Au Village Jérôme Zonder – Le Lieu Unique à Nantes

En ce mois d’avril, je n’ai qu’une envie : sortir de Marseille, prendre l’air et heureux hasard cette année fêter quelques anniversaires familiaux à Nantes… Entre désorientation et tournis, j’y découvre, après sa fameuse tradition des sens interdits, une fièvre des ronds-points. Une circulation alambiquée qui ne nous empêche pas d’atteindre l’élégante Tour LU…

11 avril 2014, direction Le Lieu Unique ... à Nantes

11 avril 2014, direction Le Lieu Unique … à Nantes

Visiter une exposition du Lieu Unique, avec ma maman est devenu incontournable. J’y apprécie le site, j’y retrouve un peu de La Friche Belle de Mai. Le charme des sites industriels investis par les Arts et la Culture, sans doute… Et puis la terrasse du café, avec ses tables basses et ses chaises longues au bord du canal ombragé, nous dépayse. L’ancienneusine Lefèvre-Utile est à l’origine aussi de ma « Madeleine de Proust », j’affectionnais les Petits-LU un peu trop grillés que ma grand-mère maternelle nous offrait dans leur sachet plastique, sans fioriture…

 Jérôme Zonder au Village

Le Lieu Unique à Nantes du 8 mars au 11 mai 2014

Exposition réalisée suite à une résidence de janvier à mars 2014 à l’invitation du Lieu Unique

Au Village Jérôme Zonder -  Le Lieu Unique à  Nantes - 11 avril 2014

Au Village Jérôme Zonder – Le Lieu Unique à Nantes – 11 avril 2014

Premiers pas dans le village de Jérôme Zonder. Suis-je devenue une enfant traversant le dessin en 3D d’un autre enfant ? Maisons, usines, arbres, soleil, nuages, prés et fleurs… sont dessinés, stylisés en noir sur fond blanc. Une simplicité… rassurante… ou plutôt… trompeuse… comme cette affiche « Marie 2013 » reprenant la couverture de Books (N° 38/ Déc. 2012), une jeune fille tient un révolver. Son regard poupin le fixe avec attention, « le désir de violence » s’y lit-il ?… Le village : un dessin à dessein. Une volonté de nous accompagner, de nous conduire avec tendresse vers un univers d’images cruelles, violentes, perverses, horribles, celles de la réalité de notre Monde, de notre Histoire… Les images que nous déversent jour après jour les actualités, les faits-divers… que nous absorbons jour après jour au travers des médias et des œuvres culturelles, aussi, de Jérôme Bosch à Walt Disney. Les citations y sont récurrentes… A l’entrée dans la maison de l’Artiste (A) — je suppose car son autoportrait est à coté de la porte — nous découvrons un concentré de son œuvre sur les murs comme dans un cabinet de curiosités. Là nous sommes en immersion, envahis par le côté trash des images. De beaux dessins classiques, à la mine de plomb et au fusain sur papier, nous assaillent d’images simples, nous pouvons les regarder de loin, et d’images complexes, les détails assemblés, recomposés, et structurés nécessitent que l’on s’approche, que l’on s’attarde. Est-ce que le noir et blanc évite le pathos ? Sans doute un peu, il permet détachement, distanciation, contrairement à la couleur. Est-ce ce que le noir et blanc dessine une réalité moins monstrueuse ?

 De la Maison A à la salle F du Village de Jérôme Zonder – Le Lieu Unique – Nantes

« PG : — Comment le public va-t-il réagir faces à certaines scènes ? JZ : — Il va réagir oui… Mais je ne veux pas le provoquer. Jamais. […] On m’a parfois attaqué sur la charge émotionnelle que procure mes dessins. Mais cela dépasse mon intention, il n’y a aucun cynisme de ma part quand je dessine. » (Interview de Jérôme Zonder  par Patrick Ginier, directeur du Lieu Unique, basée sur L’étrange questionnaire d’Eric Poindron)

Ici pas d’extase devant des œuvres esthétisantes mais une attention respectueuse et un peu admirative devant les sujets dessinés. Ce sentiment est partagé par quelques spectateurs… « Il a tout compris » dit un visiteur un peu aguerri à l’Art contemporain, sans doute un étudiant en Art, devant les « Jeu d’enfants » (E)… Comprendre ! Pour le public lambda, comme ma tante qui nous accompagne cette fois, c’est effectivement plus compliqué… Appréhender sans appréhension quand on se laisse surprendre, envahir par une certaine répugnance, c’est plus dur, les clés (il en faut bien quelques-unes) ne sont pas là. Maintenant, une médiatrice est présente pour l’aider, c’est elle qui détient quelques indices… Mais c’est moi qui discute avec elle, qui confirme mes premières impressions, mes premières lectures.

