l’usage qu’il fait de ce qui est méprisé […] et on insiste sur les moyens les plus pratiques, les moins esthétiques, les plus beuglants des aspects de la publicité. C’est ça la chose la plus pop […] plus on s’en éloigne, plus on s’éloigne du pop. » Roy Lichtenstein

 De la People Factory à la Presse People

Comment les Mass-Médias fabriquent des symboles ? Comment ces icônes, ces portraits de personnalités politiques, cinématographiques… deviennent des Visages de la Société ?… de notre société d’hyper consommation…

Jackie (1964) d’Andy WARHOL (Encre sérigraphique et acrylique sur toile - 50, 8 x 40,6 cm - Musée de Grenoble  © musée de Grenoble/ The Andy Warhol Foundation for the visual arts inc. / Adagp, Paris 2014)

Jackie (1964) d’Andy WARHOL (Encre sérigraphique et acrylique sur toile – 50, 8 x 40,6 cm – Musée de Grenoble © musée de Grenoble/ The Andy Warhol Foundation for the visual arts inc. / Adagp, Paris 2014)

Les années 50 constituent une période d’apprentissage et de découverte pour Andy Warhol, entre créateur publicitaire et voyage autour du monde. A la fin des années 50, il installera sa Silver Factory dans un grand loft de New York, espace d’émulation artistique collective. En 1962, à travers la série Soupe Can Campbell, il valorise la production de masse et esthétise un produit de grande consommation, il révèle et expose le dynamisme de La Culture et de l’Histoire américaines, loin de celles du Vieux Continent Européen et de la Seconde Guerre Mondiale. Les Etats-Unis affirment plus que jamais leurs valeurs de conquête des vastes espaces, d’espoir et de foi dans le futur rayonnant de l’Américan Way of Life, et leur confiance dans les progrès de la science, de la technologie, de la croissance économique et des libertés sociales… Cette liberté tant recherchée dans l’égalité entre les hommes… et les femmes,… dans la vitesse des Harley-Davidson et des Aston Martin, dans la musique rock, soul et pop, dans l’usage abusif de la pharmacopée et des drogues… Les sixties sont les années « Sex, Drugs and Rock’n’roll », Andy Warhol et les membres de la Factory s’immergent dans une fête créative frénétique et incessante, où de multiples composés chimiques, Cannabis, Exctasy, LSD… sont utilisés pour libérer l’esprit et le corps de leurs limites. Les sérigraphies produites et vendues à la chaine permettent la réalisation de films… Les séries de portraits de célébrités ont permis à Andy Warhol de faire, entre autre, des portraits filmés d’artistes de la scène New-Yorkaise. De la côte Ouest à la côte Est, entre Los Angeles et New York, un va-et-vient s’opère entre sa fascination des célébrités Hollywoodiennes et la mise en lumière de l’avant-garde de Greenwich Village ; représentant comme une alternative… Les personnalités politiques ne sont pas oubliées, les séries de Jackie et de Mao marquent des moments historiques. Ces deux Visages côte à côte sur les murs de la Vieille Charité, m’ont plu car ils présentent des personnalités souriantes, pleines d’espoir. Ces portraits sont symboliques de leur Société et de l’espoir de deux nations, l’une capitaliste, l’autre communiste, envers un horizon florissant. Une naïve insouciance sans limite rappelée à la réalité par la violence, les drames individuels ou collectifs… Entre la série Jackie (1964 / Assassinat de John F. Kennedy 22 novembre 1963) et celle de Mao (1972-1974 / Fin de la guerre du Vietnam / La Détente / Visite de Nixon en Chine), Andy Warhol échappe de justesse à la mort le 3 juin 1968. Valerie Solanas lui tire dessus, la balle traverse le poumon, la rate, l’estomac, le foie et l’œsophage. Il aura des séquelles jusqu’à la fin de sa vie (22 février 1987). Robert F. Kennedy est assassiné le 5 juin 1968 à Los Angeles. L’interaction entre le quotidien et l’actualité de l’Art, de la Culture, des sciences, des technologies,  des événements,  des nations et du monde… et la vie et l’œuvre d’Andy est particulièrement bien représentée par The Warhol’s TimeWeb .