Du Village de Jérôme Zonder à la Forêt de Charles Perrault - Le Lieu Unique - Nantes

(G) – Du Village de Jérôme Zonder à la Forêt de Charles Perrault – Le Lieu Unique – Nantes

Je suis happée par le récit de Jérôme Zonder, par l’évolution de son travail depuis 2009. Avec la série « On fête l’anniversaire de ses neuf ans », il commence l’histoire d’enfants ayant 9 ans au début de ce siècle. Des enfants ayant en mémoire l’Histoire des siècles précédents… Un conte imaginaire relatant des faits réels, ayant tant à voir avec Les enfants du Paradis, une référence affirmée avec « Garance, Baptiste et Pierre-François »… Un grand classique que j’ai revu à l’occasion de cet article, pour comprendre comment le rideau se lève sur la mise en abîme de la réalité dans la fiction. Dans ce scénario de Jacques Prévert s’entrecroisent les personnages et les acteurs, où l’action va subtilement de la rue à la scène, où au final le rideau tombe sur le drame amoureux de Garance et de Baptiste, jour de carnaval…

La Forêt de Charles Perrault à la lisière du Village de Jérôme Zonder – Le Lieu Unique – Nantes

Le spectacle s’installe dans la rue comme au théâtre et inversement la réalité se joue sur les planches comme sur le boulevard, le drame va et vient entre le rêve et le réel. Le spectacle de la vie nourrit l’imaginaire des protagonistes. Le simulacre provoque les événements dans l’existence des comédiens. « Les enfants du Paradis » est un film réalisé entre 1943 et 1945. Il commence Boulevard du Crime (1ère partie) rempli d’hommes en costume sombre et finit par un Homme Blanc (2ème partie), Pierrot (Baptiste) y disparaît, noyé dans une foule habillée de blanc, celle du carnaval et de la commedia dell’arte… Comme dans les dessins si crus, si réalistes de Jérôme Zonder, où la multitude sordide des images de la petite comme de la grande Comédie Dramatique de notre monde et des siècles passés, se retrouve scénarisée, réalisée en noir et blanc. Le décor stylisé du village comme le rideau permet au visiteur, au spectateur, le conditionnement et l’implication comme la distanciation et la réflexion avec la représentation…

Garance, Baptiste et Pierre-François sont illuminés par la force de leurs amours et de leurs sentiments… Enfants du Paradis innocents et naïfs soumis par une société inégalitaire et corrompue, où le riche est synonyme d’innocence et le pauvre de culpabilité… Chez Jérôme Zonder, la figure de l’enfant angélique est pervertie par le sadisme, l’inhumanité et la barbarie des adultes et par la mort.

Dans l’ombre du Village de Jérôme Zonder, Maman et Papa (2010) – Le Lieu Unique – Nantes

Un monde d’horreur dont essaient de nous prévenir notre mère et notre père en nous racontant des histoires. Les contes de Perrault, dont est inspiré le Bois (G), sont pleins de messages subliminaux propres à nous signaler que le loup rôde. Des images nourrissant notre inconscient pour nous faire reconnaître le danger… Jérôme Zonder souhaite que ses dessins soient ainsi : une prise de conscience nécessaire à chaque jour tant que les dangers nous guetterons. 

Laure, Le Mans, 12 avril au 2 mai 2014.

« Je fais entrer tous les niveaux de narration qui nous ont déterminés, tous les registres qui sont des continuations de l’univers monstrueux qu’on trouve depuis le Moyen Âge, pour balader le spectateur entre toutes ces strates qui rendent compte d’univers physiques et mentaux » Jérôme Zonder

Vidéo : « Jérôme Zonder, dessinateur » pour L’Art & la Manière  (Un film de Joëlle Oosterlinck diffusé le dimanche 29 mai 2011 à 13h / Arte) 

Plan qu’une médiatrice nous a tendu à l’entrée, le chemin à suivre y est indiqué…

Plan qu’une médiatrice nous a tendu à l’entrée, le chemin à suivre y est indiqué…

En lien : Jérôme Zonder sur le site du Lieu Unique / Jérôme Zonder sur le site de la galerie Eva Hober / « La Belle peinture est derrière nous » 16 mars au 13 mai 2013 – Le Lieu Unique, Nantes /  Les enfants du Paradis, exposition sur le site de La Cinémathèque française

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Les complices s’enrichissent, proverbe mis au goût du jour par Paul ELUARD ET Benjamin PERET, La Révolution surréaliste (1925)
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