Mao (1973) d’Andy Warhol (1928 - 1987) (Mine graphite sur papier - 92 x 92,5 cm - Inscriptions : Signé et daté au revers : Andy Warhol 73 - Acquisition de l'Etat, 1974. Attribution/Source au Musée national d'art moderne / Centre de création industrielle - © (diffusion RMN) 
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris)

Mao (1973) d’Andy Warhol (1928 – 1987) (Mine graphite sur papier – 92 x 92,5 cm – Inscriptions : Signé et daté au revers : Andy Warhol 73 – Acquisition de l’Etat, 1974. Attribution/Source au Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle – © (diffusion RMN) 
© The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Adagp, Paris)

« Comme [Oscar] Wilde dans Dorian Gray, Andy Warhol est obsédé par le portrait en temps qu’image composite de son temps – dessinée, peinte, sérigraphiée, photographiée, enregistrée sur magnétophone puis transcrite, filmée sur pellicule ou vidéo. Cette passion fut une histoire d’écrans, de la sérigraphie (silkscreen) à la télévision (TV. screen), passion évoquée par Alan Jones au travers de l’interview [à propos d’Andy Warhol’s  T.V. & Andy Warhol’s Fifteen Minutes] qui suit : — Comment définiriez-vous la télévision ? Oh, c’est simplement de l’imprimé mobile. — Que pourrons-nous voir dans votre émission ? Des designers, des acteurs, des visages nouveaux. » (Andy Warhol L’imprimé mobile de la télévision par Alan Jones, Art Press 199, février 1995)

De l’artiste qui prend des Visages de la Société à « L’artiste qui se prend pour un paparazzi »

Paparazzi ! Photographes, stars et artistes

Exposition du  Centre Pompidou-Metz (26 février au 9 juin 2014)

Bush with Rubik's Cube d'Alison Jackson (Epreuve jet d’encre, 30 /42 cm - 2005) Collection Alison Jackson © Alison Jackson

Bush with Rubik’s Cube d’Alison Jackson (Epreuve jet d’encre, 30 /42 cm – 2005) Collection Alison Jackson © Alison Jackson

A l’autre bout de la France, « Paparazzi ! Photographes, stars et artistes » est une exposition qui interroge,  elle aussi, ces questions de l’image photographique et de la représentation sociale. Que valorisons nous, quels photographes et quels artistes, quelles images et quelles œuvres, quelles personnes et quelles personnalités ? Le Temps et l’Histoire révèlent les uns comme ils font disparaitre les autres… Dans le prolongement de la démarche d’Andy Warhol, Alison Jackson aborde une réflexion complexe sur les médias anglo-saxons, la Presse People notamment. Au travers de simulacres, ses œuvres sont des mises en scène de célébrités, leur intimité semble nous être révélée. Ces créations vont bien au-delà de ce que dévoilent les médias. Un jusqu’au-boutisme pour en montrer l’absurdité et en dénoncer les abus, peut-être. Une démarche très intéressante expliquée par elle-même dans la vidéo ci-dessous, lors de la conférence internationale TEDGlobal 2005.

Andy Warhol, Alison Jackson, comme d’autres artistes, « mette[nt] en scène l’atmosphère morbide qui imprègne sourdement tous les aspects de la culture de masse. « Une forêt de signes » [Moca-1989] est une exposition réussie chaque fois que les œuvres s’attachent à ce trait bizarre et déstabilisant de la vie contemporaine, manifestant alors tant sa fourberie insidieuse que la beauté indéniable des formes de la culture de masse. » Christopher Knight, critique d’art du Los Angeles Herald Examiner (traduit par Brice Matthieussent, Art et Langage des médias à Los Angeles, Art Press 138, Juil Août 89).  

Laure, Marseille, 22/28 mars 2014.

Le regard d’Alison Jackson sur la célébrité

FILMED JUL 2005 • POSTED JAN 2008 • TEDGlobal 2005 / TALKS

 « En créant des photographies qui semblent montrer nos people préférés (Diana, Elton John) faire, ce que nous souhaitons, réellement, secrètement, les voir faire, Alison Jackson explore notre désir d’être intime avec des people. La présentation contient des images qui peuvent choquer. » (Texte de l’ancienne version du site – Translated into French by eric vautier )

A voir : Andy Warhol’s Factory People (Un film documentaire de Yves Billon – 2007 – France – 52 minutes – 3 épisodes : 1/ Bienvenue à la Silver Factory – 2/ Sex, drugs and rock’n’roll – 3/ Survivre aux jours qui passent)

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Le Tour de Régis Perray en 80 Phrases

Un petit hommage à un nantais en reprenant le titre célèbre d’un illustre prédécesseur  : Jules Verne…

(1 à 3) : Portraits de Régis Perray (Cliquer pour agrandir les galeries de photos & phrases !)

(4) Une relation entre un artiste, un galeriste et un espace commencée en 2011.

(5) Lors de l’inauguration du lieu le 2 septembre, il était venu nous chercher.

(6 à 9) « 2 septembre 2011, Inauguration de la Galerie Gourvennec Ogor » exposition du 3 septembre au 22 octobre 2011

(10) Depuis nous le suivons, d’une exposition à l’autre, d’une communication sur son site aux partages sur les réseaux sociaux…

(11 à 20) 22 (vernissage) et 27 mars 2012, « Les Bouts du Monde » de Régis Perray, exposition à la Galerie Gourvennec Ogor  (23 mars au 19 mai 2012)

(21 à 24) A parcourir les 14 mètres de ce mur, le visiteur va et vient du Mur des Sols de la Galerie aux Bouts du Monde collectionnés. Constitué comme un « Manifeste » par Régis Perray, ces pages de revues, de journaux, ces cartes postales… accumulées, ces références iconographiques enregistrées, classées, me font penser à André Malraux et son Musée Imaginaire (1947). Entre l’Atlas de Mnémosyne d’Aby Warburg et Une sédimentation de l’esprit : Earth Projects de Robert Smithson (1968), Régis Perray travaille aux inter-tisses de l’iconographie et du LandArt. S’inscrivant dans le courant des années 60 /70 et se servant des acquis de l’iconologie pour mettre en avant des gestes, des actions du quotidien comme «  ASTIQUER. Aimer pour faire briller. » ( Les Mots Propres 2006). 

(25) Rebelote ! Pour le Printemps de l’Art Contemporain organisé par Marseille-Expos.

(26 à 35) 17 mai 2012, « Les Bouts du Monde » de Régis Perray, exposition à la Galerie Gourvennec Ogor  (23 mars au 19 mai 2012), Lors du Printemps de l’Art Contemporain, par Marseille-Expos.

(36 à 49) Ce n’est pas par narcissisme mais pour souligner le fond, par opposition, par analogie, ou par distanciation… il met en lumière une intervention, ici l’absence d’événement. Ce qui n’est pas le cas lors de ce Printemps de l’Art Contemporain, j’ai discuté la veille avec Hou Hanru, critique, au colloque « L’art contemporain : une industrie culturelle ? » (Palais de la Bourse). Il y avait parlé de la Biennale d’Istanbul (curator, 2007) et d’une vision globale de l’art contemporain, en comparaison avec celle de Venise plus centrée et limitée sur un marché de l’art contemporain occidental. Moi, qui avait été sensible à ses propos, lui avait parlé de mon incompréhension vis à vis du manque de reconnaissance d’une exposition pour moi emblématique « Les Magiciens de la Terre » (1989). Il avait effectivement échangé à ce sujet avec Jean-Hubert Martin. Régis me parle de sa rencontre avec Hanru Hou, un moment particulier pour lui comme pour moi. Je ne suis pas étonnée que ce commissaire d’exposition internationale connaisse son travail. Le Mur des Sols (1995-2012, détail), un Mur-Monde qui me rappelle évidemment l’esprit des Magiciens de la TerreAccaparer une vision plus globale du monde, doit-elle se faire peut-être peu à peu ? Comme le lent parcours des uns et des autres du Mur des Sols, avec une attention bienveillante, une curiosité en éveil et ouverte. J’espère un jour voir les 40 mètres de cette œuvre… l’ensemble de cette collection assemblée sur un seul mur et pouvoir prendre Régis au centre de cet univers de Sols travaillés. Régis Perray continue ses Actions depuis 1995, il parcourt la Terre avec son balai, La balade du balai (Extrait – Kinshasa, République Démocratique du Congo – 2004), Carnet de bord d’un éboueur (2012),… ou avec son tractopelle, ou son camion miniature. Comme avec cette Action Transatlantique à l’initiative de l’Observatoire du Land Art, « Michael Heizer 340t-Rédis Perray 340g » (Nantes – Février/Mars 2012), une continuité s’établit entre un artiste fondateur et un jeune artiste. 340 grammes déplacées … during Levitated Mass (1969-2012) by Michael Heizer marque une connexion dans un processus, qui marque sa différence avec les œuvres uniques, finies et limitées dans l’espace et le temps. Dans le documentaire « L’attitude de l’artiste » (Rts.ch – 1969), Joseph Beuys, Keith Sonnier, Laurence Weiner, Michael Heizer… évoquent, au cours de l’installation de l’exposition «Quand les attitudes deviennent formes» (Kunsthalle – Berne – 1969), leur processus. Un processus que Régis Perray ré-actualise à Marseille en février 2014. 

« « L’espace moteur aurait autant de dimensions que nous avons de muscles » : cette affirmation de Poincaré dans La Science et l’Hypothèse est la marque de distinction la plus claire entre les deux sortes d’espace qu’il envisage : l’espace géométrique et l’espace représentatif . »

Un point translaté donne un segment (Ligne 1D), un segment translaté donne un Carré (2D), un carré translaté donne un Cube (3D), un cube translaté donne un Tesseract(HyperCube, 4D), etc.(source Wikipédia Quatrième dimension)

Merci à Régis Perray pour s’être prêté à mes jeux visuels et pour son temps avant (où le calme n’est qu’apparent) et après le vernissage… 

(50 à 60) De l’espace physique au temporel, il n’y a qu’un pas, qu’un mouvement, celui de l’action. Celui qui s’attache aux gestes du quotidien, s’applique surtout à mettre en avant, ici, ceux de l’enfance. Comme dans ses portraits au balai, Régis repart sur les traces familiales du côté de Casson et du Petit-Mars. « Les Ponsées » est un néologisme composé de « les Pensées » et « Poncer », utiliser les subtilités du langage est une part de l’œuvre de Régis. Comme dans Les Mots Propres, où il donne des Majuscules à Balayer, Laver, Rincer, Astiquer… Peut-on penser alors que ce jeu consiste à Poncer Les Pensées ? Que peu à peu passer le papier sablé sur les toiles ou sur les papiers-peints consiste à en enlever la vivacité des couleurs, la vivacité des souvenirs ? Ou est-ce une volonté de montrer que le temps passe, qu’une distance s’opère avec la maison des grands-parents ou celle des parents ?… Les références régulières à leurs « Travails d’Ouvriers et de Paysans » sont un retour renouvelé sur l’histoire familiale. Deux ans après sa première exposition à Marseille, il renouvelle le Sol et les Murs de la galerie. Avec « Les Ponsées », Régis nous introduit encore plus dans son espace intime, l’intimité de l’intérieur d’une maison, qui peut-être aussi la nôtre ?

(61 à 75) 11/13/15 février 2014 (Installation, vernissage et entretien), « Les Ponsées », exposition de Régis Perray à la Galerie Gourvennec Ogor (13 février au 5 mai 2014)

(76 à 80) Des Sols que j’aimerais fouler au Monde que j’aimerais parcourir, de la chambre de notre enfance au séjour familial où nous n’avons que trop de souvenirs enfermés et repassés… Son monde me ramène au mien, forcément Nantes, les Beaux-Arts, dont j’ai foulé les quais, les pavés, les parquets… De Marseille à Nantes, d’un port à l’autre, du Petits-Mars à Locminé, d’une famille à l’autre, tant de références communes, les mêmes tapisseries et les mêmes tableaux aux murs, les mêmes carreaux au sol. Je parle à Régis de mes grands-parents morbihannais et de leurs entreprises de bâtiments, mon grand-père sur les chantiers et ma grand-mère dans sa droguerie, des catalogues de papiers-peints et des tableaux aux cadres dorés… et de ce Mur qui restait de leur maison en 1993.

A Anaïse, mon arrière-grand-mère avec sa petite robe noire et sa coiffe-blanche, je me souviens d’elle descendant le passage entre les murs de pierres humides recouvertes de lierre.  

1993, à l’emplacement de la maison de mes grands-parents Anne et René, à Locminé. Ils restent sur le mur de la maison voisine les tapisseries. Leurs lambeaux rappellent chaque pièce, la droguerie, le séjour et la cuisine, les sanitaires, puis au-dessus la grande chambre des parents, l’escalier, la chambre des filles Marie-Thérèse et Annie puis celle des garçons René et Claude..

Laure, Marseille, Février /Mars 2014.

En liens : http://www.regisperray.eu/ –  http://www.galeriego.com/ –  Galerie Gourvennec Ogor – Régis Perray : Les ponsées  (Vidéo/Youtube) – Les articles de Julie Crenn sur Régis Perray

La musique, que j’ai utilisée pour le fond sonore de la vidéo « Les 4 dimensions de Régis Perray », est « Orange Market » de Lars Danielsson, Tigran Hamasyan, Magnus Öström & John Parricelli ( Album Liberetto). La mélancolie joyeuse de ce morceau de jazz un peu classique m’évoquait le souvenir de l’enfance, celle des réunions familiales, celle que nous conservons précieusement comme une partie de notre être constructif. Même si la version du disque me paraît plus correspondre à l’émotion évoquée, en raison des revendications légitimes du droit d’auteur qui s’applique sur YouTube en Europe, j’ai effectué le montage avec la bande son « Lars Danielsson Trio – Orange Market [Jarasum Jazz] », vidéo de la chaine YouTube du Jarasum International Jazz Festival (2013. 10. 4 (Fri) Jazz Island, Jarasum Int’l Jazz Festival : Orange Market de Lars Danielsson Trio (« Liberetto » feat. Iiro Rantala & Wolfgang Haffner) : Lars Danielsson, Bass, Cello, Effects- Iiro Rantala, Piano – Wolfgang Haffner, Drums).  

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